la Terrasse de Duras

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Long Glass Extra long

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Le sexe, un détail en peinture ?

Si le nu est présent dans toute l’histoire de l’art, la représentation du sexe en lui-même, tantôt érotisé tantôt dissimulé par souci de pudeur, a constamment fait l’objet de débats.

"L'Amour victorieux" du peintre italien Le Caravage, 1601-1602, exposé aux Écuries du Quirinal pendant l'exposition "Caravage", février 2010, Rome.
« L’Amour victorieux » du peintre italien Le Caravage, 1601-1602, exposé aux Écuries du Quirinal pendant l’exposition « Caravage », février 2010, Rome. Crédits : Getty

C’est la découverte du croquis d’un sexe masculin sur le col d’un des protagonistes de la scène dépeinte, dans le tableau de Caravage intitulé Les Tricheurs, qui rappelle à quel point la représentation du nu dans l’art a toujours été l’objet de fascination et de censure,  plus ou moins contournée. Cela nous amène également à nous demander quelle est la place du détail en peinture et sur ce qu’il ajoute à l’impression globale qu’engendre l’œuvre sur le spectateur. Selon Jérémie Koering, le détail a pour fonction, chez Caravage, d’affirmer « l’évidence du visible dans sa double part référentielle et construite ». Un gant troué, les coins cornés des cartes de jeu, une dentelle travaillée, les motifs du tapis, tout concourt à donner consistance à la représentation. Est-ce des symboles qui suggèrent des réalités cachées ou des signes qui dénotent la puissance de la peinture, partagée entre opacité et transparence ? Est-ce, dans le cas des tableaux religieux, le moyen de donner une interprétation naturaliste de l’histoire sainte, de traduire le vrai ? Et qu’en est-il de la représentation du sexe, cet objet licencieux qui n’a jamais cessé d’être montré en même temps que caché ? Qu’est-ce que cela révèle des normes de décence et de leurs perpétuelles transgressions dans l’histoire de l’art ?

  • Les invités : Philippe Comar, écrivain, professeur à l’Ecole nationale des Beaux-Arts, commissaire d’expositions dont « Masculin masculin : l’homme nu dans l’art de 1800 à nos jours » et auteur de l’essai L’homme nu publié en 2013, co-auteur avec Nicolas Guilbert de Voir et regarder l’art publié aux éditions Herscher en 2021 et Jérémie Koering, professeur d’histoire de l’art moderne à l’université de Fribourg, auteur de Les iconophages : une histoire de l’ingestion des images paru aux éditions Actes Sud en 2021 et de Caravage, juste un détail, publié en 2019 aux Editions de l’INHA.
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Jean-Pierre OSTENDE, La fondation d’un brave homme

