Valentine FAURE, Le déclin de la lecture face à l’avènement des écrans marque-t-il la fin de l’ère démocratique ? (Le Monde)

Valentine Faure Publié le 13 juin 2026, Le Monde

Enquête Si les angoisses d’affaiblissement des facultés de l’esprit face aux nouvelles technologies ne datent pas d’hier, la révolution numérique et l’intelligence artificielle laissent entrevoir la fin de la civilisation du livre.

« Orwell craignait ceux qui interdiraient les livres. Huxley redoutait qu’il n’y ait même plus besoin d’interdire les livres car plus personne n’aurait envie d’en lire. (…) [George] Orwell craignait qu’on nous cache la vérité. [Aldous] Huxley redoutait que la vérité ne soit noyée dans un océan d’insignifiance. » En 1985, un théoricien des médias américain du nom de Neil Postman publiait un essai retentissant intitulé Se distraire à en mourir (Fayard, 2011), dans lequel il dénonçait « le fait le plus significatif de la culture américaine de la deuxième moitié du XXe siècle : le déclin de l’âge de la typographie et l’essor de l’âge de la télévision ».

Toute une culture du débat démocratique liée à la diffusion de l’écrit allait s’abîmer dans un espace public désormais dévoré par le divertissement, avertissait-il. Loin des autodafés et de la censure que l’on associe aux régimes autoritaires, l’avènement de l’âge de la télévision, en nous rivant devant nos écrans, avait définitivement fait gagner la prophétie d’Aldous Huxley (1894-1963) contre celle de George Orwell (1903-1950).

Vues d’aujourd’hui, les années 1980 passent pour un temps béni : celui d’avant l’intelligence artificielle (IA), Internet et les smartphones, dont il est désormais prouvé que leur simple présence dans la pièce diminue la capacité de concentration. Une époque où la télévision s’arrêtait à minuit et où les téléphones, fixes, servaient seulement à téléphoner.

Généalogie de l’angoisse

On pourrait faire remonter à plus loin l’histoire de cette angoisse de la distraction et de l’affaiblissement des facultés de l’esprit face aux avatars successifs de la modernité. Dans une conférence donnée en 1935, « Le bilan de l’intelligence », le poète Paul Valéry exprimait ses « craintes assez sérieuses sur les destins de l’intelligence humaine » devant une crise de l’esprit : « L’homme moderne s’enivre de dissipation (…). Nous ne supportons plus la durée. Nous ne savons plus féconder l’ennui. » Le ton était déjà à la nostalgie. « Le courrier, ni le téléphone ne harcelaient Platon. L’heure du train ne pressait pas Virgile. Descartes s’oubliait à songer sur les quais d’Amsterdam. »

Au tournant du XXe siècle, le sociologue allemand Georg Simmel (1858-1918) déplorait que la culture croisse beaucoup plus vite que la capacité des individus à se l’approprier. Avant lui, le philosophe Friedrich Nietzsche (1844-1900) défendait la « lecture lente ». Dans Aurore (1881), il disait vouloir écrire contre « l’homme qui se hâte », de cette « hâte indécente qui s’échauffe et qui veut vite “en finir” de toute chose, même d’un livre ». Il appelait à « bien lire, c’est-à-dire lentement, avec profondeur, égards et précautions, avec des arrière-pensées, des portes ouvertes, avec des doigts et des yeux délicats ». Le livre ne luttait alors que contre d’autres livres, et contre la presse qui se développait, mais on craignait que cette abondance d’écrits ne dévalue la qualité de la lecture. « Le seul livre possible aujourd’hui est un journal », déplorait le poète et homme politique Alphonse de Lamartine, en 1831.

Comment la crise actuelle s’intègre-t-elle dans cette généalogie de l’angoisse face à la fragilité du livre et des vertus que nous lui prêtons ? On peut considérer l’ancienneté de cette peur comme rassurante : le livre a survécu à bien des morts annoncées. On peut aussi la voir comme le signe d’un déclin aussi lent qu’inéluctable. « Les deux sont vrais, estime Bruno Patino, auteur du Temps de l’obsolescence humaine (Grasset, 208 pages, 18 euros). Les analogies sont possibles. Mais ce qui se passe en ce moment n’est jamais arrivé avant. »

Lire aussi (2025) | Article réservé à nos abonnés Lecture : le « décrochage extrêmement violent » des Français inquiète le Centre national du livre

Il reste, bien sûr, des lecteurs, des succès réjouissants de littérature, des essais qui contribuent à changer la société. Internet a, certes, permis de bâtir des communautés de lecteurs, de donner accès à des livres oubliés, de pouvoir emporter une bibliothèque entière dans sa poche. Nous lisons même peut-être davantage : des e-mails, des SMS, des tweets, des « contenus » en ligne et même des livres sur nos écrans.

Mais, comme le souligne Nicholas Carr, auteur américain spécialiste des effets des nouvelles technologies sur la culture, « le passage du papier à l’écran (…) influence le degré d’attention que nous (…) portons [au texte] et la profondeur à laquelle nous y plongeons. » Internet, écrivait-il déjà dans Internet rend-il bête ? (Robert Laffont, 2011), « n’attire notre attention que pour la disperser ».

Le tableau est difficile à disqualifier comme un lamento conservateur ou technophobe. Toutes les données convergent vers le constat sans nuance d’un déclin abrupt de la lecture longue. Le 14 avril, le Centre national du livre présentait une étude sur les jeunes et la lecture qui confirmait un « décrochage important » et une « qualité de lecture affaiblie ». En 2024, l’évaluation des compétences en littératie (la pratique de lire et d’écrire dans la vie quotidienne) de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) indiquait que 28 % des Français adultes ne dépassent pas le niveau 1, qui correspond au fait de « comprendre des phrases courtes et simples ».

Les non-lecteurs – ceux qui ne lisent aucun livre par an – sont en forte augmentation. Ils représentent aujourd’hui près d’un Français sur trois. Au premier trimestre de cette année, l’industrie de l’édition a accusé un recul de 6,5 % par rapport à la même période de 2025. Quant à l’emprunt régulier en bibliothèque, il a atteint son niveau le plus bas en 2025.

Aux Etats-Unis, c’est près de la moitié de la population (46 %) qui ne lit pas du tout – et parmi ceux-là, le président américain, Donald Trump, dont le biographe affirme qu’il n’a probablement pas lu un livre entier en vingt ans, et peut-être pas même le sien, qu’il n’a pas non plus écrit. Cette baisse frappe les jeunes plus encore : entre 2012 (année considérée comme une année de basculement vers un usage majoritaire du smartphone) et 2023, le Centre national des statistiques de l’éducation a constaté que le nombre d’adolescents de 13 ans lisant pour le plaisir « presque tous les jours » était passé de 27 % à 14 %.

