Jean-Pierre OSTENDE Merci aux yeux fermés

Merci aux yeux fermés

En croco, les lions, les loups, les placards… merci aux yeux fermés pour tout ce qu’ils permettent d’attraper… Dans la maison tu peux lâcher les yeux fermés les bêtes, les fantômes, la compagnie des images, tout le cirque. Tout finit dans ton sac et chacun a un sac.
(…)
Tu imagines dans toutes les rues de toutes les villes et dans tous les bâtiments et tous les parcs : des marques sur le sol, des chemins fléchés, pour ne plus se croiser ou risquer de se rencontrer.
Des masques sur tous les visages, la disparition progressive des sourires dans l’espace public, personne ne l’avait imaginé.
(…)
Il n’y a rien de pire que les êtres persuadés d’agir pour le bien, les dégâts peuvent être illimités.
Peut-être que Georges Perros est devenu motard parce qu’il a arrêté d’être comédien. Est-ce que le motard est un exhibitionniste ? La timidité le tient à sa machine ?
Tout exhibitionniste est comédien.
Évidemment il y a quelque chose du cheval et du cavalier chez le motard.
La plupart semblent avoir besoin de bruit. La roue est sœur du bruit.
(…)
Dans la sacoche de la moto se cache souvent un personnage qui, depuis longtemps et à l’insu du pilote casanier, se rêve voyageur. Il suppose ses rêves aussi grands que Pessoa parce que Pessoa était un aide comptable dans un endroit obscur de Lisbonne et il se tenait souvent à la fenêtre et lui aussi avait toujours regretté de ne jamais avoir adressé la parole à la petite marchande de tabac au coin de la rue.
Ce ne sont pas des gens qui marchent pieds nus sur les moquettes, ces gens.
Peut-être suis-je resté hors sol toute une vie par appréhension ? Le bébé interne se montre tous les jours et fait des signes. Nous les gauches.

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Depuis Lucy, 3 millions d’années d’Humanité

Depuis Lucy, 3 millions d’années d’Humanité 
L ‘histoire de l’humanité, du premier Homo à celui d’aujourd’hui, créateur de l’IA et du transhumanisme.

LE 17/05/2021 On l’appelle l’Homme ou plutôt l’humain. Quoi de plus difficile que de définir un humain, surtout à ses débuts où au même moment plusieurs espèces d’hominidés…
LE 18/05/2021 Notre définition de l’humanité aujourd’hui n’est souvent pas la bonne car elle n’en comprend qu’une seule, Sapiens. Or il y a 50 000 ans seulement, notre…
LE 19/05/2021 Le grand bouleversement de l’humanité c’est le néolithique. L’humain se sédentarise, cultive, élève ses animaux, sa démographie explose et les épidémies…
LE 20/05/2021 A quoi ressemblera l’humain de demain ? Sommes-nous conscients de l’évolution et la maîtrisons-nous ? Face au dérèglement climatique, la disparition de…

Au-delà de parcourir ces milliers d’années, nous partirons au cœur de ce qui a fait l’Humanité. Pour la comprendre, commençons par le début, il y a  2,8 millions d’années.

Pourquoi les archéologues ont-ils fait du fossile Éthiopiens le LD 350-1, le premier du genre Homo ? Qu’est-ce qui le différencie des australopithèques contemporains trouvés à seulement quelques kilomètres de là ?  Est-ce l’outil qui nous permet de catégoriser l’hominine en Homme, son cerveau ou encore pouvons-nous définir une morphologie de type humaine ?

Ensuite, faisons connaissance avec les autres espèces humaines : existe-t-il une seule humanité? Pouvons-nous la définir par plusieurs périodes de notre histoire? Aujourd’hui, fait exceptionnel, nous sommes les seuls du genre Homo alors qu’il y a seulement 50 000 ans pas moins de cinq espèces se partageaient la terre, dont au moins trois en Eurasie. Que nous disent ces coexistences, scientifiquement mais aussi philosophiquement ? Sapiens, Neandertal, Denisova se sont côtoyés avec leurs différences mais aussi leurs ressemblances. Un vivre ensemble paléolithique ?