La fondation d’un brave homme

Antoine ne dit jamais qu’il flippe sa race. Cela ne lui viendrait pas à l’esprit. Pourtant, dès la fin de ses études aux Etats-Unis, il a commencé de se laisser appeler par son prénom et même d’y trouver du charme.
Pourquoi ne pas être simple et accessible ?
Avenant, Antoine sourit à tout le monde au point que l’on ne le penserait jamais si débordant de qualités et riche.
Affable avec tout le monde, Antoine est si courtois qu’il a pu passer un jour pour arrogant aux yeux d’un critique pervers (« avec sa courtoisie arrogante »).
Émouvant et presque maladif, Antoine ne peut se retenir de créer de l’émotion.
Antoine aime l’histoire de Marcel l’enfant peu travailleur accusé par le professeur d’avoir copié la rédaction de Raymond son frère aîné. La rédaction avait pour sujet : Décrivez un animal.
Se défendant mordicus d’avoir copié la rédaction de Raymond son frère, Marcel enfant accusé a fini par dire :
– Non, monsieur, je n’ai pas copié. Raymond et moi avons exactement le même chien.
Antoine se reconnaît tout de suite dans cette histoire, ce mélange de goût pour la fraude, l’exactitude et le mensonge sincère (art politique suprême).
C’est tout à fait lui cette manière d’intelligence.
Il a l’impression d’avoir rusé toute sa vie mais dans un souci de précision et d’efficacité, de bon élève. Tout a marché à un point incroyable. Il n’a pas cessé de réussir.
Il a un amour profond pour la ruse et l’intelligence, les bonnes réparties. Il adore Winston Churchill et Coluche.
(…)
Satisfait de sa fondation et de tous les compliments, éloges, articles pour vanter sa générosité, régulièrement classé dans le top dix des hommes les plus généreux du monde, Antoine est l’homme qui donne beaucoup et à beaucoup.
Il est souvent en couverture de magazine comme l’un des hommes les plus charitables, bienfaisants, désintéressés que l’on puisse trouver. Et bien qu’il soit parfois difficile de rester toujours abordable, souriant, aimable même avec le petit personnel, il n’a jamais perdu le sourire.
Tout le monde le trouve courtois, voire sympa.
Antoine a seulement de temps en temps un regret au goût d’amande amère de l’époque où il était décrié pour ses laboratoires pharmaceutiques (mais combien de vaccins n’a-t-on pas trouvé grâce aux cobayes ?), détesté pour ses plans sociaux logiques mais cruels (l’assistanat leur rendait-il service ?), haï pour la destruction de régions entières (mais les ogm ont nourri beaucoup de gens, pas longtemps certes) et la disparition de milliers de famille condamnées pour ne pas avoir pu les moyens de s’offrir ses médicaments (pourquoi n’ont-ils rien prévu ?).
(…)
Heureusement il n’a pas pris ses décisions seul. Pratiquement jamais. Il n’a jamais pris de décision seul. Et il a toujours assuré l’avoir fait par goût pour la démocratie dans l’entreprise, la participation, la collaboration. Tout est dilué. Même les syndicats ont approuvé sa politique interne et fermé les yeux sur les filiales à l’étranger. Au fond, quand on regarde de près, quand on examine les décisions, ce n’est pas lui qui les a prises. Il a fait confiance à ses conseillers. Peut-on lui reprocher sa capacité immense à faire confiance ? Et ses éloges pour le peuple des conseillers ?
Heureusement aussi, il y a l’art et la fondation.
Un jour on dira qu’il a choisi avec soin ses 126568 œuvres d’art.
Comme c’est merveilleux l’art.
Tous ses artistes qu’il rend heureux. Ses artistes qui viennent dans sa fondation et se réjouissent de ses commandes. Bien qu’il regrette un peu le temps où les artistes mordaient encore un peu ses mollets. Il se méfie de la moraline et des bons sentiments. C’est tellement dégoûtant et bas. C’est tellement mielleux ces bons esprits. On croit vous encenser, on vous enterre.
Antoine est sentimental. Surtout en vieillissant. Parfois une larme apparaît dans ses yeux.
Il aime ainsi l’histoire de l’enfant qui vient de perdre Charles son oncle adoré. C’est presque maladif cette fixation de l’enfant sur l’oncle Charles, médecin, qui s’est sacrifié pour des causes humanitaires.
Un jour l’enfant marche avec son père dans la rue et s’effraie toujours de voir des mendiants, des sans domicile fixe dans la rue, des migrants. L’enfant a même tendance à leur cracher dessus, les maltraiter, à se moquer d’eux, à les traiter de parasites, de rats. Croyant peut-être plaire à son père qui a souvent condamné le laisser-aller et la mendicité ? Pourtant, contrairement à ce que croit l’enfant, le père supporte de moins d’entendre chez son jeune fils ces paroles cruelles, cette méchanceté, cette malveillance et il cherche le moyen de le corriger.
Un jour qu’il marche dans la rue avec son père, l’enfant lui demande si celui-ci croit en la réincarnation. Le père ne sait que répondre puis il dit à l’enfant : Tu vois le clochard au coin de la rue, c’est peut-être ton oncle Charles que tu adorais et qui s’est réincarné en SDF. Tu sais, ce n’est pas la peine de le lui demander, le SDF ne le sait pas mais autrefois c’était ton oncle Charles.
Dorénavant chaque fois que tu verras quelqu’un de démuni tu te diras : c’est peut-être mon oncle Charles.
Heureusement, il y a toujours des histoires dont on ne sait même plus qui les a inventées et Antoine aime ça.