« Parenthèse Gutenberg »

Le déclin de la lecture est tel que certains le voient comme la fin de la « parenthèse Gutenberg ». L’expression, forgée par l’universitaire danois Lars Ole Sauerberg, désigne la culture du livre telle que nous la connaissions jusque-là : ces quelques centaines d’années qui s’étendent de l’invention de l’imprimerie par Johannes Gutenberg, au milieu du XVe siècle, jusqu’au tournant du millénaire, et pourraient bientôt être considérées comme un bref épisode de l’histoire de l’humanité.

Signe des temps éloquent : le monde de la mode s’est récemment emparé du livre comme accessoire statutaire. Des maisons de luxe proposent des « conversations littéraires » débitées en clips de quelques minutes sur Instagram, ou des sacs imprimés de titres d’ouvrages célèbres (Ulysse, de Joyce, par exemple, 3 000 euros chez Dior) ; des publicités mettent en scène des mannequins alanguies sur des piles de livres ; des influenceuses partagent leurs conseils de lecture. En passe de redevenir une pratique rare et élitaire, le livre est plus que jamais chic et original, c’est une « valeur », un signe extérieur de distinction et de raffinement, – et plus simplement un sac.

Ce que les chiffres attestent, nous le ressentons individuellement : lire, longtemps, sans s’interrompre ou être interrompu est devenu, en quelques années, une tâche plus difficile à accomplir. Un « grand lecteur » comme William Marx, titulaire de la chaire Littératures comparées au Collège de France, doit s’y contraindre. « Si vous m’aviez demandé il y a un ou deux ans s’il s’agit d’un changement civilisationnel, je vous aurais dit non. Aujourd’hui, j’ai changé d’avis. Je vois sur moi-même l’effet de ces technologies. »

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Où s’arrêtera ce déclin de la lecture ? Se pourrait-il que nous soyons entrés dans une ère « post-lettrée » ? Le terme de « post-literate society » est né en 1962 chez le théoricien canadien des médias Marshall McLuhan, dans La Galaxie Gutenberg (Gallimard, 1977). Selon McLuhan, toute nouvelle technologie rend obsolète la précédente, tout en en faisant renaître une plus ancienne encore. Vingt ans avant Neil Postman, Marshall McLuhan parlait déjà, avec l’entrée dans l’âge électronique, de la fin de l’« homme typographique » et d’un retour à une forme d’oralité : celle d’une société où la capacité de lire et d’écrire existe toujours, mais, devenue une pratique minoritaire, cesse de structurer la manière dont nous pensons.

Cette analyse est reprise aujourd’hui sur un mode bien plus alarmiste par le critique culturel britannique du Times James Marriott, auteur de The New Dark Age : The End of Reading and The Dawn of a Post-Literate Society (« La nouvelle ère obscure : la fin de la lecture et l’avènement d’une société post-lettrée », à paraître en septembre chez Bodley Head). La révolution des écrans constituerait un « tournant culturel majeur » qui signe la fin de toute une période de l’histoire occidentale marquée par l’imprimé. « La révolution numérique va transformer notre vie politique aussi profondément que l’a fait la révolution de la lecture au XVIIIe siècle », juge James Marriott.

Avant l’ouverture de la « parenthèse Gutenberg », le savoir et la mémoire étaient collectifs, collaboratifs, se transmettaient de bouche-à-oreille, par la famille, les amis, les voyageurs, les crieurs publics, évoluant au fil du temps. Pour le linguiste Walter Ong (1912-2003), disciple de McLuhan connu pour son ouvrage Oralité et écriture (1982 ; Les Belles Lettres, 2014), les sociétés orales se caractérisent par le rôle central que jouent la mémoire, la performance et l’interaction sociale dans la construction du savoir.

« Vol de savoir »

Avec le livre imprimé, le savoir s’est retrouvé relié entre deux couvertures, avec un début et une fin. Notre perception du monde est devenue linéaire ; le raisonnement, logique et séquentiel. Selon Marshall McLuhan, « la ligne, le continuum – cette phrase en est un excellent exemple – est devenu le principe organisateur de la vie ». Le texte devient fixe, immuable, n’étant plus soumis aux amendements et aux erreurs des scribes. On peut désormais se documenter, « vérifier » quelque chose, un acte, notait Walter Ong, ce qui n’aurait aucun sens pour une personne vivant dans une société « essentiellement orale ». « Les êtres humains vivant dans des cultures essentiellement orales, celles qui n’ont jamais été touchées par l’écriture sous quelque forme que ce soit, apprennent beaucoup et possèdent et mettent en pratique une grande sagesse, mais ils n’“étudient” pas », écrivait-il.

L’imprimerie devient l’instrument principal des grandes transformations culturelles, scientifiques et religieuses, des attaques contre les superstitions, contre le droit divin des monarques. On peut bien sûr écrire (et lire) n’importe quoi : des traités d’alchimie, le Malleus maleficarum pour traquer les sorcières, des pamphlets remplis de fake news. Ni les livres, ni la lecture – ni les grands lecteurs – ne sont vertueux par essence. Mais la lecture, cette lecture lente décrite par Nietzsche, est en tant que telle une « activité sérieuse », écrit Neil Postman. Elle a « mis en valeur une définition de l’intelligence qui accordait la priorité à l’utilisation objective et rationnelle de la pensée. Ce n’est pas un hasard si le siècle de la raison [XVIIe siècle] a aussi été celui du développement de la civilisation du livre ».

Au XVIIIe siècle, la diffusion du roman transforme les sensibilités. On lit avec passion. Dans L’Invention des droits humains (Amsterdam, 384 pages, 14 euros), l’historienne américaine Lynn Hunt soutient que la lecture, en affirmant l’individualité, en permettant l’identification avec d’autres que soi, a permis l’émergence de nouveaux concepts, à commencer par celui des droits humains. En lisant, les lecteurs de l’époque ont pu développer « une empathie au-delà des frontières sociales traditionnelles entre nobles et roturiers, maîtres et serviteurs, hommes et femmes, voire adultes et enfants », écrit-elle. Ils se sont mis, en conséquence, à considérer les autres « comme leurs semblables, dotés des mêmes émotions intimes qu’eux ». C’est ainsi, poursuit James Marriott, que « la révolution de la lecture a été une catastrophe pour les aristocrates ultraprivilégiés et exploiteurs de l’Ancien Régime ».

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L’avènement des nouvelles technologies marque-t-il le temps de la contre-révolution ? « Si la révolution de la lecture a constitué le plus grand transfert de savoir vers les gens ordinaires de toute l’histoire, la révolution de l’écran représente le plus grand vol de savoir jamais commis à l’encontre des gens ordinaires. » Une rupture dans la transmission du savoir humain qu’il compare à celle occasionnée par la chute de Rome (476 ap. J.-C.).