Puis, beaucoup plus tard, parlons de sa sédentarisation : l’humain s’est-il “trompé” en voulant exploiter la Nature au lieu de vivre avec ? Dès le néolithique, l’apparition des premières guerres, des différences sociales, des famines, des épidémies sont-elles générées par la volonté de l’Homme de domestiquer la Nature ?

Enfin, intéressons-nous à l’humain de demain. Est-il doté d’une intelligence collective? Maîtrise t-il son évolution? Ou se fera t-il dépassé par ses créations ?

Une série documentaire par Franck Bessière, réalisée par Assia Khalid   

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Pablo PICASSO, le Baiser

Pablo PICASSO, le Baiser, 1925, Musée Picasso, Paris

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Bran van Velde

Bran van Velde, sans titre.  gouache sur papier.

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peu

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Henri MATISSE

 

 

La composition est l’art d’arranger de manière décorative les divers éléments dont le peintre dispose pour exprimer ses sentiments.

Henri MATISSE

 

 

 

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Marcel PROUST, Du côté de chez Swann, Villes, Pays, Noms

Villes, Pays, Noms

Si ma santé s’affermissait et que mes parents me permissent, sinon d’aller séjourner à Balbec, du moins de prendre une fois, pour faire connaissance avec l’architecture et les paysages de la Normandie ou de la Bretagne, ce train d’une heure vingt-deux dans lequel j’étais monté tant de fois en imagination, j’aurais voulu m’arrêter de préférence dans les villes les plus belles ; mais j’avais beau les comparer, comment choisir plus qu’entre des êtres individuels, qui ne sont pas interchangeables, entre Bayeux si haute dans sa noble dentelle rougeâtre et dont le faîte était illuminé par le vieil or de sa dernière syllabe ; Vitré dont l’accent aigu losangeait de bois noir le vitrage ancien ; le doux Lamballe qui, dans son blanc, va du jaune coquille d’œuf au gris perle ; Coutances, cathédrale normande, que sa diphtongue finale, grasse et jaunissante, couronne par une tour de beurre ; Lannion avec le bruit, dans son silence villageois, du coche suivi de la mouche ; Questambert, Pontorson, risibles et naïfs, plumes blanches et becs jaunes éparpillés sur la route de ces lieux fluviatiles et poétiques ; Benodet, nom à peine amarré que semble vouloir entraîner la rivière au milieu de ses algues ; Pont-Aven, envolée blanche et rose de l’aile d’une coiffe légère qui se reflète en tremblant dans une eau verdie de canal ; Quimperlé, lui, mieux attaché et, depuis le moyen âge, entre les ruisseaux dont il gazouille et s’emperle en une grisaille pareille à celle que dessinent, à travers les toiles d’araignées d’une verrière, les rayons de soleil changés en pointes émoussées d’argent bruni.

