
Mark ROTHKO, untilted, 1949, (détail) National Gallery of Art, Washigton DC.

Mark ROTHKO, untilted, 1949, (détail) National Gallery of Art, Washigton DC.
« Ils ne reçoivent personne et ne sont invités nulle part. Lui-même l’avoue : « Nous restons tous les deux seuls au coin de notre feu. » Comme il dit toujours nous, non pas comme le roi, mais pour sa femme, je n’insiste pas. Mais je suis très renseignée », ajouta la duchesse. Elle et moi nous croisâmes deux jeunes gens dont la grande et dissemblable beauté tirait d’une même femme son origine. C’étaient les deux fils de Mme de Surgis, la nouvelle maîtresse du duc de Guermantes. Ils resplendissaient des perfections de leur mère, mais chacun d’une autre. En l’un avait passé, ondoyante en un corps viril, la royale prestance de Mme de Surgis, et la même pâleur ardente, roussâtre et sacrée affluait aux joues marmoréennes de la mère et de ce fils ; mais son frère avait reçu le front grec, le nez parfait, le cou de statue, les yeux infinis ; ainsi faite de présents divers que la déesse avait partagés, leur double beauté offrait le plaisir abstrait de penser que la cause de cette beauté était en dehors d’eux ; on eût dit que les principaux attributs de leur mère s’étaient incarnés en deux corps différents ; que l’un des jeunes gens était la stature de sa mère et son teint, l’autre son regard, comme les êtres divins qui n’étaient que la force et la beauté de Jupiter. »
Marcel Proust, Sodome et Gomorrhe, La Pléiade, éd de 1973, P 686
« Il se demandait parfois s’il n’avait pas choisi ce quartier silencieux pour se tenir à distance d’un monde et d’une agitation qui lui semblaient de plus en plus incompréhensibles. Parfois, il se promenait jusqu’aux frontières au-delà desquelles la vie et le présent reprenaient leurs droits et leur vacarme […]. Mais, bien avant de les atteindre, il faisait demi-tour. » L’Elephant, Gallimard, 2026
« Pourtant je n’ai pas rêvé. Je me surprends quelquefois à dire cette phrase dans la rue, comme si j’entendais la voix d’un autre. Une voix blanche. Des noms me reviennent à l’esprit, certains visages, certains détails. Plus personne avec qui en parler. Il doit bien se trouver deux ou trois témoins encore vivants. Mais ils ont sans doute tout oublié. Et puis, on finit par se demander s’il y a vraiment eu des témoins. » L’Herbe de nuit, 2012
« j’avais besoin de points de repère, de noms de stations de métro, de numéros d’immeubles, de pedigrees de chiens, comme si je craignais que d’un instant à l’autre les gens et les choses ne se dérobent ou disparaissent et qu’il fallait au moins garder une preuve de leur existence. » L’Herbe de nuit, 2012
« Le bois, les avenues vides, la masse sombre des immeubles, une fenêtre éclairée qui vous donne l’impression d’avoir oublié d’éteindre la lumière dans une autre vie, ou bien que quelqu’un vous attend encore… Tu dois te cacher dans ces quartiers-là. Sous quel nom ? Je finirai bien par trouver la rue. » L’Herbe de nuit, 2012
L’objet de la quête apparaît clairement : le temps. « Il n’y a jamais eu pour moi ni présent ni passé », confesse le narrateur de L’Herbe des nuits qui rêve de creuser « une brèche dans le temps », ce « temps immobile », ce « temps aboli » devenu « transparent », pour y retrouver tout intact. Dans L’Horizon, l’avatar romanesque de l’écrivain attendait qu’un jour, « par miracle », les vivants et les morts empruntent « le même corridor » car il « avait toujours imaginé qu’il pourrait retrouver au fond de certains quartiers les personnes qu’il avait rencontrées dans sa jeunesse, avec leur âge et leur allure d’autrefois. Ils y menaient une vie parallèle, à l’abri du temps… »
L’incarnation de l’inconscient. J.-A. Miller. Rio, 28 avril 2016
● Quel est le chemin qui a conduit Jacques Lacan à nouer l’inconscient au corps parlant et à ce qui l’affecte ? Jacques-Alain Miller en explicite les motifs et les jalons dans son intervention de clôture du Xe congrès de l’Association mondiale de psychanalyse, le 28 avril 2016, à Rio de Janeiro. ● Dialoguant avec les discours de son époque, il a tout d’abord rêvé de formaliser la psychanalyse avec la linguistique et la logique mathématique. Mais cet “inconscient de pure logique” ne prend pas en compte le réel du corps, signale J.-A. Miller. Voilà pourquoi Lacan opère ensuite un tournant majeur en introduisant le terme de “parlêtre”, qui intègre les affects du corps et ses mouvements pulsionnels. ● Avec cette bascule, note J.-A. Miller, “l’inconscient relève du corps parlant”. J.-A. Miller rectifie ici l’idée courante que “le corps parle” : comme tel, le corps ne parle pas, il est le vecteur, l’instrument avec lequel on parle. “L’homme parle avec son corps.” ● Une mise au point précise sur les transformations du statut de l’inconscient dans l’élaboration de Lacan. ● Un éclairage majeur sur la façon dont l’inconscient se fait chair, ouvrant à une éthique de la jouissance.