Présenté comme tel, l’enjeu est difficilement réductible à un débat entre « technoptimistes » et nostalgiques. C’est de défendre une certaine idée de la civilisation qu’il est désormais question quand il s’agit d’ouvrir un livre. « Les oligarques de la tech ont tout autant intérêt à ce que la population reste dans l’ignorance que le plus réactionnaire des autocrates féodaux, à ce que la rage aveugle et la pensée partisane continuent de nous maintenir rivés à nos téléphones », affirme James Marriott.

« La lecture est le premier acte de constitution de l’indépendance individuelle dans ce nouveau monde », juge Bruno Patino. L’Association internationale des éditeurs, qui représente des éditeurs dans 84 pays, a lancé une campagne, « La démocratie passe par la lecture ». Un « manifeste sur la lecture de haut niveau », porté par de nombreuses organisations, soutient qu’elle est « notre plus puissant outil de réflexion analytique et stratégique. Sans elle, nous sommes mal équipés pour contrer les simplifications populistes, les théories du complot et la désinformation, ce qui nous rend vulnérables à la manipulation ».

 

« Fentanyl mental »

Même le pape François, en 2024, se joignait à la supplique dans sa belle « Lettre sur le rôle de la littérature dans la formation » : « Souvent, dans l’ennui des vacances, dans la chaleur et la solitude de certains quartiers déserts, trouver un bon livre à lire devient une oasis qui nous éloigne d’autres choix qui ne nous feraient pas du bien, écrivait-il. Avant que les médias, les réseaux sociaux, les téléphones portables et autres dispositifs deviennent omniprésents, cette expérience était fréquente, et ceux qui l’ont connue savent de quoi je parle. »

La lecture – l’abondance de livres, l’excès de lectures, les contenus licencieux – a souvent été perçue comme une menace à l’ordre social, rappelle Claude Poissenot, dans Sociologie de la lecture (Armand Colin, 2019). Nous voilà désormais exhortés à lire. Or, « la promotion de la lecture produit involontairement une force aboutissant au résultat contraire, écrit-il. A force de faire de la lecture d’imprimés un enjeu de société, la pratique perd le soutien des lecteurs qui s’y investissent subjectivement moins ».

« Toutes ces campagnes reposent sur l’idée que la lecture va permettre de désintoxiquer la population de l’emprise technologique : c’est une vue de l’esprit », note l’écrivain Abel Quentin, auteur d’un essai sur la résistance aux IA, Sanctuaires (L’Observatoire, 368 pages, 22 euros). Face à une sorte de « fentanyl mental » que sont les nouvelles technologies, poursuit-il, on ne saurait compter sur les seules forces d’attraction de la lecture, « qui sont immenses, mais précisément l’inverse d’une décharge de dopamine ».

Car là sont sa valeur et sa faiblesse : « La lecture demande notre participation, estime William Marx. C’est un travail extraordinaire du cerveau qui donne d’autant plus de force à ce que nous lisons que nous le construisons nous-mêmes. Lire, c’est construire un monde. Il faudrait déjà décrire très bien cette expérience à des gens qui ne la connaissent pas pour donner envie. » Lui la compare à une baignade dans une mer froide : une expérience désagréable au départ, qui devient progressivement merveilleuse et dont on sait qu’on sortira meilleur. Le discours sur le goût de la lecture, espère-t-il, pourrait trouver sa place dans « l’éloge général de la performance et du développement personnel », dans une sorte d’hommage du vice à la vertu.

La révolution numérique impose, désormais, d’« appliquer au cerveau ce que nous avons appliqué au corps : sa sacralisation », selon Bruno Patino. Nous avons rendu la torture, la douleur infligée aux corps, illégitimes, nous allons devoir penser « une protection juridique et technique qui empêche sa manipulation, son altération, sa lente atrophie par la réduction de ses capacités cognitives et réflexives ». Cela passera par le fait de trouver comment laisser s’exercer longuement « les deux activités qui lui confèrent le plus d’autonomie : la lecture et l’écriture ».

Car c’est là le paradoxe, et le défi à relever : le développement techno-économique a rendu dispensables ces deux activités. « Les consommateurs repus que nous sommes n’en ont plus besoin. Mais notre liberté à venir face aux pouvoirs techno-économiques dépend d’elles. » C’est à condition de pouvoir le faire librement. La grande purge opérée par le département de l’efficacité gouvernementale d’Elon Musk dès le début du second mandat de Donald Trump – ces milliers de pages qui contenaient des mots « interdits » (« racisme », « féminisme », « genre », etc.) effacées d’Internet – nous ont fait apercevoir la possibilité vertigineuse dʼautodafé numérique. Et avec elle, la synthèse réalisée des prophéties d’Orwell et d’Huxley.

Des livres écrits par les IA, pour les IA

Le paradoxe apparent de la « révolution des écrans » est qu’elle s’accompagne d’une explosion de la publication de livres. Aux Etats-Unis, l’année 2025 a connu une augmentation de 32 % de la production de livres, dont l’immense majorité était autopubliée. La « new romance », le genre qui se vend le mieux, est aussi le plus perméable à l’intelligence artificielle (IA). En 2023, Amazon a mis en place une nouvelle règle limitant à trois par jour le nombre de livres que les auteurs peuvent autopublier sur son site, après un afflux d’ouvrages soupçonnés d’avoir été générés par IA.

Les « grands modèles de langage » (ou LLM, pour large language model) ouvrent certes des perspectives nouvelles : des œuvres personnalisées pour chacun, des récits qui s’adaptent en temps réel aux réactions du lecteur, la possibilité de dialoguer avec les personnages… Le livre pourrait devenir un objet mouvant plutôt qu’une œuvre fixe. En attendant, dans ce clair-obscur surgissent en masse des livres dont on ne sait pas s’ils ont été un peu, beaucoup, ou intégralement écrits par IA.

La technologie pose dès lors des questions existentielles à la création littéraire au sens large. Jusqu’à quel degré d’assistance un livre est-il écrit par son auteur ? Où se déplacera la valeur de l’auteur ? Que cherchons-nous, lecteurs, lorsque nous lisons ? La littérature est-elle un objet esthétique ou une relation entre êtres humains ?

Le 13 mai, consécration pour les robots écrivains : The Serpent in the Grove (« le serpent dans le verger »), une nouvelle fort probablement générée par ChatGPT – bien que son auteur, Jamir Nazir, s’en défende –, a remporté le prestigieux Commonwealth Short Story Prize. Olga Tokarczuk, Prix Nobel de littérature en 2018, avoue avoir utilisé ChatGPT pour les recherches de son dernier livre : un outil comme un autre, selon elle. Quels que soient les usages, la suspicion est vouée à se généraliser.

Non seulement nous lisons beaucoup de textes générés par l’IA sans le savoir, mais ceux qui écrivent sont aussi de plus en plus « lus » par des IA. ChatGPT ou Claude sont des machines à absorber du texte sans limite – et sans verser le moindre droit d’auteur – et à en faire des versions plus courtes, digestes, ou plus simplement des commentaires de texte prêts à copier-coller. Il ne faut pas pousser la dynamique beaucoup plus loin pour imaginer les livres comme des « originaux » que seuls les plus curieux iraient consulter, comme des archives.