Ces images étaient fausses pour une autre raison encore ; c’est qu’elles étaient forcément très simplifiées ; sans doute ce à quoi aspirait mon imagination et que mes sens ne percevaient qu’incomplètement et sans plaisir dans le présent, je l’avais enfermé dans le refuge des noms ; sans doute, parce que j’y avais accumulé du rêve, ils aimantaient maintenant mes désirs ; mais les noms ne sont pas très vastes ; c’est tout au plus si je pouvais y faire entrer deux ou trois des « curiosités » principales de la ville et elles s’y juxtaposaient sans intermédiaires ; dans le nom de Balbec, comme dans le verre grossissant de ces porte-plume qu’on achète aux bains de mer, j’apercevais des vagues soulevées autour d’une église de style persan. Peut-être même la simplification de ces images fut-elle une des causes de l’empire qu’elles prirent sur moi. Quand mon père eut décidé, une année, que nous irions passer les vacances de Pâques à Florence et à Venise, n’ayant pas la place de faire entrer dans le nom de Florence les éléments qui composent d’habitude les villes, je fus contraint à faire sortir une cité surnaturelle de la fécondation, par certains parfums printaniers, de ce que je croyais être, en son essence, le génie de Giotto. Tout au plus – et parce qu’on ne peut pas faire tenir dans un nom beaucoup plus de durée que d’espace – comme certains tableaux de Giotto eux-mêmes qui montrent à deux moments différents de l’action un même personnage, ici couché dans son lit, là s’apprêtant à monter à cheval, le nom de Florence était-il divisé en deux compartiments. Dans l’un, sous un dais architectural, je contemplais une fresque à laquelle était partiellement superposé un rideau de soleil matinal, poudreux, oblique et progressif ; dans l’autre (car ne pensant pas aux noms comme à un idéal inaccessible, mais comme à une ambiance réelle dans laquelle j’irais me plonger, la vie non vécue encore, la vie intacte et pure que j’y enfermais donnait aux plaisirs les plus matériels, aux scènes les plus simples, cet attrait qu’ils ont dans les œuvres des primitifs), je traversais rapidement – pour trouver plus vite le déjeuner qui m’attendait avec des fruits et du vin de Chianti – le Ponte-Vecchio encombré de jonquilles, de narcisses et d’anémones. Voilà (bien que je fusse à Paris) ce que je voyais et non ce qui était autour de moi. Même à un simple point de vue réaliste, les pays que nous désirons tiennent à chaque moment beaucoup plus de place dans notre vie véritable, que le pays où nous nous trouvons effectivement. Sans doute si alors j’avais fait moi-même plus attention à ce qu’il y avait dans ma pensée quand je prononçais les mots « aller à Florence, à Parme, à Pise, à Venise », je me serais rendu compte que ce que je voyais n’était nullement une ville, mais quelque chose d’aussi différent de tout ce que je connaissais, d’aussi délicieux, que pourrait être pour une humanité dont la vie se serait toujours écoulée dans des fins d’après-midi d’hiver, cette merveille inconnue : une matinée de printemps. Ces images irréelles, fixes, toujours pareilles, remplissant mes nuits et mes jours, différencièrent cette époque de ma vie de celles qui l’avaient précédée (et qui auraient pu se confondre avec elle aux yeux d’un observateur qui ne voit les choses que du dehors, c’est-à-dire qui ne voit rien), comme dans un opéra un motif mélodique introduit une nouveauté qu’on ne pourrait pas soupçonner si on ne faisait que lire le livret, moins encore si on restait en dehors du théâtre à compter seulement les quarts d’heure qui s’écoulent. Et encore, même à ce point de vue de simple quantité, dans notre vie les jours ne sont pas égaux. Pour parcourir les jours, les natures un peu nerveuses, comme était la mienne, disposent, comme les voitures automobiles, de « vitesses » différentes. Il y a des jours montueux et malaisés qu’on met un temps infini à gravir et des jours en pente qui se laissent descendre à fond de train en chantant. Pendant ce mois – où je ressassai comme une mélodie, sans pouvoir m’en rassasier, ces images de Florence, de Venise et de Pise, desquelles le désir qu’elles excitaient en moi gardait quelque chose d’aussi profondément individuel que si ç’avait été un amour, un amour pour une personne – je ne cessai pas de croire qu’elles correspondaient à une réalité indépendante de moi, et elles me firent connaître une aussi belle espérance que pouvait en nourrir un chrétien des premiers âges à la veille d’entrer dans le paradis. Aussi sans que je me souciasse de la contradiction qu’il y avait à vouloir regarder et toucher avec les organes des sens ce qui avait été élaboré par la rêverie et non perçu par eux – et d’autant plus tentant pour eux, plus différent de ce qu’ils connaissaient – c’est ce qui me rappelait la réalité de ces images, qui enflammait le plus mon désir, parce que c’était comme une promesse qu’il serait contenté. Et, bien que mon exaltation eût pour motif un désir de jouissances artistiques, les guides l’entretenaient encore plus que les livres d’esthétique et, plus que les guides, l’indicateur des chemins de fer. Ce qui m’émouvait, c’était de penser que cette Florence que je voyais proche mais inaccessible dans mon imagination, si le trajet qui la séparait de moi, en moi-même, n’était pas viable, je pourrais l’atteindre par un biais, par un détour, en prenant la « voie de terre ».