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au centre

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Une histoire de la ponctuation : au commencement était le “. »

Une histoire de la ponctuation : au commencement était le “.”
France culture

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Jacques Lacan, céder sur son désir

« Je propose que la seule chose dont on puisse être coupable, au moins dans la perspective analytique, c’est d’avoir cédé sur son désir.
(…)
Faire les choses au nom du bien, et plus encore au nom du bien de l’autre, voilà qui est bien loin de nous mettre à l’abri non seulement de la culpabilité mais de toutes sortes de catastrophes intérieures. En particulier, cela ne nous met certainement pas à l’abri de la névrose et de ses conséquences. Si l’analyse a un sens, le désir n’est rien d’autre que ce qui supporte le thème inconscient, l’articulation propre de ce qui nous fait nous enraciner dans une destinée particulière, laquelle exige avec insistance que la dette soit payée, et il revient, il retourne, et nous ramène toujours dans un certain sillage, dans le sillage de ce qui est proprement notre affaire. »

                                                         Jacques Lacan

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bordée

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Hervé GUIBERT, La photo de famille

 

« On dit que la raison d’être de la photo de famille est de conserver des souvenirs, mais elle créé des images qui se substituent au souvenir, qui le recouvrent, et qui sont une espèce d’histoire digne, aplanie et interchangeable qu’on fait circuler d’une famille à l’autre, dans l’espoir vague de laisser cette trace à des descendants. Non pas une histoire littéraire, mais une histoire superficielle. »

Hervé GUIBERT, l’Image fantôme, page 38, Ed de Minuit, 1981

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Gustave FLAUBERT(1821-1880), une apparition

« Il me monte de la merde dans la bouche. J’en veux faire une pâte dont je barbouillerai le XIXème siècle », écrit Flaubert à son ami Louis Bouilhet en 1855, un an avant la publication de « Madame Bovary », sans même en imaginer les effets : Procès, succès, et grandes mondanités.

Alors quoi, il en aurait profité, lui qui avait en tête un plan (littérairement) terroriste ?

Il en aurait profité, oui, aurait flirté avec la princesse Mathilde, cousine du très raillé Napoléon III, aurait dansé aux Tuileries et accepté sa Légion d’honneur, lui qui fanfaronnait quelques temps auparavant, fier de son aphorisme : « Le grade dégrade« . Il s’arrangeait, en fait, en quête tardive d’une reconnaissance littéraire, lui qui fut si blessé de connaître le succès par ses deux premières oeuvres, puis plus rien. Et c’est autour de ce « rien », de ce vide qui grandit, de ces passions inactives et grises qu’il continuât à écrire, L’Éducation Sentimentale (parution en novembre 1869) notamment, toujours plus incompris.

Il est né ici. Il a vécu dans cet univers hospitalier, une grande partie de sa vie, c’est-à-dire toute sa jeunesse jusqu’à l’âge de 25 ans. Il a joué dans ce jardin avec sa sœur Caroline et il raconte notamment que, quand il grimpait le long du mur que vous voyez là, et bien qu’il voyait son père en train de pratiquer des dissections d’anatomie. Cela donne un peu une idée de l’univers médical et hospitalier auquel Flaubert a été confronté. Arlette Dubois, conservatrice au musée Flaubert de Rouen

Mais des 4 000 lettres qui composent sa correspondance, il émane aussi d’autres mystères : un jeune homme métamorphosé par l’année 46 (Tout tombe autour de moi), une sexualité colorée (Départ de Rouen noyée de foutre, de larmes, de cheveux et de champagne)..(Manière féroce dont elle se déshabillait, jetant tout à bas)… (amour si violent qu’il tourne au sadisme – plaisir du supplice), et des airs de Cassandre (Nous allons entrer dans une ère stupide. On sera utilitaire, militaire, américain et catholique).

Intervenants

Un documentaire de Sophie Bober réalisé par Lionel Quantin. Archives INA, Sandra Escamez. Avec la collaboration d’Annelise Signoret de la Bibliothèque de Radio France. Nouvelle page web, Sylvia Favre.