Langue : français. Sous-titres : anglais, espagnol, italien, portugais & français.
#Lacan #corps parlant #inconscient 00:00 Un inconscient de pure logique 00:08:59 La jouissance du corps parlant 00:14:42 Le parlêtre 00:20:27 Universel du langage, particulier de lalangue

Mark ROTHKO, n°16, Collection Christopher Rothko1951

Auguste RENOIR (1841-1919), Bal du moulin de la Galette, 1876
La chronique « essai » de Roger-Pol Droit, à propos de la réédition du manifeste « L’Utilité de l’inutile », de Nuccio Ordine, devenu un classique depuis sa parution initale en 2012.
« L’Utilité de l’inutile. Manifeste » (L’utilità dell’ inutile), de Nuccio Ordine, suivi d’un essai d’Abraham Flexner, traduit de l’italien et de l’anglais par Luc et Patrick Hersant, illustrations de Scott Pennor’s, postface de Matteo Leta, Les Belles Lettres, 222 p., 15 €, numérique 12 €.
« A quoi sert d’apprendre le grec ancien, ou le latin ? A quoi servent tableaux, romans, poèmes, symphonies ? Rigoureusement à rien. Du moins si l’on s’en tient à une conception de l’utile défini uniquement par des conséquences directes et visibles – qu’elles soient matérielles, sociales ou financières. Si l’utilité ne se mesure qu’en matière d’efficacité pratique et de profit, on devra effectivement déclarer inutiles arts, idées et culture.
Le problème, en opérant ainsi, est qu’on jette par-dessus bord la quintessence de l’humain. Car la passion pour l’inutile est ce qui nous spécifie parmi les vivants. Pas d’humain sans goût du geste gratuit, sans quête de la beauté à jamais dépourvue de fonction, de but, de prix. Le plus utile à l’humanité, à son déploiement et sa survie, est donc finalement cet indispensable superflu. Voilà le paradoxe fondateur : rien n’est plus utile, humainement, que ce qui est inutile, pratiquement.
La remarque n’est pas nouvelle. Mille auteurs l’ont déjà souligné. Malgré tout, il faut le répéter aujourd’hui, d’autant plus haut, et d’autant plus fort, que l’empire de la bêtise gagne en extension et en intensité de manière vertigineuse. C’est pourquoi, il y a déjà une quinzaine d’années, Nuccio Ordine (1958-2023) a commencé à entrer en guerre, à son tour, contre la pernicieuse dévalorisation idéologique de l’inutile. Faisant feu de tout bois, ce professeur à l’université de Calabre (Italie) s’est mué en ardent défenseur des humanités, de la culture et de l’esprit. Grand connaisseur de la Renaissance, spécialiste du philosophe Giordano Bruno (1548-1600), cet homme-orchestre d’une culture époustouflante a publié, en 2012, le manifeste intitulé L’Utilité de l’inutile.
Le texte a rencontré une audience planétaire, avec pas moins de 24 traductions (Les Belles Lettres, 2013). Rien d’étonnant, car c’est un vrai feu d’artifice. Que l’utile soit méprisable et l’inutile salvateur, Nuccio Ordine convoque pour le faire comprendre Aristote et Tchouang-Tseu, Flaubert et Ionesco, Montaigne et Oscar Wilde, Cervantès et cent autres. Il chante avec Thomas More les louanges des littératures et des arts, dénonce avec Victor Hugo l’obsession budgétaire qui assassine l’enseignement et la recherche, célèbre avec Erasme la dignité de l’esprit, la gloire des savoirs, l’amour des rêveries. Avec une ferveur militante, belliqueuse, joyeuse, parfois excessive, toujours intense.
