Helmut FEDERLE, Bird Migration at Azuza-Gawa River in Winter

Helmut FEDERLE, Bird Migration at Azuza-Gawa River in Winter, 2002

 

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Kafka : la loi, la liberté, et la question anarchiste, France culture

En 1924, Kafka mourait des suites de la tuberculose. Il nous lègue une œuvre inachevée, imprégnée par une critique de l’autoritarisme et de la bureaucratie. La philosophie s’est largement saisie de ses écrits, comme ce fut le cas de Walter Benjamin ou d’Hannah Arendt. Mais peut-on décrypter Kafka ?

Avec
  • Léa Veinstein Ecrivaine
  • Michaël Löwy Philosophe et sociologue, auteur de Franz Kafka et de Rosa Luxemburg. L’étincelle incendiaire.

Comme tous les vendredis, Géraldine Muhlmann et ses invités analysent l’actualité avec un regard philosophique. À l’occasion de l’anniversaire de la mort de Kafka, c’est son œuvre qui est l’objet de la discussion.

Kafka : soumission ou insoumission politique ?

L’œuvre de Kafka a fait l’objet de nombreuses interprétations, parfois contradictoires. La question de l’insoumission ou la soumission politique de Kafka est le cœur du livre de Günther Anders Pour ou contre. Léa Veinstein explique que dans ce texte, il “reprend le dispositif du procès et il imagine qu’il va tenir, lui, en tant que philosophe, le procès de l’écrivain avec les deux parties”. Günther Anders “reconnaît qu’on est dans la description et qu’on ne peut pas faire de Kafka un sociologue ou un homme politique”. Autrement dit, il affirme qu’“on doit continuer de le lire comme un écrivain et qu’il est dans la description des dispositifs”.

Kafka, l’appel à la révolte individuelle

Pour Michaël Löwy, il y a pourtant dans l’œuvre de Kafka un appel à la révolte indirecte puisque “c’est en décrivant la servitude volontaire qu’il y a un appel à la révolte”. Or, “il ne s’agit pas d’organiser un mouvement révolutionnaire, c’est toujours une révolte individuelle”. On retrouve notamment cette idée dans le roman Le Château, dans lequel Kafka “décrit tout le temps la servitude volontaire de tous les habitants du château, sauf Amalia”.

Pour en parler

Léa Veinstein, écrivaine. Parmi ses publications, on trouve :

  • J’irai chercher Kafka (Flammarion, 2024)
  • Les philosophes lisent Kafka (Éditions de la Maison des sciences de l’homme, 2019)

Michaël Löwy, directeur de recherche émérite au CNRS. Il est l’auteur de :

Références sonores

  • Extrait du film Le Procès (1962), réalisé par Orson Welles.
  • Lecture par Anna Pheulpin d’un extrait d’Hannah Arendt, « Franz Kafka » dans La tradition cachée.
  • La métamorphose de Kafka, lecture par Micha Lescot du Centre dramatique national des Amandiers, texte traduit par Jean-Pierre Lefèbvre, Création pour France Culture, Lecture musicale.
  • enregistrée en direct et public le 14 juillet à 20 h dans la cour du Musée Calvet à Avignon
  • Chanson en fin d’émission : Adagio en sol min par Remo Giazotto (1958), Tomaso Albinoni (1671-1751).
  • Titre du générique : Sabali d’Amadou et Mariam.
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Gilles AILLAUD, Centre Beaubourg, Paris

Gilles AILLAUD, Centre Beaubourg, Paris, 9 novembre 2023

Photographies et montage, Bernard Obadia

La collection 31

re-presentations

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Pablo PICASSO, Autoportrait (1901)

Pablo PICASSO, Autoportrait (1901), Musée Picasso, Paris.

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Rencontre avec Charles MELMAN et Jean-Pierre LEBRUN – La dysphorie de genre

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Roland BARTHES, La naissance, la mort ?

 

[…] « La naissance, la mort ? Oui, ce sont des faits de la nature, des faits universels. Mais si on leur ôte l’histoire, il n’y a plus rien à en dire, le commentaire en devient purement tautologique ; l’échec de la photographie me paraît ici flagrant : Redire la mort ou la naissance n’apprend à la lettre rien. […] Ainsi, je crains bien que la justification finale de tout cet académisme ne soit de donner à l’immobilité du monde la caution d’une « sagesse » et d’une « lyrique » qui n’éternisent les gestes de l’homme que pour mieux les désamorcer. »
Roland BARTHES, La grande famille de l’homme, in MYTHOLOGIE

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Helmut FERDELE, Light Green over Grey (Uncertainty), 2002

Helmut FERDELE, Light Green over Grey (Uncertainty), 2002

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Camilo RAMIREZ, Du néo-usage du signifiant nazi comme arme de guerre

« Dans L’Acte psychanalytique, Lacan avance ces propos dont la résonance est totale dans le contexte de notre actualité : « La guerre, tout le monde en parle à tort et à travers, mais on parle moins de l’influence du discours de la guerre sur la guerre, qui pourtant n’est pas rien du tout.1 » Ainsi Poutine déclarait au moment d’envahir l’Ukraine : « Nous nous efforcerons d’arriver à une dénazification de l’Ukraine ». S’il n’est pas rare qu’une campagne destructrice se concentre sur le martèlement d’un signifiant, ce néo-usage du terme nazi interroge par le déplacement qu’il opère.