Bibliographie

J’ai grandi au milieu de toutes les misères humaines dont un mur me séparait. Tout enfant, j’ai joué dans un amphithéâtre. Voilà pourquoi, peut-être, j’ai les allures à la fois funèbres et cyniques. Je n’aime point la vie. Gustave Flaubert dans une lettre qu’il écrit en 1857, l’année de la publication de Madame Bovary

Pour aller plus loin

Rediffusion du 29.11.2007. Cette émission, consacrée à la vie de l’écrivain Gustave Flaubert, a été enregistrée à l’occasion de la parution du dernier tome de ses correspondances dans la collection La Pléiade aux éditions Gallimard.

À l’occasion de Flaubert 21, qui marque le bicentenaire de la naissance de Gustave Flaubert, France Culture propose une programmation spéciale pour découvrir ou redécouvrir son œuvre mais aussi aborder l’héritage laissé par cet immense écrivain.

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stop

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la balustrade dans un roman de..

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Jean-Pierre OSTENDE, La fondation d’un brave homme

La fondation d’un brave homme

Antoine ne dit jamais qu’il flippe sa race. Cela ne lui viendrait pas à l’esprit. Pourtant, dès la fin de ses études aux Etats-Unis, il a commencé de se laisser appeler par son prénom et même d’y trouver du charme.
Pourquoi ne pas être simple et accessible ?
Avenant, Antoine sourit à tout le monde au point que l’on ne le penserait jamais si débordant de qualités et riche.
Affable avec tout le monde, Antoine est si courtois qu’il a pu passer un jour pour arrogant aux yeux d’un critique pervers (« avec sa courtoisie arrogante »).
Émouvant et presque maladif, Antoine ne peut se retenir de créer de l’émotion.
Antoine aime l’histoire de Marcel l’enfant peu travailleur accusé par le professeur d’avoir copié la rédaction de Raymond son frère aîné. La rédaction avait pour sujet : Décrivez un animal.
Se défendant mordicus d’avoir copié la rédaction de Raymond son frère, Marcel enfant accusé a fini par dire :
– Non, monsieur, je n’ai pas copié. Raymond et moi avons exactement le même chien.
Antoine se reconnaît tout de suite dans cette histoire, ce mélange de goût pour la fraude, l’exactitude et le mensonge sincère (art politique suprême).
C’est tout à fait lui cette manière d’intelligence.
Il a l’impression d’avoir rusé toute sa vie mais dans un souci de précision et d’efficacité, de bon élève. Tout a marché à un point incroyable. Il n’a pas cessé de réussir.
Il a un amour profond pour la ruse et l’intelligence, les bonnes réparties. Il adore Winston Churchill et Coluche.

(…)

