Muqi Fachang, Six Kakis

Muqi Fachang, Six Kakis  (XIIIe siècle)

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Carnet Lacan /1

« Les paroles fondatrices qui enveloppent le sujet sont tout ce qui l’a constitué, ses parents, ses voisins, toute la structure de la communauté, et non pas seulement constitué comme symbole, mais constitué dans son être. Ce sont des lois de nomenclature qui déterminent — au moins jusqu’à un certain point–  et canalisent les alliances à partir desquelles les êtres humains copulent entre eux et finissent par créer, non seulement d’autres symboles, mais aussi des êtres réels qui, venant au monde, ont tout de suite cette petite étiquette qui est leur nom, symbole essentiel pour ce qui est de leur lot. »

Carnet Lacan / Séminaire II / p30-31

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Marcel PROUST, Une lettre

 » Un jour, à l’heure du courrier, ma mère posa sur mon lit une lettre. Je l’ouvris distraitement puisqu’elle ne pouvait pas porter la seule signature qui m’eût rendu heureux, celle de Gilberte avec qui je n’avais pas de relations en dehors des Champs-Élysées. Or, au bas du papier, timbré d’un sceau d’argent représentant un chevalier casqué sous lequel se contournait cette devise : Per viam rectam, au-dessous d’une lettre, d’une grande écriture, et où presque toutes les phrases semblaient soulignées, simplement parce que la barre des tétant tracée non au travers d’eux, mais au-dessus, mettait un trait sous le mot correspondant de la ligne supérieure, ce fut justement la signature de Gilberte que je vis. Mais parce que je la savais impossible dans une lettre adressée à moi, cette vue, non accompagnée de croyance, ne me causa pas de joie. Pendant un instant elle ne fit que frapper d’irréalité tout ce qui m’entourait. Avec une vitesse vertigineuse, cette signature sans vraisemblance jouait aux quatre coins avec mon lit, ma cheminée, mon mur. Je voyais tout vaciller comme quelqu’un qui tombe de cheval et je me demandais s’il n’y avait pas une existence toute différente de celle que je connaissais, en contradiction avec elle, mais qui serait la vraie, et qui m’étant montrée tout d’un coup me remplissait de cette hésitation que les sculpteurs dépeignant le Jugement dernier ont donnée aux morts réveillés qui se trouvent au seuil de l’autre Monde. « Mon cher ami, disait la lettre, j’ai appris que vous aviez été très souffrant et que vous ne veniez plus aux Champs-Élysées. Moi je n’y vais guère non plus parce qu’il y a énormément de malades. Mais mes amies viennent goûter tous les lundis et vendredis à la maison. Maman me charge de vous dire que vous nous feriez très grand plaisir en venant aussi dès que vous serez rétabli, et nous pourrions reprendre à la maison nos bonnes causeries des Champs-Élysées. Adieu, mon cher ami, j’espère que vos parents vous permettront de venir très souvent goûter, et je vous envoie toutes mes amitiés. Gilberte. »

Tandis que je lisais ces mots, mon système nerveux recevait avec une diligence admirable la nouvelle qu’il m’arrivait un grand bonheur. Mais mon âme, c’est-à-dire moi-même, et en somme le principal intéressé, l’ignorait encore. Le bonheur, le bonheur par Gilberte, c’était une chose à laquelle j’avais constamment songé, une chose toute en pensées, c’était, comme disait Léonard, de la peinture, cosa mentale. Une feuille de papier couverte de caractères, la pensée ne s’assimile pas cela tout de suite. Mais dès que j’eus terminé la lettre, je pensai à elle, elle devint un objet de rêverie, elle devint, elle aussi, cosa mentale et je l’aimais déjà tant que toutes les cinq minutes il me fallait la relire, l’embrasser. Alors, je connus mon bonheur. »

Marcel PROUST, A l’Ombre des jeunes filles en fleurs,   Gallimard, coll Folio 1988, p 70-71

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Ondulent

Bernard Obadia

Eau 

re-presentations.fr

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Roland Barthes, France culture

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Picasso aujourd’hui Séminaire

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Comment fonctionne l’imagination ? France culture

Comment fonctionne l’imagination ?