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Genevieve ASSE 3

Genevieve ASSE 3, s.d.

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Arina SINGER, Antonio Lobo Antunes, Le Monde

L’écrivain portugais Antonio Lobo Antunes est mort

Travailleur acharné, auteur prolixe à l’imagination fertile et fervent défenseur de la liberté d’expression, il s’est éteint le 5 mars à Lisbonne, à l’âge de 83 ans.

Par 

5 mars 2026.  Le Monde

Il n’était pas de ces écrivains cherchant à plaire : « Je n’ai pas écrit pour apporter la paix à quiconque. Je ne voyais aucun intérêt à amuser, à divertir ou à agiter des animaux en peluche devant les grandes personnes. J’ai fait des livres pour adultes qui se tiennent debout les grands yeux ouverts », écrivait-il en 2012 dans une chronique où il faisait ses adieux – finalement temporaires – à la scène littéraire.

Réputé pour la complexité et l’exigence de ses livres – une complexité qui était celle de la vie même, s’en défendait-il –, Antonio Lobo Antunes est mort le 5 mars à Lisbonne, a annoncé sa maison d’édition portugaise, le groupe Leya, le même jour. Il avait 83 ans. Cet écrivain qui passait pour bourru, provocateur, voire excessif, laisse derrière lui une œuvre foisonnante d’une trentaine de romans, ainsi que des livres de chroniques et des recueils de poésie. Une somme, marquée par une grande inventivité formelle, mais aussi par un profond sens de la dérision comme par le pessimisme le plus sombre.

Né le 1er septembre 1942 à Benfica, un quartier de Lisbonne, dans une famille de la bourgeoisie cultivée, Antonio Lobo Antunes est l’aîné d’une fratrie de six garçons. Son père, d’origine allemande et brésilienne, est un neuropathologue et un joueur de hockey sur patin réputé, qui mène sa progéniture à la baguette et l’initie à marche forcée à la littérature classique, en l’obligeant à lire Flaubert dans le texte, dictionnaire à la main. Mais Antonio n’en concevra pas le dégoût attendu. Adolescent, c’est au contraire un « drogué » de littérature française, qui dévore Cendrars, Supervielle, Apollinaire, Audiberti et Céline.

Comme son père, il suit des études de médecine et se spécialise en psychiatrie, une discipline qui, estime-t-il, lui laissera le temps d’écrire. Il en concevra une passion pour « les grands psychotiques, les schizophrènes », confiait-il au Monde en 2014, dans une langue française qu’il maniait à la perfection. Longtemps, il continuera de se rendre chaque semaine à l’hôpital pour écrire et respirer l’atmosphère des lieux. Il y trouvera notamment la matière de Nébuleuse de l’insomnie (Christian Bourgois, 2012), où il mettait en scène un jeune autiste. Il y puisera aussi le sujet d’Il me faut aimer une pierre (Christian Bourgois, 2007), roman dans lequel une femme âgée, sujette à des hallucinations, raconte ses amours clandestines avec l’homme marié qui lui était promis lorsqu’elle était jeune.

La situation politique de son pays le rattrape sitôt ses études achevées. Il est envoyé en 1971, pour vingt-sept mois, comme médecin militaire en Angola, où sévit l’une des dernières guerres d’indépendance du continent africain. Cette expérience fondatrice, durant laquelle il sera chargé d’amputer les blessés à la scie de charpentier, lui inspirera directement ses trois premiers romans, Mémoire d’éléphant (Christian Bourgois, 1998), Le Cul de Judas (Métailié, 1983), et Connaissance de l’enfer (Christian Bourgois, 1998).

«Triste pays de pierre et de mer »

Fortement autobiographique, écrite à la première personne, la trilogie, à sa grande surprise, lui vaut un succès immédiat lors de sa parution entre 1979 et 1980 : tranchant avec les romans psychologisants et néoréalistes de l’époque de la dictature salazariste, une littérature ancrée dans l’Antiquité et les pays imaginaires par peur de la censure, elle se rapproche des postmodernistes américains en renouvelant les formes narratives. Sans toutefois expliciter les horreurs de ce « Vietnam du pauvre », comme l’auteur surnommait la guerre, elle explore la façon dont un passé violent fait surgir névroses et hystérie.

L’histoire récente du Portugal nourrira, par la suite, son imagination. Les illusions perdues de la révolution des œillets (Fado Alexandrino, Albin Michel, 1987), le déclin de l’empire portugais (Le Retour des caravelles, Christian Bourgois, 1990), ou encore la permanence d’un système féodal malgré le retour de la démocratie (La Splendeur du Portugal, Christian Bourgois, 1998) sont autant de prismes par lesquels le romancier décrit ce « triste pays de pierre et de mer », comme il appelait sa patrie.

Mais l’œuvre de Lobo Antunes navigue aussi du côté de l’intime. L’auteur, qui a abandonné l’exercice de la psychiatrie à partir de 1985 pour se consacrer pleinement à l’écriture, se révèle un formidable explorateur des tourments de l’âme. De livre en livre, ce lecteur assidu de Faulkner (auquel il préférait toutefois Tolstoï, Proust et Conrad) impose sa marque sans doute la plus distinctive : une écriture où la polyphonie des voix et la superposition des différents flux de conscience, dans un entremêlement des temporalités, plongent au plus profond des complexités de l’être humain.

Travailleur acharné

A travers ce flot de langage, souligné par une déconstruction de la syntaxe, il aborde ses thèmes récurrents : la folie, le désir, les erreurs du passé, la décadence de la petite bourgeoisie, la certitude de la mort… Autant de sujets empreints d’une intense nostalgie. Cette saudade imprime L’Ordre naturel des choses (Christian Bourgois, 1994), fortement inspiré par le personnage d’une de ses tantes. Ou La Mort de Carlos Gardel (Christian Bourgois, 1995), livre dans lequel les membres d’une famille, venus au chevet d’un adolescent mourant, se repassent chacun leur vie. Son dernier ouvrage traduit en français, L’Autre Rive de la mer, était paru en 2024 chez Christian Bourgois.

Travailleur acharné, Lobo Antunes écrivait jusqu’à douze heures par jour, sept jours sur sept. Si les trois premières heures étaient à jeter, disait-il, l’œuvre commençait à « couler » ensuite, lorsque, la fatigue venant, ses inhibitions se levaient. Cette ascèse, de même que le dépouillement progressif de sa langue, au fil des années, lui aura permis de livrer de magnifiques pages sur la souffrance des hommes. Sous sa plume, qui savait être aussi féroce que compatissante, ceux-ci se dénudaient jusqu’à devenir pathétiques, hantés par les mêmes terreurs, quelle que fût leur position sociale.