Satisfait de sa fondation et de tous les compliments, éloges, articles pour vanter sa générosité, régulièrement classé dans le top dix des hommes les plus généreux du monde, Antoine est l’homme qui donne beaucoup et à beaucoup.
Il est souvent en couverture de magazine comme l’un des hommes les plus charitables, bienfaisants, désintéressés que l’on puisse trouver. Et bien qu’il soit parfois difficile de rester toujours abordable, souriant, aimable même avec le petit personnel, il n’a jamais perdu le sourire.
Tout le monde le trouve courtois, voire sympa.
Antoine a seulement de temps en temps un regret au goût d’amande amère de l’époque où il était décrié pour ses laboratoires pharmaceutiques (mais combien de vaccins n’a-t-on pas trouvé grâce aux cobayes ?), détesté pour ses plans sociaux logiques mais cruels (l’assistanat leur rendait-il service ?), haï pour la destruction de régions entières (mais les ogm ont nourri beaucoup de gens, pas longtemps certes) et la disparition de milliers de famille condamnées pour ne pas avoir pu les moyens de s’offrir ses médicaments (pourquoi n’ont-ils rien prévu ?).
(…)
Heureusement il n’a pas pris ses décisions seul. Pratiquement jamais. Il n’a jamais pris de décision seul. Et il a toujours assuré l’avoir fait par goût pour la démocratie dans l’entreprise, la participation, la collaboration. Tout est dilué. Même les syndicats ont approuvé sa politique interne et fermé les yeux sur les filiales à l’étranger. Au fond, quand on regarde de près, quand on examine les décisions, ce n’est pas lui qui les a prises. Il a fait confiance à ses conseillers. Peut-on lui reprocher sa capacité immense à faire confiance ? Et ses éloges pour le peuple des conseillers ?
Heureusement aussi, il y a l’art et la fondation.
Un jour on dira qu’il a choisi avec soin ses 126568 œuvres d’art.
Comme c’est merveilleux l’art.
Tous ses artistes qu’il rend heureux. Ses artistes qui viennent dans sa fondation et se réjouissent de ses commandes. Bien qu’il regrette un peu le temps où les artistes mordaient encore un peu ses mollets. Il se méfie de la moraline et des bons sentiments. C’est tellement dégoûtant et bas. C’est tellement mielleux ces bons esprits. On croit vous encenser, on vous enterre.
Antoine est sentimental. Surtout en vieillissant. Parfois une larme apparaît dans ses yeux.
Il aime ainsi l’histoire de l’enfant qui vient de perdre Charles son oncle adoré. C’est presque maladif cette fixation de l’enfant sur l’oncle Charles, médecin, qui s’est sacrifié pour des causes humanitaires.
Un jour l’enfant marche avec son père dans la rue et s’effraie toujours de voir des mendiants, des sans domicile fixe dans la rue, des migrants. L’enfant a même tendance à leur cracher dessus, les maltraiter, à se moquer d’eux, à les traiter de parasites, de rats. Croyant peut-être plaire à son père qui a souvent condamné le laisser-aller et la mendicité ? Pourtant, contrairement à ce que croit l’enfant, le père supporte de moins d’entendre chez son jeune fils ces paroles cruelles, cette méchanceté, cette malveillance et il cherche le moyen de le corriger.

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en dessous

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Hermann BRAUN-VEGA Maîtrise couleurs et lumières avec ses ciseaux (MATISSE)

Hermann BRAUN-VEGA Maîtrise couleurs et lumières avec ses ciseaux (MATISSE), 2013.

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derrière

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Tragédies ! (France culture)

 

Tragédies !

Plongeons en chœur au cœur du tragique à travers quatre destins : – Pourquoi Médée a-t-elle tué ses enfants ? avec Pierre Judet de La Combe – Prométhée enchaîné, premier prisonnier politique ? avec Olivier Py – L’éternel retour d’Antigone, avec Heinz Wismann – Oedipe, une histoire complexe ? avec Florence Dupont

 

TOUS LES ÉPISODES
LE 26/04/2021 Médée est-elle la femme tragique par excellence ? D’elle, on sait surtout une chose : dans la pièce d’Euripide, elle tue ses deux enfants. Mais qui est-elle…
LE 27/04/2021  Comment la pièce d’Eschyle, dans laquelle Prométhée est enchaîné à son rocher, le foie dévoré par un aigle, raconte-t-elle l’histoire de notre humanité…
LE 28/04/2021 Le combat d’Antigone, dans la pièce de Sophocle, est d’obtenir la sépulture de son frère Polynice. Mais quel est le véritable enjeu de sa révolte ? L’emprise…
LE 29/04/2021 Que reste-t-il de la pièce « Oedipe roi » de Sophocle sans la musique et les chants de l’époque antique, l’essence du théâtre, qui accompagnaient le texte…

 

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Jean-Pierre OSTENDE, Cyniques ricanant la nuit

Cyniques ricanant la nuit

Bagarres vicieuses entre d’un côté les cyniques aux dents de hyène ricanante au désir moisi, et de l’autre les anti-cyniques moins croupis dans l’ombre mais ennemis de la logique d’Alphonse Allais : “Il faut prendre l’argent là où il se trouve, c’est-à-dire chez les pauvres. Bon d’accord, ils n’ont pas beaucoup d’argent, mais il y a beaucoup de pauvres.”