L’imagination nous permet de prendre de la distance avec la réalité. N’y a-t-il pourtant pas un lien entre imagination et réalité ? L’imagination peut-elle être politique ? D’Aristote à Castoriadis, qu’en pensent les philosophes ?

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Soo Kyoung Lee, Ker 2

Soo Kyoung Lee, Ker 2, 2015, peinture acrylique sur toile

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LACAN L’Exposition, Centre Beaubourg Metz

LACAN L’Exposition, Centre Beaubourg Metz,  28 mars 2024

Photographies et montage Bernard Obadia

Collection JOURNAL 33

re-presentations

 

 

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Fraternités, sororités, France culture

Le féminisme montre l’importance des rapports entre les femmes dans l’optique de faire changer les choses. Or, peut-on vraiment dire que les femmes constituent une catégorie à part entière au vu de la diversité de ces dernières ? Comment penser une sororité féminine et féministe ?
« Liberté, égalité, fraternité ». Si nous connaissons par cœur la devise française, sommes-nous vraiment capables d’appréhender ce que recouvre le dernier terme ? Comment faire face aux diverses interprétations qui existent parfois contradictoires ?
Pourquoi déteste-t-on son frère ou sa sœur ? Cette haine n’est-elle pas originelle, puisqu’un fratricide se trouve à l’origine de l’humanité selon le Livre de la Genèse ? Cette rivalité ne participe-t-elle de manière intrinsèque au développement psychique du nourrisson et de l’enfant ?
Au nom de quoi peut-on se sentir le frère ou la sœur de quelqu’un avec qui les liens du sang ne sont pas partagés ? Comment un lien fraternel ou sororal peut-il naître dans la résistance, la souffrance, ou encore l’altérité ?

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Jacques, LACAN, la passion du savoir

« Le désir de l’homme, longuement tâté, anesthésié, endormi par les moralistes, domestiqué par des éducateurs, trahi par les académies, s’est tout simplement réfugié, refoulé, dans la passion la plus subtile, et aussi la plus aveugle, comme nous le montre l’histoire d’Œdipe, la passion du savoir. C’est celle-là qui est en train de mener un train qui n’a pas dit son dernier mot ».

Jacques, LACAN, séminaire L’Éthique de la psychanalyse, texte établi par Jacques-Alain Miller,  leçon du 6 juillet 1960. Editions du Seuil, 1986.

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Mark ROTHKO, Fondation Louis Vuitton, Paris

Mark ROTHKO, Fondation Louis Vuitton, Paris, 23 novembre 2023

Photographies et montage, Bernard Obadia

La collection 32

re-presentation

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CARAVAGE, l’Annonciation

CARAVAGE, l’Annonciation, 1608-1610, Musées des Beaux-Arts de Nancy

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Dissidences et compromissions, France culture

    • Emil Cioran s’est engagé dans sa jeunesse auprès du mouvement fasciste roumain de la Garde de Fer, affirmant ainsi son adhésion à l’idéologie nazie. Pourquoi un intellectuel comme Cioran a-t-il succombé à la fascination idéologique ?
    • Avant d’être président, Vaclav Havel fut une grande figure de la dissidence en Tchécoslovaquie. Dramaturge et penseur, il a livré une analyse fine des mécanismes du pouvoir totalitaire malgré la censure. Qu’est-ce que gouverner par la peur ? La violence est-elle nécessaire à la lutte ?
    • Deux destins liés à l’histoire contemporaine de l’Europe, la poétesse russe Marina Tsvetaïeva (1892-1941) et la philosophe espagnole María Zambrano (1904-1991) ont en commun d’avoir pris le chemin de l’exil pour fuir la répression. Comment penser et écrire en exil ?
    • Jan Patočka (1907-1977), Léone Ginzburg (1909-1944) et Ossip Mandelstam (1891-1938) ont pour point commun d’avoir résisté et ce, jusqu’à la mort. Dans quelle mesure cette résistance se retrouve-t-elle dans leurs œuvres respectives ?