L’essaim signifiant du Kremlin frappe par sa réduction extrême à trois termes : nazis, néonazis, dénazification. Trois points de capiton nomment et interprètent les évènements les plus hétérogènes. Même l’attentat récent à Moscou par l’État Islamique, est lu avec la même certitude d’avoir été commandité par « le régime néonazi de Kiev2 ». Bien qu’avertis par Lacan du fait que « toutes les choses du monde viennent à se mettre en scène selon les lois du signifiant, lois que nous ne saurions d’aucune façon tenir d’emblée pour homogènes à celles du monde3 », nous ne sommes pas moins sidérés par la défiguration du champ de la réalité, opérée par ce détournement du signifiant nazi. En lui superposant une réalité signifiante, ladite « opération spéciale de dénazification » vise à occulter le seul réel en jeu : la guerre elle-même. La guerre, signifiant toujours scotomisé dans le discours, tout comme la vraie cause de celle-ci : l’acte féroce de Poutine dont l’illimité destructeur nous menace aujourd’hui.

De quoi s’agit-il ? Fabrication d’une propagande en ressuscitant le signifiant de l’Histoire incarnant par excellence le Mal absolu ? Désignation de cet objet dont la psychologie des masses a l’art de garantir l’alignement autour d’un idéal patriotique ressuscité ? Faire miroiter une continuité entre les sombres alliances avec Hitler, contre Staline, pendant l’Occupation, et la distance assumée par Kiev d’avec Moscou depuis la révolution de Maïdan ? Si chaque élément de réponse joue sa partie dans le discours de la Russie, cela ne saurait expliquer le retour du plus funeste des signifiants, au moment même où celle-ci déclenche une nouvelle guerre sur le sol européen.

Certes, l’inscription du signifiant nazi dans l’histoire de l’Ukraine est des plus sombres. Le nationalisme radical a rejoint le nazisme pendant la deuxième guerre mondiale en formant des bataillons SS ukrainiens. L’Armée Insurrectionnelle d’Ukraine porte la marque de sa collaboration avec l’Allemagne et sa participation à la Shoah. Son leader ultranationaliste, Stepan Bandera, glorifié depuis l’agression russe, reste une figure biface, héros pour certains, collaborateur nazi pour d’autres. Lors de la révolution de Maïdan, des mouvements paramilitaires d’extrême droite se sont opposés au mouvement séparatiste de l’Est, dont le fameux bataillon Azov qui a fini par intégrer la garde nationale. Mais aucun de ces événements ne saurait légitimer que l’Ukraine démocratique d’aujourd’hui soit désignée, sous le signifiant nazi, comme l’objet d’une destruction programmée.

Au-delà de la propagande, du cynisme de la désinformation permanente et du renversement des responsabilités attribuées à l’ennemi qui accompagnent chaque atrocité commise par la Russie, difficile de ne pas lire dans l’itération ironique et obsédante du signifiant nazi, quelque chose d’un autre ordre : son statut de signifiant imposé et le constat de son retour dans le réel. Sa dimension délirante se donne à entendre au psychanalyste là où l’historien se trouve à court pour rendre compte d’une telle torsion du sens. Son resurgissement dans le réel pour décréter la destruction d’un pays souverain, tout comme la désignation persécutrice de l’Occident décadent comme menace civilisationnelle à combattre, nous confrontent aujourd’hui à la plus grave crise géopolitique depuis la défaite du Troisième Reich. »

Camilo RAMIREZ, Psychanalyste, Du néo-usage du signifiant nazi comme arme de guerre


[1] Lacan, J. Le Séminaire, livre xv, L’Acte psychanalytique, texte établi par J.-A. Miller, Seuil/Le Champ freudien, 2024, p. 133.

[2] Vitkine, B., « Attentat du Crocus City Hall : après avoir accusé Kiev, Moscou désigne les Occidentaux », Le Monde.fr, 26 mars 2024, disponible sur internet.

[3] Lacan J., Le Séminaire, livre x, L’Angoisse, texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil, 2004, p. 43-44.