Conscient de sa valeur littéraire, Lobo Antunes était contrit de ne pas avoir reçu le prix Nobel. D’autant plus que son compatriote José Saramago avait raflé la récompense en 1998. Mais il aura sans doute gagné une satisfaction plus grande encore. « J’ai écrit les livres que je voulais, comme je le voulais, pour dire ce que je voulais : je n’en changerais pas une ligne et, si on m’accordait cent ans de vie supplémentaire en échange de mes livres, je n’accepterais pas. Le tout est exactement tel que je l’ambitionnais », écrivait-il. Le résumé d’une existence accomplie.

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Bram van Velde, dans son atelier

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Pablo PICASSO, Autoportrait, 1901

Pablo PICASSO, Autoportrait, 1901, Paris, Musée national, Picasso.

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Marcel PROUST Temps / Il en est ainsi du temps dans la vie

« Ma mère ne parut pas très satisfaite que mon père ne songeât plus pour moi à la « carrière ». Je crois que, soucieuse avant tout qu’une règle d’existence disciplinât les caprices de mes nerfs, ce qu’elle regrettait, c’était moins de me voir renoncer à la diplomatie que m’adonner à la littérature. « Mais laisse donc, s’écria mon père, il faut avant tout prendre du plaisir à ce qu’on fait. Or, il n’est plus un enfant. Il sait bien maintenant ce qu’il aime, il est peu probable qu’il change, et il est capable de se rendre compte de ce qui le rendra heureux dans l’existence. » En attendant que, grâce à la liberté qu’elles m’octroyaient, je fusse, ou non, heureux dans l’existence, les paroles de mon père me firent ce soir-là bien de la peine. De tout temps ses gentillesses imprévues m’avaient, quand elles se produisaient, donné une telle envie d’embrasser au-dessus de sa barbe ses joues colorées que si je n’y cédais pas, c’était seulement par peur de lui déplaire. Aujourd’hui, comme un auteur s’effraye de voir ses propres rêveries qui lui paraissent sans grande valeur parce qu’il ne les sépare pas de lui-même, obliger un éditeur à choisir un papier, à employer des caractères peut-être trop beaux pour elles, je me demandais si mon désir d’écrire était quelque chose d’assez important pour que mon père dépensât à cause de cela tant de bonté. Mais surtout en parlant de mes goûts qui ne changeraient plus, de ce qui était destiné à rendre mon existence heureuse, il insinuait en moi deux terribles soupçons. Le premier, c’était que (alors que chaque jour je me considérais comme sur le seuil de ma vie encore intacte et qui ne débuterait que le lendemain matin) mon existence était déjà commencée, bien plus, que ce qui allait en suivre ne serait pas très différent de ce qui avait précédé. Le second soupçon, qui n’était à vrai dire qu’une autre forme du premier, c’est que je n’étais pas situé en dehors du Temps, mais soumis à ses lois, tout comme ces personnages de roman qui, à cause de cela, me jetaient dans une telle tristesse, quand je lisais leur vie, à Combray, au fond de ma guérite d’osier. Théoriquement on sait que la terre tourne, mais en fait on ne s’en aperçoit pas, le sol sur lequel on marche semble ne pas bouger et on vit tranquille. Il en est ainsi du Temps dans la vie. Et pour rendre sa fuite sensible, les romanciers sont obligés, en accélérant follement les battements de l’aiguille, de faire franchir au lecteur dix, vingt, trente ans, en deux minutes. Au haut d’une page on a quitté un amant plein d’espoir, au bas de la suivante on le retrouve octogénaire, accomplissant péniblement dans le préau d’un hospice sa promenade quotidienne, répondant à peine aux paroles qu’on lui adresse, ayant oublié le passé. En disant de moi : « Ce n’est plus un enfant, ses goûts ne changeront plus, etc. », mon père venait tout d’un coup de me faire apparaître à moi-même dans le Temps, et me causait le même genre de tristesse que si j’avais été non pas encore l’hospitalisé ramolli, mais ces héros dont l’auteur, sur un ton indifférent qui est particulièrement cruel, nous dit à la fin d’un livre : « Il quitte de moins en moins la campagne. Il a fini par s’y fixer définitivement, etc. »

Marcel PROUST, A l’Ombre des jeunes filles en fleurs,   Gallimard, coll Folio 1988, p 58-59

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Andy WARHOL, Liz #3

 

Andy WARHOL, Liz #3 [Early Colored Liz] 1963

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J.-A. Miller, Introduction à l’impossible à supporter

Paris, 3 mai 2026. Jacques-Alain Miller introduit le thème du prochain congrès de l’Association mondiale de psychanalyse (AMP), qui se tiendra en 2028 : “L’impossible à supporter”. L’expression est extraite de la phrase de Lacan : “La clinique, c’est le réel comme impossible à supporter”. Elle désigne ainsi “une version clinique du réel”, souligne J.-A. Miller. Il propose ici quelques toutes premières pistes de réflexion : • L’impossible à supporter constitue un motif majeur d’entrée en analyse. Ébranlant les défenses du sujet et la routine qui faisait tenir son monde, cette conjoncture précipite sa demande d’analyse. • Cette routine qui soutient sa réalité, c’est qu’on appelle le fantasme fondamental, grâce auquel tout un chacun donne un sens stable à ce qu’il est, à ses relations aux autres. L’impossible à supporter témoigne précisément d’une “déchirure du fantasme” avec l’irruption d’un réel méconnu. • Peut-on établir une clinique de l’impossible à supporter selon les structures subjectives ?
Langue : français. Sous-titres : anglais, espagnol, italien, français et portugais.
00:00 Citations ou aphorismes ? 0:05:36 L’entrée en analyse 0:12:45 Le réel, au-delà du principe de plaisir 0:19:24 Clinique différentielle

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Picasso et le Cubisme

Picasso et le Cubisme
Photographies et montage, Bernard Obadia
Collection : Matisse / Picasso
re-representations

 

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Anne Colombel-Plouzennec, Sur l’intelligence artificielle

Des psychanalystes, membres de l’École de la Cause freudienne et de l’Association mondiale de psychanalyse, répondent aux trois questions que nous leur avons posées sur l’intelligence artificielle : Quels sont les usages de l’IA qui vous frappent aujourd’hui ? Quelles différences y a-t-il selon vous entre parler à un Chatbot et parler à un analyste ? Quelles perspectives symptomatiques de ces usages entrevoyez-vous ? 

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Pablo PICASSO, Jeanne, 1901

Pablo PICASSO, Jeanne, 1901, Centre Beaubourg, Paris

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Pablo PICASSO, Autoportrait,

Pablo PICASSO, Autoportrait, 1899-1900, Musée Picasso, Barcelone

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Roland Barthes : les mystères de l’écriture (France culture)

Roland Barthes. Qui mieux que cet écrivain du 20e siècle pour penser l’acte d’écrire et l’acte de lire ? Il se fait connaître en 1953 avec un essai au titre énigmatique : « Le degré zéro de l’écriture ». De livre en livre, il marque l’analyse de la littérature et fait œuvre de penseur de son temps

 

  • Qu’est-ce que « le degré zéro de l’écriture » ?