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Jacques LACAN, appliquer à une oeuvre

 » C’est une loi fondamentale de toute sainte critique que d’appliquer à une oeuvre les principes mêmes qu’elles donne elle-même à sa construction. Tâchez par exemple de comprendre Spinoza selon les principes que lui-même donne comme les plus valables pour la conduite de la pensée, pour la réforme de l’entendement.
Autre exemple — Maimonide, personnage qui nous donne aussi certaines clefs sur le monde. Il y a à l’intérieur de son oeuvre des avertissements exprès sur la façon dont on doit conduire sa recherche. Les appliquer à l’oeuvre même de Maimonide permet de comprendre ce qu’il a voulu dire.
C’est donc une loi d’application tout à fait générale qui nous pousse à lire Freud en cherchant à appliquer à l’oeuvre même les règles de la compréhension et de l’entendement qu’elle explicite. »

Jacques LACAN,  Le moi dans la théorie et dans la technique de la psychanalyse, Séminaire livre II, 1954-1955, p. 141, ed du Seuil, 1978, Paris

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Zéro Un

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Véra MOLNAR, Icone

Véra MOLNAR, Icone, 1964, Centre Pompidou, Paris

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Médecine et philosophie, France culture

    • Deux grandes sagesses antiques, l’épicurisme et le stoïcisme, ont affirmé l’idée d’une « bonne vie » à laquelle contribuerait la pratique de la philosophie. Qu’en est-il réellement ? Entre poison et remède, la philosophie ne serait-elle pas un « pharmakon » ?
    • Hippocrate et Galien sont considérés comme les fondateurs de la médecine occidentale. Mais quelles étaient précisément leurs thèses ? Dans quelle mesure peut-on parler d’un savoir rationnel ? Quels sont les liens avec la philosophie ?
    • Médecin et philosophie, Avicenne était nommé le « prince des savants » par ses disciples. Pourquoi est-il une figure si importante ? Dans quelle mesure est-il un héritier d’Aristote ?
    • Pas de médecine moderne sans molécules pour agir contre les maladies. On oublie parfois à quel point la médecine occidentale est dépendante de la chimie. Mais comment sommes-nous passés de l’alchimie à la chimie ?
    • Canguilhem, philosophe et médecin, a déployé une importante réflexion sur les apports réciproques de ces deux disciplines. Surtout, sa pensée invite à entendre l’aspect dual de la médecine, tout à la fois science et art. Quelle est son approche de la médecine ?

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Andrea MANTEGNA, La Lamentation du Christ,

Andrea MANTEGNA, La Lamentation du Christ, 1470-1474

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Marcel PROUST, Le côté de Guermantes, Le sommeil