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Sarah MAKHARINE, Portrait d’Arthur Hoffner

Sarah MAKHARINE, Portrait d’Arthur Hoffner (C)

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Robert RIMAN, Untitled, 2011

Robert RIMAN, Untitled, 2011

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Jacques LACAN, où il faut en découdre

« Ce qui fait le fond de tout drame humain, de tout drame de théâtre en particulier, c’est qu’il y a des liens, des nœuds, des pactes établis. Les êtres humains sont déjà liés entre eux par des engagements qui ont déterminé leur place, leur nom, leur essence. Arrivent alors un autre discours, d’autres engagements, d’autres paroles. Il est certain qu’il y a des points où il faut en découdre. »

Jacques LACAN,  Le moi dans la théorie et dans la technique de la psychanalyse, Séminaire livre II, 1954-1955, p. 231, ed du Seuil, 1978, Paris

 

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le BERNIN, Autoportrait

BERNIN, Autoportrait, à l’âge mûr, vers 1635-1640

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L’ombre et la lumière, France culture

L’ombre et la lumière

Si jouer avec l’ombre et la lumière est central en art visuel, ces concepts peuvent être utilisés dans d’autres domaines. Comment la littérature dévoile-t-elle la part d’ombre des personnages ? Socialement, pourquoi est-ce essentiel d’être visible ? Pourquoi la lumière est-elle synonyme de raison ?

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David Le Breton, sociologue : « Nous sommes de moins en moins ensemble, mais de plus en plus côte à côte, les yeux rivés sur nos écrans, sans plus nous regarder »

« Le mode de connexion à l’œuvre dans nos sociétés, où les visages se dérobent et où les individus se cachent derrière des identités de carnaval, signe la disparition de la chose publique, déplore le professeur de sociologie dans une tribune au « Monde ».

Le MONDE,  07 avril 2024

Le visage est le centre de gravité de toute conversation. Le face-à-face est d’abord un « visage à visage » traduisant un principe de considération mutuelle qui implique la réciprocité d’une attention, à moins d’incommoder celui qui ne reçoit rien en retour. On supporte mal celui qui ne nous regarde pas en face en s’adressant à nous. Les individus en présence ne cessent d’orienter leurs propos et leurs mouvements sur ce qu’ils perçoivent des mimiques, des gestes, de la parole et de la voix, du regard de leurs interlocuteurs.

Le visage incarne la morale de l’interaction, sa nudité expose, son expressivité dissimule parfois mal les accrocs ou la satisfaction mutuelle. Il n’est pas une partie du corps comme les autres, il s’en détache par sa position, sa valeur, son éminence dans la communication et, surtout, le sentiment d’identité qui s’attache à lui.

Pour fonder le lien social, chacun doit être en position de répondre de ses traits et d’être reconnu de son entourage. Le visage rend possible le lien social à travers la responsabilité dont il dote l’individu dans sa relation au monde. Pourtant, son absence croissante, même dans l’élémentaire du quotidien, pose question.

Aujourd’hui, dans maintes interactions ou sur les trottoirs des villes, les visages deviennent rares, le plus souvent absorbés par l’écran du smartphone. L’individu est saisi dans une sorte d’hypnose sans fin, aveugle à son environnement, indifférent à ce qui se passe à son entour. S’il était discourtois, il y a quelques années, de parler à quelqu’un sans le regarder ou avec une attention portée sur autre chose, le fait est aujourd’hui entré dans la banalité des interactions.

Société spectrale où, même devant les autres ou dans les rues, les yeux sont souvent baissés sur l’écran comme ailleurs dans les cafés, les restaurants, les salles d’attente, les transports en commun, les trains… Partout cette absence des visages, de regards autour de soi, des individus courbés sur leur écran. Beaucoup parlent seuls dans la rue ou dans des espaces communs, sans crainte de déranger les autres. Mais la connexion, sous ses formes multiples, n’est pas le contact, qui implique justement une commune présence, et une sensorialité partagée.

Un monde sans chair

Certes, dans un contexte social où les valeurs de l’ultralibéralisme s’imposent même dans la vie quotidienne, cette connexion est efficace, fonctionnelle, rapide, fondée sur une disponibilité sans repos, mais elle est insuffisante en elle-même à établir l’échange d’une signification porteuse de valeur. Ce sont des communications sans visage, sans présence, qui prolifèrent comme une enveloppe rassurante mais en tenant l’autre à distance et en disqualifiant la valeur de la parole.

La communication est un monde sans chair, sans sensorialité (sinon une hypertrophie de la vue), suspendant les autres activités corporelles ; elle est typique de l’humanité assise. Les réseaux sociaux sont sans visage, contrairement à la parole du quotidien. Ils configurent un monde de masques, lèvent toute responsabilité liée aux contraintes de l’identité. Ne pas avoir à rendre de comptes, ne plus craindre de ne pouvoir se regarder en face est une raison de la fascination qu’ils exercent.