    « Le Degré zéro de l’écriture », publié en 1953, est un essai majeur de la réflexion littéraire du 20ᵉ siècle. Roland Barthes y analyse les rapports entre langue, style et écriture, montrant que l’écriture est toujours un choix historique et idéologique. Il développe la notion de « degré zéro ».

  • Qu’est-ce que « la mort de l’auteur » ?

    Dans « La Mort de l’auteur » (1967), Roland Barthes critique l’idée d’un auteur maître du sens de son œuvre. Il affirme que l’interprétation d’un texte ne dépend pas des intentions de l’écrivain, mais du fonctionnement du langage et de l’activité du lecteur.

  • Qu’est-ce que la sémiologie ?

    S’inspirant de la linguistique, Roland Barthes s’intéresse à la science qui étudie les signes et la manière dont ils produisent du sens dans la société : c’est la sémiologie. Dès lors, si la société est un système de signes, pourquoi restreindre leur analyse aux seuls textes littéraires ?

    La question du roman

    En grand analyste du roman, Roland Barthes, dans ses essais, étudie les mécanismes du récit, la construction des personnages et les effets de sens produits par l’écriture romanesque. Son approche renouvelle la lecture du roman, en s’intéressant au texte plus qu’aux intentions de l’auteur.

Par Géraldine Muhlmann

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Cézanne, absolument

Cézanne était-il le « bon dieu de la peinture », ou le diable ? Le grand « peintre des pommes », de la Sainte-Victoire, des Baigneuses et des Joueurs de cartes, ou bien un fou qui peignait « au pistolet » des viols, des meurtres et des crânes ?

Cézanne était-il « couillard » et schizoïde (Merleau-Ponty) ou un moine taoïste ? Venait-il de Provence, du centre de la Terre ou d’un autre système solaire ? Et, à la fin, Cézanne est-il vraiment mort ?

Cette série documentaire en forme de Grande Traversée, Cézanne, absolument, descend pour le savoir dans les profondeurs géologiques du pays d’Aix, se hisse à la cime des grands pins et des hiératiques rochers rouges, met les mains dans l’ocre jaune, le vermillon et le vert émeraude, prend langue avec des peintres, des historiens d’art, des écrivains, une scientifique, un architecte et un psychanalyste, et s’arrête, happé, devant les toiles du maître de la modernité.

  • Sur le motif, en Provence avec Cézanne

    Peintre de la Provence, Paul Cézanne est attaché au paysage qui environne la ville d’Aix. De son atelier des Lauves, domaine où il peint à la fin de sa vie, dans les carrières ocres de Bibémus et jusque sur les rivages azuréens de la Méditerranée, l’art de Cézanne fait partout écho à la nature.

  • Madame Sainte-Victoire, obsession de Paul Cézanne

    Paul Cézanne a érigé la montagne Sainte-Victoire au rang de merveille du monde. C’est donc fascinés, mais aussi quelque peu inquiets, que nous vous invitons à la rencontre de ce massif surnommé « le sphinx » avant de nous interroger sur la représentation de la femme dans les tableaux de Cézanne.

  • La vérité en peinture selon Cézanne

    Paul Cézanne a écrit : « Je vous dois la vérité en peinture. » Quel genre de peintre est Cézanne ? « Lent, lourd et stupide », comme il se définit lui-même ? Un barbouilleur malhabile dans ses débuts devenu un précurseur ? Autant de questions abordées par des spécialistes, des écrivains et des peintres.

  • Cézanne à Zola : « Mon ami, mon frère »

    Camarades de collège à Aix-en-Provence, puis frères d’armes à Paris, Paul Cézanne et Émile Zola se sont passionnément aimés et soutenus, avant de se quitter et peut-être même de se haïr. C’est une histoire d’amitié douloureuse qui nous est racontée dans cette émission.

  • Cézanne n’est pas mort ! Un héritage indécis entre admiration et révolte

    Que reste-t-il de la peinture si radicale de Paul Cézanne et en quoi a-t-elle a été une porte d’entrée vers la modernité ? Telles sont les questions posées en clôture de cette série « Grande traversée » consacrée à Cézanne et à son héritage.

Ils interviennent dans cette Grande Traversée :

  • Lydie Arickx, peintre
  • Jean Arrouye, sémiologue, auteur de Cezanne d’un siècle à l’autre (éditions Parenthèses)
  • Marie-Laure Bernadac, conservateur du patrimoine, auteur de Picasso, le sage et le fou (Gallimard)
  • Daniel Buren, artiste
  • Antoine Carbonne, peintre
  • Hervé Castanet, psychanalyste
  • Denis Coutagne, président de la Société Paul Cezanne
  • Cecile Debray, directrice du Musée de l’Orangerie
  • Dominique de Font Reaulx, directrice du Musée Eugène Delacroix
  • Jean de Gaspary, artiste et architecte
  • Laurence des Cars, présidente des [Musées d’Orsay et de l’Orangerie](http://www.musee-orsay.fr/ http://www.musee-orangerie.fr/)
  • Olivier Domerg, poète, auteur de La Sainte-Victoire de trois-quarts (La Lettre volée)
  • Bruno Ely, directeur du Musée Granet
  • Andréa Ferréol, comédienne
  • Michel Fraisset, directeur de l’Office du Tourisme d’Aix-en-Provence
  • Gérard Garouste, peintre
  • Charles Juliet, écrivain auteur de Cezanne, un grand vivant (P.O.L.)
  • Aram Kebabdjian, écrivain auteur de Les désœuvrés (Seuil)
  • Bertrand Lavier, artiste
  • Jean-Claude Lebensztejn, historien de l’art et auteur de Les couilles de Cezanne (Seguier)
  • Thomas Lévy-Lasne, peintre
  • Gerald Locklin, poète
  • Bernard Marcadé, critique d’art, auteur de Marcel Duchamp, la vie à crédit (Flammarion)
  • Henri Mitterand, professeur de littérature et éditeur de la correspondance de Cezanne et Zola Lettres croisées (Gallimard)
  • Mireille Provensal, géomorphologue
  • Xavier Rey, directeur des musées de Marseille et commissaire de l’exposition « Portraits de Cezanne » au Musée d’Orsay
  • Rudy Ricciotti, architecte
  • François Rouan, peintre
  • Philippe Sollers, écrivain, auteur du Paradis de Cezanne (Gallimard)
  • Daniele Thompson, cinéaste
  • Gérard Traquandi, peintre

Les lectures sont d’Anne-Lise Heimburger et André Wilms

Avec les voix de : Jean-Michel Alberola, Pierre Boulez, Henri Cueco, Salvador Dali, Marcel Duchamp, Antoine Duhamel, Bernard Fauconnier, Marie Gasquet, Alberto Giacometti, Allen Ginsberg, Sacha Guitry, Jackie Kennedy, Fernand Léger, André Masson, Madeleine Milhaud, Henry Moore, Francis Ponge, Claude Simon, Bob Wilson.