C’est une bonne chose que ce manifeste étincelant soit réédité aujourd’hui, sous une forme illustrée et augmentée. Les risques qu’il dénonçait se sont étendus, les saccages qu’ils annonçaient triomphent. L’empire de l’utile risque d’imposer partout sa loi mortifère. Sans doute faut-il plus que jamais chercher l’antidote. A moins de considérer la partie déjà perdue, et de se demander si ce vibrant plaidoyer peut encore servir à quoi que ce soit…
« La mort est du domaine de la foi. Vous avez bien raison de croire que vous allez mourir, bien sûr – ça vous soutient. Si vous n’y croyiez pas, est-ce que vous pourriez supporter la vie que vous avez ? Si on n’était pas solidement appuyé sur cette certitude que ça finira, est-ce que vous pourriez supporter cette histoire ? Ce n’est qu’un acte de foi. Le comble du comble, c’est que
vous n’en êtes pas sûr. »
« (…) Seulement voilà, la vie, ça, c’est du solide, c’est ce sur quoi nous vivons, justement. Bien sûr nous vivons, ce n’est pas douteux, on s’en aperçoit même à chaque instant. Seulement, la vie, il s’agit de la penser. »
« Conférence de Louvain » (1972), texte établi par J.-A. Miller, La Cause du désir, no 96, juin 2017, p. 11.
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» La vie, dès qu’on commence à en parler comme telle, quand on prend la vie comme concept, alors là, on se met tous à l’abri tous ensemble pour se réchauffer avec un certain nombre de bestioles qui naturellement nous réchauffent d’autant mieux que, pour ce qui est de notre vie à nous, on n’a aucune espèce d’idée de ce que c’est. Dieu merci, c’est le cas de le dire, il ne nous a pas laissé tous seuls. Depuis le début, depuis la Genèse, il y avait d’innombrables animaux. Que ce soit ça qui fasse la vie, ça a la plus grande vraisemblance. La vie est ce qui nous est commun avec les petits animaux. »
(…)
« C’est beau, la vie, comme vous savez. Ça remue, c’est chaleureux, c’est sensible, c’est bouleversant. Alors on commence à penser, Dieu sait pourquoi, que ça se conserve, la vie. C’est quand même un signe que là, quelque chose passe d’un peu plus sérieux. Pour que ça dure, il faut que ça se conserve, ça fait ce qu’il faut pour se conserver, ce qui commence à compliquer un petit peu plus les choses. »
« Conférence de Louvain » (1972), texte établi par J.-A. Miller, La Cause du désir, no 96, juin 2017, p. 12.
Le Monde publie ce texte dès le 18 septembre 2001, sous le titre « Le vide et les décombres ». Quelques jours plus tôt, dans son éditorial du 13 septembre, le directeur du journal, Jean-Marie Colombani, avait déjà acté l’avènement d’un « siècle nouveau ».
Partout sur la planète, le même constat s’impose comme une évidence. La sensation d’un basculement d’époque est perçue avec une immédiateté inédite. Le 11-Septembre – le trait d’union et la majuscule apparaissent dans les mois qui suivent – devient à lui seul l’emblème d’une nouvelle ère, marquée par l’irruption du terrorisme islamiste et, bientôt, des obsessions identitaires, le déclin désormais perçu comme inéluctable des Etats-Unis, la mondialisation de l’information comme du complotisme, l’adoption par les Etats de politiques sécuritaires… La proximité de la date avec l’an 2000 fait le reste : le XXIe siècle est né dans les gravats de Ground Zero.
« Les Américains ont été les plus abasourdis, mais chacun a eu conscience d’assister à un événement d’un type nouveau », rappelle François Hartog. Spécialiste de la Grèce antique, l’historien a beaucoup réfléchi, notamment dans Régimes d’historicité. Présentisme et expériences du temps (Seuil, 2003), sur la façon dont les sociétés construisent leur rapport au temps. « C’était un événement en train de se faire et qui se donnait à voir en même temps, constate le chercheur. Il n’était pas encore advenu qu’il écrivait sa propre historisation et sa propre commémoration. »
Le contraste est saisissant avec une autre date, considérée de manière tout aussi unanime comme marquant, elle, le début du siècle précédent : en août 1914, les soldats partant au front ne sont-ils pas convaincus qu’ils seront de retour à l’hiver ? Les observateurs, eux, pensent assister à une simple réédition de la guerre de 1870… En clair, note François Hartog, l’entrée dans le XXe siècle se fait de manière « invisible ».