L’anonymat autorise le harcèlement, les insultes, les menaces. Paroles sans visage, sans possibilité de vérification, avec une multiplication des identités dans une sorte de carnaval où, le plus souvent, nul ne sait à qui il écrit réellement. Rappel d’existence où il ne s’agit plus de rencontrer l’autre, de se révéler à lui, mais d’en faire un témoin du fait d’être là.

Nombre de réseaux sociaux renouvellent à l’infini l’art du bavardage. Le même individu peut passer des heures à écrire des textos ou à discuter sur de multiples tchats à la fois, sur l’un il est une femme, sur l’autre un adolescent, sur un troisième un chien… Bref, il endosse une identité de carnaval sans se soucier du jugement de l’autre, puisqu’il est sans visage et ne craint rien. Et le correspondant qui le passionne depuis des années n’est autre que son voisin de palier, qu’il n’a jamais supporté au quotidien. La liquidation du visage autorise aussi tous les fantasmes.

Chacun devient une monade [une unité], centré sur lui-même et son éventuelle communauté d’intérêt. La chose publique disparaît. Nous sommes de moins en moins ensemble, mais de plus en plus côte à côte, dans la fragmentation, les yeux rivés sur nos écrans, sans plus nous regarder. Cette souveraineté de l’hyperindividu contemporain rend l’autre négligeable. On comprend en ce sens que le visage change de statut pour devenir non plus le lieu sacré du rapport à l’autre, mais un élément parmi d’autres d’un corps qui a de moins en moins d’importance dans la relation à autrui. »

David Le Breton est professeur de sociologie à l’université de Strasbourg. Il a publié « Des visages. Une anthropologie » (Métailié, 1992 ; édition actualisée en 2022).

(C) Le Monde

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Francesco BOTTI, Le Temps démasquant la duplicité

Francesco BOTTI, Le Temps démasquant la duplicité, vers 1700

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Zao Wou Ki, il ne fait jamais nuit

Zao Wou Ki, il ne fait jamais nuit, diptyque, 2005

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Jacques LACAN, être un précurseur

« (…) les êtres humains sont toujours plongés dans le même réseau culturel de leurs contemporains, et ne peuvent avoir d’autres notions que les leurs. Etre un précurseur, c’est voir ce que nos contemporains sont en train de constituer comme pensées, comme conscience, comme action, comme techniques, comme formes politiques, les voir comme on les verra un siècle plus tard. »

Jacques LACAN,  Le moi dans la théorie et dans la technique de la psychanalyse, Séminaire livre II, 1954-1955, p. 45, ed du Seuil, 1978, Paris

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Johannes VERMERR, La liseuse à la fenêtre

Johannes VERMERR, La liseuse à la fenêtre, 1658-1659

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Marcel PROUST, Le côté de Guermantes, une chambre

une chambre

J’ouvris une chambre, la double porte se referma derrière moi, la draperie fit entrer un silence sur lequel je me sentis comme une sorte d’enivrante royauté ; une cheminée de marbre ornée de cuivres ciselés, dont on aurait eu tort de croire qu’elle ne savait que représenter l’art du Directoire, me faisait du feu, et un petit fauteuil bas sur pieds m’aida à me chauffer aussi confortablement que si j’eusse été assis sur le tapis. Les murs étreignaient la chambre, la séparant du reste du monde et, pour y laisser entrer, y enfermer ce qui la faisait complète, s’écartaient devant la bibliothèque, réservaient l’enfoncement du lit des deux côtés duquel des colonnes soutenaient légèrement le plafond surélevé de l’alcôve. Et la chambre était prolongée dans le sens de la profondeur par deux cabinets aussi larges qu’elle, dont le dernier suspendait à son mur, pour parfumer le recueillement qu’on y vient chercher, un voluptueux rosaire de grains d’iris ; les portes, si je les laissais ouvertes pendant que je me retirais dans ce dernier retrait, ne se contentaient pas de le tripler, sans qu’il cessât d’être harmonieux, et ne faisaient pas seulement goûter à mon regard le plaisir de l’étendue après celui de la concentration, mais encore ajoutaient, au plaisir de ma solitude, qui restait inviolable et cessait d’être enclose, le sentiment de la liberté. Ce réduit donnait sur une cour, belle solitaire que je fus heureux d’avoir pour voisine quand, le lendemain matin, je la découvris, captive entre ses hauts murs où ne prenait jour aucune fenêtre, et n’ayant que deux arbres jaunis qui suffisaient à donner une douceur mauve au ciel pur.
Marcel PROUST, Le côté de Guermantes,  Gallimard, coll La Pléiade, 1973, p 84

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Naples à Paris, Musée du Louvre, 19 juillet 2023

Naples à Paris, Musée du Louvre, 19 juillet 2023, oeuvres du musée Capidomonte de Naples

Journal 29

re-presentations

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