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Andy WARHOL, Mao

Andy WARHOL, Mao 1972,  Chigago art Institut

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Georges Vigarello libère le corps, Le Monde

Comment représenter notre  corps à travers les siècles, un essai de Georges Vigarello

Le chercheur est l’un des premiers à avoir fait du corps un sujet d’histoire à part entière. Il livre ici sa vision d’ensemble d’un demi-siècle de travaux.

Par 

« Les Logiques du corps. Une autre manière de penser le temps », de Georges Vigarello, Seuil, « L’univers historique », 372 p., 25 €, numérique 18 €.

En 1580, le conseiller du roi Pierre de La Primaudaye décrit le corps humain en ces termes : « Tout ainsi que la mer est comme la grande fontaine et matrice de toutes les eaux (…), le foie est comme la fontaine du sang et des veines. » Trois siècles plus tard, le ton change, l’imaginaire aussi : « Les êtres vivants peuvent être assimilés à des machines thermiques », écrit le médecin et inventeur Etienne Jules Marey en 1873. Et nous, que dirions-nous ? Quelle analogie avec quel aspect du monde pourrait nous aider à décrire ce que nous sommes ? Etre vivant, c’est être incarné. Mais qu’est-ce que la chair, et qu’est-ce que cela signifie pour nous de ne pouvoir exister qu’en nous tenant en elle ?

Ces questions sont au cœur du travail de Georges Vigarello depuis que, l’un des premiers, il a fait du corps un sujet d’histoire à part entière. Du Corps redressé (Delarge, 1978) à Histoire de la fatigue (Seuil, 2020), de la somme collective Histoire du corps, qu’il a dirigée avec Alain Corbin et Jean-Jacques Courtine (trois volumes, Seuil, 2005-2006), au Sentiment de soi (Seuil, 2014), chaque étape de ce vaste chantier a imposé sa méthode, faite d’exhumation d’archives inattendues ou de relecture neuve de corpus classiques, que rend lumineuses un art virtuose de la mise en perspective. Peut-être ne restait-il à l’historien qu’à déboucher sur une vision d’ensemble, jusque-là amorcée, sans être systématisée sur le plan théorique. C’est ce qu’il accomplit dans son nouveau livre, Les Logiques du corps.

Ample, touffue, d’une richesse documentaire presque écrasante, cette enquête sur le temps long frappe en effet par l’unité de son cadre interprétatif, qui permet de dégager de ce savoir foisonnant des lignes de force cohérentes. Pour résumer à gros traits, il s’agit à la fois de savoir comment les sociétés occidentales se sont représenté le corps, en mettant au jour les « modèles » de perception et d’organisation de ses « opérations concrètes » – nourriture, entretien, sexualité, soin… –, et quel sens elles ont donné à la vie corporelle, en explorant « les manières de donner au corps son rôle ».

Etre soi-même

Soit, d’un côté, des « modèles fonctionnels », du système des « humeurs », ces liquides corporels sources de vie comme « la grande fontaine » maritime, qui domina les représentations de l’Antiquité au XIXe siècle, au principe énergétique et thermique qui apparaît avec la Révolution industrielle et le progrès des sciences. Sur l’autre versant, celui des « dimensions existentielles », une temporalité différente apparaît, opposant aux « ruptures » que représentent les passages d’un « modèle fonctionnel » à l’autre les « dynamiques convergentes » du lent travail de construction d’un rapport à son propre corps.

Car si Etienne-Jules Marey ne parle ni ne pense comme Pierre de La Primaudaye, l’un et l’autre sont embarqués dans la même histoire, qui demeure la nôtre : être soi-même, individu unique, vivant de la vie de ses organes, et mourant de son interruption. Que nous soyons semblables à la terre ou à une locomotive n’y change rien. Nous sommes là, dans ce corps qui, comme toutes les réalités mystérieuses, se prête justement à maintes définitions et métaphores, et il faut bien faire quelque chose de cette circonstance.

Ce quelque chose, l’historien le désigne comme un « enracinement corporel » de la liberté, que ses sources, à partir du XVIe siècle, font apparaître comme un phénomène global d’autonomisation, qu’on peut dire continu, puisque les périodes de recul ne l’ont jamais brisé. Il délimite aujourd’hui plus que jamais les champs respectifs de l’individuel et du collectif, non sans excès dans l’affirmation de soi, et une frustration exponentielle, tant la promesse est grande. Mais comment expliquer autrement le rejet de plus en plus absolu de l’agression et de la domination des autres corps, ou de la société, ou de l’Etat, sur nos corps ? Et, dès lors, comment ne pas voir que les conclusions de Georges Vigarello touchent au plus intime et au plus durable de la vie contemporaine ?

C’est ce qui définit un grand livre d’histoire : il nous rassemble avec nos prédécesseurs, en nous inscrivant dans un destin commun, une aventure continuée, qui éclaire nos sentiments, nos pensées, nos imaginaires. Quand, de plus, ce livre synthétise et refonde des décennies de recherche, on comprend que c’est une œuvre entière qui nous est désormais indispensable, pour longtemps sans doute. Cela s’appelle devenir un classique.

Extrait

« Les repères basculent d’un modèle à l’autre. Les manières d’expliquer, de sentir, voire de vivre, changent de part en part : du geste de se nourrir à celui d’habiter, du geste de se vêtir à celui de se « tenir », du geste de se soigner à celui de s’exercer. (…) Le temps se fragmente, les manières se métamorphosent, les sensibilités se défont et se reconstruisent, non pas tant par les seuls gains de la science, mais autant, sinon plus, par les mutations de l’imaginaire. Les « ordres » successifs du fonctionnement corporel ouvrent sur des « ordres » successifs d’éprouver la vie. »

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Paul CEZANNE

Paul Cézanne
Conception et montage, Bernard Obadia
Collection, Dans le détail des oeuvres.
re-presentations

 

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La ville américaine

Boston, Chicago, la Nouvelle-Orléans, Los Angeles et San Francisco. En cinq étapes comme autant d’épisodes, voyagez et découvrez ce que la ville américaine dit à une période cruciale pour le pays le plus riche du monde : les États-Unis d’Amérique.

Tel un roadmovie, cette émission explore de ville en ville certains des grands thèmes de l’Amérique : la répartition et la cohabitation des communautés, la vie rêvée des « suburbs » résidentielles et cette fameuse classe moyenne, invention américaine, l’étalement urbain dans lequel se diluent la ville et la nature, l’architecture des tours, et la politique.

Avec comme guides des figures de la culture américaine tels que Robert Darnton, Robert Pinsky, Adam Levine… Nous passons par cinq villes américaines mythiques tant pour leurs musiques, institutions prestigieuses, gastronomie, cinéma ou encore population cosmopolite.