Dans le champ historiographique, la visibilité n’est toutefois en rien un gage de durabilité, rappelle le médiéviste Etienne Anheim, qui a écrit sur les théories de l’histoire et la perception de la temporalité. Ainsi de la date du 21 juillet 1969. Le premier pas de l’homme sur la Lune fut, lui aussi, un événement médiatique gigantesque – et mondial. « Mais vu ce qu’est devenue la conquête spatiale, à savoir assez peu de choses, cet événement a en quelque sorte “reculé” dans les perceptions, constate l’historien. Pour autant, si dans cinquante ans la colonisation de la Lune ou de Mars devient un élément clé de la survie de l’humanité, la date de 1969 sera requalifiée. »
Le cas de 1989 est différent. La chute du mur de Berlin, comme l’éclatement de l’URSS en 1991, reste un événement dont l’importance historique est incontestée. Les deux dates demeurent des bornes pertinentes pour clore le XXe siècle, celui des idéologies, des totalitarismes et de la guerre froide. Le 11-Septembre a seulement montré, a posteriori, qu’elles n’étaient pas encore le point de départ du XXIe siècle. Comme si la « fin de l’histoire », la disparition des conflits grâce au triomphe du libéralisme, théorisée par l’universitaire américain Francis Fukuyama en 1992, n’avait duré que dix ans, produisant un étrange trou noir historiographique.
La « périodisation » de l’histoire est une chose à la fois récente et bancale. C’est seulement au moment de la Révolution française que les contemporains commencent à avoir conscience que les événements auxquels ils assistent, ou auxquels ils participent, s’inscrivent dans une temporalité historique et la définissent. Et seulement dans le courant du XVIIIe que le découpage en siècles se généralise, au risque, rappelle Etienne Anheim, auteur du Travail de l’histoire (Editions de la Sorbonne, 2018), de réifier cet objet parfaitement conventionnel et de fabriquer des fictions historiques simplificatrices. Ainsi de l’opposition entre le « beau XIIIe siècle », époque supposée de prospérité généralisée, et le XIVe, dit « siècle des crises », marqué par les épidémies, les guerres, les pénuries…
Dans Alter Histoire (Les Belles Lettres, 1991), dont il est coauteur, l’historien Daniel S. Milo s’amuse à remarquer que si l’on avait commencé l’ère chrétienne à la mort du Christ, et non à sa naissance, les siècles seraient « décalés » de 33 ans. Les guerres napoléoniennes appartiendraient au siècle des Lumières et l’arrivée au pouvoir en Allemagne d’Adolf Hitler serait un candidat sérieux pour marquer l’entrée dans le XXe siècle.
La principale menace qui pèse sur le « statut » toujours incontesté du 11-Septembre est le temps qui passe. L’événement n’a qu’un quart de siècle – il en faut plus pour mesurer réellement ses conséquences, mais surtout pour discerner la tonalité dominante qu’acquiert un siècle. Ou plutôt celle que les historiens et le grand public souhaitent lui donner. En clair, si le XXIe siècle s’avérait, in fine, marqué par les épidémies à répétition, le confinement généralisé lié à la pandémie de Covid-19, en 2020, apparaîtrait rétrospectivement comme un événement immense et, surtout, annonciateur.
Continuons le jeu. Si le siècle, comme c’est probable, est celui des grands dérèglements climatiques, pourquoi ne pas choisir l’ouragan Katrina, en 2005, ou la canicule de 2003 ? Ou, dans le cas d’une improbable prise de conscience, le protocole de Kyoto de 1997, le premier accord international contraignant visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre ?
Quid de la domination annoncée de la Chine sur les affaires du monde ? Le 11 septembre 2001 a beau porter en lui l’effacement américain, ce repère n’est sans doute pas assez explicite. Pourquoi ne pas retenir l’adhésion de Pékin à l’Organisation mondiale du commerce, en 2001, point de départ de son formidable essor économique ? Ou la révolte de Tiananmen, en 1989, qui a tant pesé sur les orientations du régime chinois… ?