Marcel PROUST, Du côté de chez Swann,  P 381-384, édition Gallimard, collection Folio, 1988

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le mur d’eau

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Jean-Pierre OSTENDE, Les mains d’Artaud

Les mains d’Artaud

Quand son voisin si calme d’habitude a vu pour la première fois les mains d’Artaud sur les morceaux de sucre, le tout photographié par Man Ray, l’émotion a été si forte, prenante, insistante, qu’il a su profondément qu’il irait sans faillir de ce côté-là, qu’il ne pourrait aller que de ce côté-là et sans alternative. Ses grandes décisions commenceraient d’ailleurs souvent comme ça, sans trop réfléchir, sans balancer longuement, de façon presque désinvolte, il l’apprendrait plus tard.
Tant pis si, sur le moment, son voisin si calme presque mou ne pouvait définir avec précision quel était ce côté-là qu’il désirait, ni expliquer les raisons de sa fuite de ce côté-là de la vie. Lui, le voisin flegmatique presque abattu, il savait qu’il s’agissait d’une direction, d’une simple direction, comme on va vers la mer ou la montagne, et qu’il n’en changerait plus.

Et puis, le temps passant, l’histoire se bricolant, avec descentes soulevant le cœur et côtes inquiétantes, virages en épingle et mornes lignes droites, pluies et neiges, le voisin disparu n’a plus cessé de se déconcerter bien malgré lui, regrettant parfois de se sentir perdu, embrouillé, mais l’inquiétude, comme peu à peu il l’avait compris, n’était pas sans saveur ni savoir. A condition d’un peu l’apprivoiser pour éviter l’enfer à emporter.
Peu à peu, pour le voisin, tout est devenu péripétie. La plus petite chose décelable, le moindre détail lisible. Tout pouvait devenir rebondissement ou saut.
Il suffisait de suivre ce qui arrivait.
De se laisser entraîner selon lui, trouver le siège des idées, comme Robert Filliou.
D’accepter les avatars, de tout prendre pour invitation.
Les appels nombreux, les évènements fréquents, si tu les écoutais…
A suivre ou pas, c’était selon.
Mais tout devenait aventure.
Tout pouvait.
Il n’y avait pas besoin de grand chose.
Juste le régulier désir de ne pas devenir un moule à gaufres.

Son plus grand et fort désir initial a été d’avoir du temps, le plus de temps possible.
D’abord le temps et encore le temps.
Quelle drogue.
Il n’en a jamais assez du temps.
Et encore du temps.
Avoir le temps.
Quel trouble !

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VOLTAIRE, Le dernier des écrivains heureux

VOLTAIRE, Le dernier des écrivains heureux

« Qu’avons-nous de commun, aujourd’hui, avec Voltaire ? » s’interrogeait Roland Barthes dans une célèbre préface consacrée à celui qu’il nommait « le dernier des écrivains heureux ». Les quatre émissions de cette semaine visent à répondre à cette question et bien d’autres au sujet du père de Zadig.
LE 11/01/2021
Cette semaine, La compagnie des œuvres chemine avec Voltaire. Homme de lettres, féru de théâtre, de romans, de vers ; familier des salons littéraires,…
LE 12/01/2021
Des contes aux Questions sur l’Encyclopédie, en passant par la correspondance fournie que laissa Voltaire dans son sillage, un principe traverse les écrits…
LE 13/01/2021
Pour ses contemporains, il fut le phare des Lumières. Spirituel, brillant, étincelant même, Voltaire n’eut de cesse d’écrire pour faire triompher la raison,…
LE 14/01/2021
C’est à Ferney, petit hameau d’une quarantaine d’habitants situé dans le pays de Gex, non loin de la Suisse, que Voltaire décida de s’établir en 1759….
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Jacques LACAN, « faites comme moi…

 

Faites comme moi, ne m’imitez pas

Jacques LACAN

 

 

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Lila

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33 rue de l’arbre

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PROUST, Du côté de chez Swann, Ces rêves de tempête  / ces noms  /