Cinq documentaires de Virginie Bloch-Lainé, Alexandre Breton, Amaury Chardeau, Michel Pomarède, Frank Smith, réalisés par Guillaume Baldy, Gilles Mardirossian, Jean-Philippe Navarre, Charlotte Roux, Céline Ters.

  • Boston, berceau des États-Unis

    Boston déploie les charmes de son vieux centre et de ses prestigieuses institutions universitaires, à 300 kilomètres au nord de New York, la « rivale ». Si la ville représente, à bien des égards, une certaine idée de l’Amérique élégante, intellectuelle et sportive, elle vibre aussi d’autres passions.

    Chicago, une expérience physique et musicale

    Une Grande traversée en deux actes avec un portrait de Chicago en musique, suivie d’une exploration des dimensions hors normes de la ville.

    La Nouvelle-Orléans, le corps et l’esprit d’une ville

    Complexe, métissée, romantique, artistique et provocante, à l’ombre d’un chêne ou entre les murs en stuc d’une cour créole, La Nouvelle-Orléans ensorcelle, verse des potions vaudoue dans des cocktails sucrés et respire puissamment pour dissimuler son passé tumultueux.

    Los Angeles, part d’ombre et de lumière

    Parts d’ombre et de lumière dans la « ville des anges », une Grande traversée en deux étapes qui se font face.

    San Francisco, topographie d’un désir

    Cap vers la côte Ouest des États-Unis, et San Francisco. Dressée sur une langue de terre, métaphore de son extraterritorialité, cernée par les eaux houleuses du Pacifique. Berceau d’utopies libertaires, cosmopolites et poétiques. San Francisco et ses quarante-trois collines, Babel multi-ethnique.

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Genevieve ASSE 2

Genevieve ASSE 2

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Psychologie des foules et analyse du moi » de Freud par la psychanalyste Silvia Lippi

Provenant du podcast

Le Souffle de la pensée

Par Géraldine Mosna-Savoye
La psychanalyste Silvia Lippi nous plonge dans Sigmund Freud et notamment dans « Psychologie des foules et analyse du moi », un texte dont la dimension sociale et politique lui tient particulièrement à cœur.

La psychanalyste Silvia Lippi reconnaît avoir été particulièrement influencée dans son travail par ce texte de Freud, Psychologie des foules et analyse du moi, publié en 1921.  A l’époque de ses études de psychologie, elle découvrait ce texte dans lequel Freud parle de la société – « ce qui nous montre – dit-elle – que la psychanalyse n’est pas qu’une pratique du lien individuel ». Philosophe de formation, ancienne lectrice de Spinoza, Machiavel et Marx, ayant travaillé en institution sur la psychose, Silvia Lippi nous révèle un Freud bien plus politique qu’on ne le pense.

La découverte de Freud après celle de Lacan

« Freud m’a toujours accompagnée, mais c’est le petit frère de Lacan« , raconte Silvia Lippi, qui avoue être tombée amoureuse de Jacques Lacan aussitôt qu’elle l’a découvert.  « Paradoxalement, moins je comprenais Lacan, plus il me plaisait », explique Silvia Lippi, pour évoquer le fait que c’est bien d’avoir cette possibilité de ne pas tout comprendre » Comme dit Freud, l’inconscient n’a pas de temps, souligne-t-elle, « donc vous voyez là, les choses s’étaient un peu inversées. »

En choisissant ce texte de Freud, habituée qu’elle était à penser le Freud, encore une fois, individuel, qui s’occupe de la singularité, de l’individu, Silvia Lippi prend conscience de l’idée qu’il y avait quelque chose de collectif très fort, pour un psychanalyste. « Et en lisant ce texte, évidemment, j’ai vu qu’il y avait une implication très profonde et en manière très particulière de penser le collectif parce que c’était lié, notamment au singulier, ce qui donnait quelque chose de tout à fait nouveau pour moi pour repenser la question du collectif et du groupe ».

Freud, ingouvernable

La psychanalyse est tellement liée à ce que Freud a théorisé qu’on ne peut pas passer à côté de lui : Freud, si ingouvernable qu’ on le retrouve toujours là où on ne l’attend pas, Freud inclassifiable, bourgeois, viennois, d’une société victorienne complètement renfermée, « et lui, à l’intérieur de cette société, il fait une révolution en parlant de la sexualité, en écoutant les femmes. On oublie souvent que Freud était juif, qu’il devait descendre de son trottoir ».

À écouter aussi

« Psychologie des foules et analyse du moi »

Le sujet est seul face à ses traumatismes, ses fantômes, ses angoisses, ses détresses, son « impuissance » comme dit Freud, rappelle Silvia Lippi, il a besoin de l’autre, d’où le besoin de la foule. Et c’est là en étant avec les autres que  » je suis fort ». Pour ne pas me sentir impuissant, j’ai besoin de l’autre. Ici se dessine le lien social fondé sur la fraternité : les fils du père se construisent par le meurtre de celui-ci et la culpabilité qui en découle.
A travers l’archive écoutée de Sigmund Freud [Psychologie des foules et analyse du moi, chapitre IX, “La foule et la horde originaire”], Silvia Lippi détecte chez Freud un autre lien social : celui de « ces jeunes pensionnaires » qui partagent un symptôme, et nous dit clairement : Si chaque trauma, selon Freud, est profondément singulier, le symptôme, lui, est partageable. L’exemple de ces jeunes filles nous découvre que toute pulsion ne peut être refoulée, ce que Freud démontrera dans Malaise dans la culture, quelques années plus tard, en 1930.

Hegel, ce point d’attaque

« C’est triste de mourir sans avoir lu Hegel » avoue Silvia Lippi, et pourtant, si elle l’a un peu fréquenté, à travers Lacan, grand lecteur qui s’est beaucoup inspiré d’Hegel et notamment, de sa conception du phallus qu’elle attaque, il n’en reste pas moins un sujet qu’elle récuse sous plusieurs formes : « Je n’attaque pas le phallus en lui-même, j’attaque la centralité« .

Références sonores

  • Archive du 7 décembre 1938, enregistrée au domicile de Freud à Londres.
  • Sigmund Freud, Psychologie des foules et analyse du moi, chapitre IX “La foule et la horde originaire”, traduit de l’allemand par Pierre Cotet, André Bourguignon, Janine Altounian, Odile Bourguignon et Alain Rauzy, éditions Payot & Rivages, 1921. Lu par Nicolas Berger.
  • Sigmund Freud, Psychologie des foules et analyse du moi, op. cité, chapitre VI “L’identification” (Payot & Rivages, 1921).
  • Sigmund Freud, Le Malaise dans la culture, chapitre III, traduction de Dorian Astor, éditions Garnier Flammarion, 1930.
  • Chanson, Jerry Lee Lewis, I hate you

Dernier ouvrage paru de Silvia Lippi :  Freud l’ingouvernable, coll. Nouages, éd. Stilus 2025.

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