Ces interrogations valent aussi pour le passé, tant les regards européens d’abord, occidentaux ensuite ont dicté l’écriture de l’histoire planétaire. Aussi « mondiale » soit-elle, la guerre de 14-18 reste avant tout une affaire européenne. La conférence de Berlin de 1884-1885, qui a fixé les règles de la colonisation de l’Afrique, a peut-être eu une influence sur un nombre plus important d’individus… Une « histoire chinoise » du monde, elle, verrait volontiers le XXe siècle débuter en 1899, avec la révolte des Boxers, épisode fondateur de l’affirmation de la Chine face à l’Occident.
Tony Judt est mort en 2010. Il n’aura pas eu le temps, ou le recul suffisant, de questionner sa propre affirmation, lancée un soir de septembre 2001 à Manhattan. Son dernier livre, Penser le XXe siècle, publié aux Etats-Unis deux ans après sa mort (et en France en 2016, aux Editions Héloïse d’Ormesson), se présente sous la forme de conversations avec l’historien américain Timothy Snyder. Judt s’y intéresse à la façon dont les idéologies et les croyances ont aveuglé les intellectuels les plus brillants. Un plaidoyer contre les certitudes, y compris les siennes.
Benoît VITKINE
© Le Monde
Gerhard Richter
Photographies et montage Bernard Obadia
Collection Journal n°50
re-presentations

Mark ROTHKO, No. 14, 1960
En 1981, le philosophe Emmanuel Levinas (1905-1995) se raconte et déploie sa pensée au micro de Philippe Nemo dans une série en dix épisodes des « Chemins de la connaissance ».
La série « Levinas par Levinas » propose dix entretiens thématiques avec le philosophe menés par Philippe Némo. Ils ont été diffusés pour la première fois en 1981 dans l’émission « Les Chemins de la connaissance ». Les thèmes évoqués et approfondis par Emmanuel Levinas sont sa formation, Husserl et Heidegger, la solitude de l’être, l’amour et la filiation, le visage, la responsabilité pour autrui, la gloire du témoignage, les consolations de la religion et la dureté de la philosophie.
Épisode 10/10 · La consolation des religions et la dureté de la philosophie
Dans le dixième et dernier épisode des « Chemins de la connaissance » avec Emmanuel Levinas au micro de Philippe Nemo, le philosophe parle de la consolation des religions et de la dureté de la philosophie. « Levinas par Levinas », une série diffusée pour la première fois en mars 1981.
Épisode 9/10 · La gloire du témoignage
« Les Chemins de la connaissance » proposent en 1981 une série de dix entretiens avec le philosophe Emmanuel Levinas dans les lesquels il synthétise ses travaux philosophiques. Dans le neuvième volet il traite de la notion qu’il nomme « la gloire du témoignage ».
Épisode 8/10 · La responsabilité pour autrui
Le philosophe Emmanuel Levinas est invité en 1981 par « Les chemins de la connaissance » pour raconter en dix épisodes sa travail philosophique. Dans le huitième volet il aborde la question de la responsabilité pour autrui.
Épisode 7/10 · Réflexion éthique et métaphysique sur le visage
En 1981, dans « Les Chemins de la connaissance » le philosophe Emmanuel Levinas propose de se raconter et d’expliquer sa philosophie. Dans le septième épisode, il aborde le thème du visage.
Épisode 6/10 · Les limites du savoir
En 1981, dans « Les Chemins de la connaissance », le philosophe Emmanuel Levinas se raconte longuement dans une série de dix entretiens. Le sixième est intitulé « Les limites du savoir ».
Épisode 5/10 · L’amour et la filiation
En 1981, le philosophe Emmanuel Levinas donne dix entretiens dans « Les Chemins de la connaissance ». Dans le cinquième volet, il évoque les notions d’amour et de filiation.
Épisode 4/10 · La solitude de l’être
En 1981, « Les chemins de la connaissance » consacrent dix émissions au philosophe Emmanuel Levinas. Il s’y raconte et explique ses travaux philosophiques. Dans le 4ème volet il est question de la solitude l’être.
Épisode 3/10 · Le « Es gibt » de Heidegger et le « il y a » de Levinas
Dans « Les Chemins de la connaissance », en 1981, le philosophe Emmanuel Levinas se raconte et explique sa philosophie au micro de Philippe Nemo. Dans le troisième volet il aborde la notion du « il y a ».