Ces rêves de tempête  / ces noms  /

Mais sans même l’attendre, j’aurais pu en m’habillant à la hâte partir le soir même, si mes parents me l’avaient permis, et arriver à Balbec quand le petit jour se lèverait sur la mer furieuse, contre les écumes envolées de laquelle j’irais me réfugier dans l’église de style persan. Mais à l’approche des vacances de Pâques, quand mes parents m’eurent promis de me les faire passer une fois dans le nord de l’Italie, voilà qu’à ces rêves de tempête dont j’avais été rempli tout entier, ne souhaitant voir que des vagues accourant de partout, toujours plus haut, sur la côte la plus sauvage, près d’églises escarpées et rugueuses comme des falaises et dans les tours desquelles crieraient les oiseaux de mer, voilà que tout à coup les effaçant, leur ôtant tout charme, les excluant parce qu’il leur était opposé et n’aurait pu que les affaiblir, se substituait en moi le rêve contraire du printemps le plus diapré, non pas le printemps de Combray qui piquait encore aigrement avec toutes les aiguilles du givre, mais celui qui couvrait déjà de lys et d’anémones les champs de Fiesole et éblouissait Florence de fonds d’or pareils à ceux de l’Angelico. Dès lors, seuls les rayons, les parfums, les couleurs me semblaient avoir du prix ; car l’alternance des images avait amené en moi un changement de front du désir, et, aussi brusque que ceux qu’il y a parfois en musique, un complet changement de ton dans ma sensibilité. Puis il arriva qu’une simple variation atmosphérique suffit à provoquer en moi cette modulation sans qu’il y eût besoin d’attendre le retour d’une saison. Car souvent dans l’une on trouve égaré un jour d’une autre, qui nous y fait vivre, en évoque aussitôt, en fait désirer les plaisirs particuliers et interrompt les rêves que nous étions en train de faire, en plaçant, plus tôt ou plus tard qu’à son tour, ce feuillet détaché d’un autre chapitre, dans le calendrier interpolé du Bonheur. Mais bientôt, comme ces phénomènes naturels dont notre confort ou notre santé ne peuvent tirer qu’un bénéfice accidentel et assez mince jusqu’au jour où la science s’empare d’eux, et, les produisant à volonté, remet en nos mains la possibilité de leur apparition, soustraite à la tutelle et dispensée de l’agrément du hasard, de même la production de ces rêves d’Atlantique et d’Italie cessa d’être soumise uniquement aux changements des saisons et du temps. Je n’eus besoin pour les faire renaître que de prononcer ces noms : Balbec, Venise, Florence, dans l’intérieur desquels avait fini par s’accumuler le désir que m’avaient inspiré les lieux qu’ils désignaient. Même au printemps, trouver dans un livre le nom de Balbec suffisait à réveiller en moi le désir des tempêtes et du gothique normand ; même par un jour de tempête le nom de Florence ou de Venise me donnait le désir du soleil, des lys, du palais des Doges et de Sainte-Marie-des-Fleurs.