Pendant que les affrontements, paires de claques et secousses se multiplient jusque dans les tranchées, les impasses, les ruelles et les nids d’amoureux (parce que les amoureux s’aimeront toujours malgré tout et que l’amour est une forme de nid), sur les côtés apparaissent ce que l’on appelle des asides.
Aside” est un mot du théâtre shakespearien. Il décrit ce qu’un acteur dit au public, en s’adressant directement à lui, sans que cela influe sur l’action se déroulant sur scène. En l’occurrence, pour nous dans Notre-Ville, la scène c’est la rue et l’action est conduite, pour donner un exemple, par les travailleurs de chantier ou les piétons engagés qui filment les échauffourées au lieu de téléphoner.
En général, les acteurs chargés d’asides disposent d’un micro, comme s’il s’agissait de journalistes, et ils commentent la scène (ce qui ne les empêche pas de prendre de temps en temps un coup).
Il existe une application aside (mot contesté par les spécialistes shakespeariens) qui vous alerte le soir de ce que vous avez vu dans la journée, vous explique ce qui s’est passé à coup de petites notations, vous rappelle vos rendez-vous, les gens que vous avez croisés avec un discret bim (façon salut de la main), le nombre de vos pas depuis le matin, ce que vous pourriez améliorer pour perdre votre surpoids, trouver des amis, vous orienter dans la ville… Vous avez de la compagnie dans la poche.
(…)
« Depuis de récentes découvertes d’ossements on sait que les cyniques remontent à la préhistoire, y a-t-il une raison ? »
Les dinosaures meurent, les bactéries survivent.
Dans cette transe destructrice vivent les Terriens, bientôt neuf milliards à se pousser les uns les autres sur cette boule.
On réactive tout en ce moment.
On réactive même des excursions Dada qui datent de 1921, quand on proposait des visites de lieux qui n’ont pas vraiment de raisons d’exister. C’est à tort qu’on insiste sur le pittoresque, l’intérêt historique et la valeur sentimentale. Cela sous la conduite de Gabrielle Buffet, Louis Aragon, Arp, André Breton, Paul Eluard, Th. Fraenkel, J. Hussas, Benjamin Péret, Francis Picabia, Goerges Ribemont-Dessaignes, Jacques Rigaut, Philippe Soupault, Tristant Tzara… Et bientôt ils seront tous réactivés sous forme d’hologrammes d’une technologie des plus récentes que cela plaise ou non aux cyniques.

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dans le fond

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Patrick MODIANO, La Place de l’Etoile

 

Au mois de juin 1942, un officier allemand s’amnce t1ers un jeune homme et lui dit: «Pardon, monsieur, ou se trout1e la place de l’Étoile? »
Le jeune homme designe le cote gauche de sa poitrine.

(Histoire juit1e.)

 

C’était le temps ou je dissipais mon héritage vénézuélien. Certains ne parlaient plus que de ma belle jeunesse et de mes boucles noires, d’autres m’abreuvaient d’injures. Je relis une dernière fois l’article que me consacra Léon Rabatête, dans un numéro spécial d’Ici la France: «… Jusqu’à quand devrons-nous assister aux frasques de Raphael Schlemilovitch? Jusqu’à quand ce juif promènera-t-il impunément ses névroses et ses épilepsies, du Touquet au cap d’Antibes, de La Baule à Aixles-Bains? Je pose une dernière fois la question: jusqu’à quand les métèques de son espèce insulteront-ils les fils de France? Jusqu’à quand faudra-t-il se laver perpétuellement les mains, à cause de la poisse juive?..» Dans le même journal, le docteur Bardamu éructait sur mon compte:

Bardamu rappelle notre frère de race Charlie Chaplin, par son g06t des petits détails pitoyables, ses figures émouvantes de persécutés… La phrase du docteur Bardamu est encore plus » juive » que la phrase tarabiscotée de Marcel Proust: une musique tendre, larmoyante, un peu raccrocheuse, un tantinet cabotine… » Je concluais: cc Seuls les juifs peuvent vraiment comprendre l’un des leurs,
seul un juif peut parler a bon escient du docteur Bardamu. » Pour toute réponse, le docteur m’envoya une lettre injurieuse: selon lui, je dirigeais a coups de partouzes et. de millions le complot juif mondial. Je lui fis
parvenir aussitôt ma Psychanalyse de Dreyfus ou j’affirmais noir sur blanc la culpabilité du capitaine: voilà qui était original de la part d’un
juif. J’avais développé la thèse suivante: Alfred Dreyfus aimait passionnément la France de Saint Louis, de Jeanne d’Arc et des Chouans, ce qui expliquait sa vocation militaire. La France, elle, ne voulait pas du juif Alfred Dreyfus. Alors il l’avait trahie, comme on se venge d’une femme méprisante aux éperons en forme de fleurs de lis. Barrès, Zola et Déroulède ne comprirent rien a cet amour malheureux.

Une telle interprétation décontenança sans doute le docteur. n ne me donna plus signe de vie.
Les vociférations de Rabatête et de Bardamu étaient étouffées par les éloges que. me décernaient les chroniqueurs mondains. La plupart d’entre eux citaient Valery Larbaud et Scott Fitzgerald: on me comparait a Barnabooth, on me surnommait cc The Young Gatsby». Les photographies des magazines me représentaient toujours la tête penchée, le regard perdu vers l’horizon. Ma mélancolie était proverbiale dans les colonnes de la presse du cœur. Aux journalistes qui me questionnaient devant le Carlton, le Normandy ou le Miramar, je proclamais inlassablement ma juiverie. D’ailleurs, mes faits et gestes allaient a l’encontre des vertus que l’on cultive chez les Français: la discrétion, l’économie, le travail. J’ai, de mes ancêtres orientaux, l’œil noir, le g06t de l’exhibitionnisme et du faste,
J’incurable paresse. Je ne suis pas un enfant.
de ce pays. Je n’ai pas connu les grand-mères qui vous préparent des confitures, ni les portraits de famille, ni le catéchisme. Pourtant, je ne cesse de rêver aux enfances provin

dales. La mienne est peuplée de gouvernantes anglaises et se déroule avec monotonie sur des plages frelatées: à Deauville, Miss Evelyn me tient par la main. Maman me délaisse pour des joueurs de polo. Elle vient m’embrasser le soir dans mon lit, mais quelquefois elle ne s’en donne pas la peine. Alors, je l’attends, je n’écoute plus Miss Evelyn et les aventures de David Copperfield. Chaque matin, Miss Evelyn me conduit au Poney
Club. J’y prends mes leçons d’équitation. Je
serai le plus célèbre joueur de polo du monde pour plaire à Maman. Les petits Français connaissent toutes les équipes de football. Moi, je ne pense qu’au polo. Je me répète ces mots magiques: « Laversine», « Cibao la Pampa», « Silver LeyS», « Porfirio Rubirosa». Au Poney Club on me photographie beaucoup avec la jeune princesse Laila, ma fiancée. L’après-midi, Miss Evelyn nous achète des parapluies en chocolat chez la
«Marquise de Sévigné». Laua préfère les
sucettes. Celles de la « Marquise de Sévigné» ont une forme oblongue et un joli bâtonnet.
Il m’arrive de semer Miss Evelyn quand elle m’emmène à la plage, mais elle sait ou me trouver: avec l’ex-roi Firouz ou le baron Truffaldine, deux grandes personnes qui sont mes amis. L’ex-roi Firouz m’offre des sorbets à la pistache’ en s’exclamant: « Aussi gourmand que moi, mon petit Raphael!» Le baron Truffaldine se trouve toujours seul et triste au Bar du Soleil. Je m’approche de sa table et me plante devant lui. Ce vieux monsieur me raconte alors des histoires interminables dont les protagonistes s’appellent Cléo de Mérode, Otéro, Émilienne d’Alençon, Liane de Pougy, Odette de Crécy. Des fées certainement comme dans les contes d’Andersen.
Les autres accessoires qui encombrent mon enfance sont les parasols orange de la plage, le Pré-Catelan, le cours Hattemer, David Copperfield, la comtesse de Ségur, l’appartement de ma mère quai Conti et trois photos de Lipnitzki ou je figure à côté d’un arbre de Noe!.

 

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