Épisode 2/10 · La découverte de Husserl et Heidegger
En 1981, le philosophe Emmanuel Levinas donne dix entretiens pour « Les Chemins de la connaissance » au micro de Philippe Nemo. Dans le deuxième volet, il raconte sa découverte du philosophe Martin Heidegger.
Épisode 1/10 · Les années de formation, de l’Empire Russe à Paris
En 1981, le philosophe Emmanuel Levinas se raconte et déploie sa pensée au micro de Philippe Nemo dans une série en dix épisodes des « Chemins de la connaissance ». Dans le premier volet il revient sur ses années de formation en Ukraine, à Strasbourg, puis Paris.
« Êtes-vous jaloux ? » Je dis à Swann que je n’avais jamais éprouvé de jalousie, que je ne savais même pas ce que c’était. « Hé bien ! je vous en félicite. Quand on l’est un peu, cela n’est pas tout à fait désagréable, à deux points de vue. D’une part, parce que cela permet aux gens qui ne sont pas curieux de s’intéresser à la vie des autres personnes, ou au moins d’une autre. Et puis, parce que cela fait assez bien sentir la douceur de posséder, de monter en voiture avec une femme, de ne pas la laisser aller seule. Mais cela, ce n’est que dans les tout premiers débuts du mal ou quand la guérison est presque complète. Dans l’intervalle, c’est le plus affreux des supplices. Du reste, même les deux douceurs dont je vous parle, je dois vous dire que je les ai peu connues ; la première, par la faute de ma nature qui n’est pas capable de réflexions très prolongées ; la seconde, à cause des circonstances, par la faute de la femme, je veux dire des femmes, dont j’ai été jaloux. Mais cela ne fait rien. Même quand on ne tient plus aux choses, il n’est pas absolument indifférent d’y avoir tenu, parce que c’était toujours pour des raisons qui échappaient aux autres. Le souvenir de ces sentiments-là, nous sentons qu’il n’est qu’en nous ; c’est en nous qu’il faut rentrer pour le regarder. Ne vous moquez pas trop de ce jargon idéaliste, mais ce que je veux dire, c’est que j’ai beaucoup aimé la vie et que j’ai beaucoup aimé les arts. Hé bien ! maintenant que je suis un peu trop fatigué pour vivre avec les autres, ces anciens sentiments si personnels à moi, que j’ai eus, me semblent, ce qui est la manie de tous les collectionneurs, très précieux. Je m’ouvre à moi-même mon cœur comme une espèce de vitrine, je regarde un à un tant d’amours que les autres n’auront pas connus. Et de cette collection à laquelle je suis maintenant plus attaché encore qu’aux autres, je me dis, un peu comme Mazarin pour ses livres, mais, du reste, sans angoisse aucune, que ce sera bien embêtant de quitter tout cela. »
Marcel Proust, Sodome et Gomorrhe, La Pléiade, éd de 1973, P 703

Pablo PICASSO, Arlequin et sa compagne, 1901, Musée Pouchkine, Moscou
L’injonction de l’urgence : frein ou moteur de l’action ?
Ecologique, sanitaire, politique : en fait-on trop avec le vocabulaire de l’urgence? Et si pour demeurer un stimulant majeur susceptible de nous mobiliser, l’urgence véritable exigeait de la prudence dans son invocation ?
Travail pressé, travail gâché ?
Quelles sont les conséquences du travail pressé pour les travailleurs et pour la production elle-même ? Quelles philosophies ont-elles pris à bras le corps le problème du « labeur » et de ses rythmes ?
L’urgence est-elle une drogue ?
Politique, médiatique ou sanitaire : l’urgence n’est pas seulement un événement limité dans le temps. Elle est aussi un état émotionnel et cognitif, où le corps et le cerveau basculent dans une autre manière de penser, plus rapide, plus instinctive, mais au risque parfois de la sortie de route.
Prendre son temps, est-ce le perdre ?
Et si la sieste était autre chose qu’une pause au service de la performance ? Et si la flânerie, attitude travaillée par de nombreux écrivains, était une vraie résistance contre les tyrannies modernes de l’urgence ?
Par Géraldine Muhlmann

Artemisia GENTILESCHI, Suzanne et les vieillards (1610)