Mais si ces noms absorbèrent à tout jamais l’image que j’avais de ces villes, ce ne fut qu’en la transformant, qu’en soumettant sa réapparition en moi à leurs lois propres ; ils eurent ainsi pour conséquence de la rendre plus belle, mais aussi plus différente de ce que les villes de Normandie ou de Toscane pouvaient être en réalité, et, en accroissant les joies arbitraires de mon imagination, d’aggraver la déception future de mes voyages. Ils exaltèrent l’idée que je me faisais de certains lieux de la terre, en les faisant plus particuliers, par conséquent plus réels. Je ne me représentais pas alors les villes, les paysages, les monuments, comme des tableaux plus ou moins agréables, découpés çà et là dans une même matière, mais chacun d’eux comme un inconnu, essentiellement différent des autres, dont mon âme avait soif et qu’elle aurait profit à connaître. Combien ils prirent quelque chose de plus individuel encore, d’être désignés par des noms, des noms qui n’étaient que pour eux, des noms comme en ont les personnes. Les mots nous présentent des choses une petite image claire et usuelle comme celles que l’on suspend aux murs des écoles pour donner aux enfants l’exemple de ce qu’est un établi, un oiseau, une fourmilière, choses conçues comme pareilles à toutes celles de même sorte. Mais les noms présentent des personnes – et des villes qu’ils nous habituent à croire individuelles, uniques comme des personnes – une image confuse qui tire d’eux, de leur sonorité éclatante ou sombre, la couleur dont elle est peinte uniformément comme une de ces affiches, entièrement bleues ou entièrement rouges, dans lesquelles, à cause des limites du procédé employé ou par un caprice du décorateur, sont bleus ou rouges, non seulement le ciel et la mer, mais les barques, l’église, les passants. Le nom de Parme, une des villes où je désirais le plus aller, depuis que j’avais lu la Chartreuse, m’apparaissant compact, lisse, mauve et doux ; si on me parlait d’une maison quelconque de Parme dans laquelle je serais reçu, on me causait le plaisir de penser que j’habiterais une demeure lisse, compacte, mauve et douce, qui n’avait de rapport avec les demeures d’aucune ville d’Italie, puisque je l’imaginais seulement à l’aide de cette syllabe lourde du nom de Parme, où ne circule aucun air, et de tout ce que je lui avais fait absorber de douceur stendhalienne et du reflet des violettes. Et quand je pensais à Florence, c’était comme à une ville miraculeusement embaumée et semblable à une corolle, parce qu’elle s’appelait la cité des lys et sa cathédrale, Sainte-Marie-des-Fleurs. Quant à Balbec, c’était un de ces noms où comme sur une vieille poterie normande qui garde la couleur de la terre d’où elle fut tirée, on voit se peindre encore la représentation de quelque usage aboli, de quelque droit féodal, d’un état ancien de lieux, d’une manière désuète de prononcer qui en avait formé les syllabes hétéroclites et que je ne doutais pas de retrouver jusque chez l’aubergiste qui me servirait du café au lait à mon arrivée, me menant voir la mer déchaînée devant l’église et auquel je prêtais l’aspect disputeur, solennel et médiéval d’un personnage de fabliau. 

Marcel PROUST, Du côté de chez Swann, P 379-381, édition Gallimard, collection Folio,  1988

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oblique / droite frontale

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Jacques Lacan , l’existence de Dieu

 

« Je mets au défi chacun d’entre vous que je ne lui prouve pas qu’il croit à l’existence de Dieu. »

                                       Jacques Lacan

 

 

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la fenêtre

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PICASSO est un roman

Picasso est un roman

Quatre épisodes consacrés au peintre Pablo Picasso (1881-1973).

TOUS LES ÉPISODES
LE 22/03/2021 La compagnie des œuvres inaugure cette série sur l’artiste Pablo Picasso par le récit de son existence romanesque.
LE 23/03/2021  Picasso, une éducation sentimentale  ? Dans le deuxième épisode de cette série, La compagnie des œuvres s’intéresse au rapport qu’entretint le peintre…
LE 24/03/2021  Dans ce troisième volet dédié à Picasso, La compagnie des œuvres vous propose d’explorer les liens de l’artiste avec deux univers féconds : la Méditerranée…
LE 25/03/2021  Quel rapport Picasso entretint-il avec la presse et le monde de l’art ? Quel image de lui-même donna-t-il à voir ? Quel fut enfin son rapport à l’écriture,…
Lundi 22 mars : Sophie Chauveau, romancière et biographe, autrice de Picasso, le Minotaure (Folio Gallimard).
Mardi 23 mars : Marie-Laure Bernadac, conservatrice générale honoraire du patrimoine, autrice de Picasso. Le sage et le fou (Découvertes Gallimard) et co-responsable de l’édition des Propos sur l’art de Picasso (Gallimard).
Mercredi 24 mars : En première partie, Emilie Bouvard, historienne de l’art et conservatrice du patrimoine, co-autrice de Picasso-Méditerranée (In Fine Editions d’Art) et de Picasso.mania (RMN). En seconde partie, Cécile Godefroy, historienne de l’art, commissaire d’exposition et autrice des Musiques de Picasso (Gallimard).
Jeudi 25 mars : Laurent Greilsamer, journaliste et écrivain, auteur de Le Monde selon Picasso (Tallandier).

 

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Roland BARTHES, Charles PANZERA

 

1976 |Seul, dans un studio plongé dans le noir Roland Barthes dressait son autoportrait, nous étions en 1976, l’essayiste avait 61 ans, il se racontait. (Extrait : « Les après-midi de France Culture, l’invité du lundi », une émission diffusé la première fois le 08/03/1976).

 

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BoraBora

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