Le sommeil

Je me couchai, mais la présence de l’édredon, des colonnettes, de la petite cheminée, en mettant mon attention à un cran où elle n’était pas à Paris, m’empêcha de me livrer au traintrain habituel de mes rêvasseries. Et comme c’est cet état particulier de l’attention qui enveloppe le sommeil et agit sur lui, le modifie, le met de plain-pied avec telle ou telle série de nos souvenirs, les images qui remplirent mes rêves, cette première nuit, furent empruntées à une mémoire entièrement distincte de celle que mettait d’habitude à contribution mon sommeil. Si j’avais été tenté en dormant de me laisser réentraîner vers ma mémoire coutumière, le lit auquel je n’étais pas habitué, la douce attention que j’étais obligé de prêter à mes positions quand je me retournais, suffisaient à rectifier ou à maintenir le fil nouveau de mes rêves. Il en est du sommeil comme de la perception du monde extérieur. Il suffit d’une modification dans nos habitudes pour le rendre poétique, il suffit qu’en nous déshabillant nous nous soyons endormi sans le vouloir sur notre lit, pour que les dimensions du sommeil soient changées et sa beauté sentie. On s’éveille, on voit quatre heures à sa montre, ce n’est que quatre heures du matin, mais nous croyons que toute la journée s’est écoulée, tant ce sommeil de quelques minutes et que nous n’avions pas cherché nous a paru descendu du ciel, en vertu de quelque droit divin, énorme et plein comme le globe d’or d’un empereur. Le matin, ennuyé de penser que mon grand-père était prêt et qu’on m’attendait pour partir du côté de Méséglise, je fus éveillé par la fanfare d’un régiment qui tous les jours passa sous mes fenêtres. Mais deux ou trois fois – et je le dis, car on ne peut bien décrire la vie des hommes si on ne la fait baigner dans le sommeil où elle plonge et qui, nuit après nuit, la contourne comme une presqu’île est cernée par la mer – le sommeil interposé fut en moi assez résistant pour soutenir le choc de la musique, et je n’entendis rien. Les autres jours il céda un instant ; mais encore veloutée d’avoir dormi, ma conscience, comme ces organes préalablement anesthésiés, par qui une cautérisation, restée d’abord insensible, n’est perçue que tout à fait à sa fin et comme une légère brûlure, n’était touchée qu’avec douceur par les pointes aiguës des fifres qui la caressaient d’un vague et frais gazouillis matinal ; et après cette étroite interruption où le silence s’était fait musique, il reprenait avec mon sommeil avant même que les dragons eussent fini de passer, me dérobant les dernières gerbes épanouies du bouquet jaillissant et sonore. Et la zone de ma conscience que ses tiges jaillissantes avaient effleurée était si étroite, si circonvenue de sommeil, que plus tard, quand Saint-Loup me demandait si j’avais entendu la musique, je n’étais pas plus certain que le son de la fanfare n’eût pas été aussi imaginaire que celui que j’entendais dans le jour s’élever après le moindre bruit au-dessus des pavés de la ville. Peut-être ne l’avais-je entendu qu’en un rêve, par la crainte d’être réveillé, ou au contraire de ne pas l’être et de ne pas voir le défilé. Car souvent quand je restais endormi au moment où j’avais pensé au contraire que le bruit m’aurait réveillé, pendant une heure encore je croyais l’être, tout en sommeillant, et je me jouais à moi-même en minces ombres sur l’écran de mon sommeil les divers spectacles auxquels il m’empêchait, mais auxquels j’avais l’illusion d’assister.

Ce qu’on aurait fait le jour, il arrive en effet, le sommeil venant, qu’on ne l’accomplisse qu’en rêve, c’est-à-dire après l’inflexion de l’ensommeillement, en suivant une autre voie qu’on n’eût fait éveiller. La même histoire tourne et a une autre fin. Malgré tout, le monde dans lequel on vit pendant le sommeil est tellement différent, que ceux qui ont de la peine à s’endormir cherchent avant tout à sortir du nôtre. Après avoir désespérément, pendant des heures, les yeux clos, roulé des pensées pareilles à celles qu’ils auraient eues les yeux ouverts, ils reprennent courage s’ils s’aperçoivent que la minute précédente a été toute alourdie d’un raisonnement en contradiction formelle avec les lois de la logique et l’évidence du présent, cette courte « absence » signifiant que la porte est ouverte par laquelle ils pourront peut-être s’échapper tout à l’heure de la perception du réel, aller faire une halte plus ou moins loin de lui, ce qui leur donnera un plus ou moins « bon » sommeil. Mais un grand pas est déjà fait quand on tourne le dos au réel, quand on atteint les premiers antres où les « autosuggestions » préparent comme des sorcières l’infernal fricot des maladies imaginaires ou de la recrudescence des maladies nerveuses, et guettent l’heure où les crises remontées pendant le sommeil inconscient se déclencheront assez fortes pour le faire cesser.

Non loin de là est le jardin réservé où croissent comme des fleurs inconnues les sommeils si différents les uns des autres, sommeil du datura, du chanvre indien, des multiples extraits de l’éther, sommeil de la belladone, de l’opium, de la valériane, fleurs qui restent closes jusqu’au jour où l’inconnu prédestiné viendra les toucher, les épanouir, et pour de longues heures dégager l’arôme de leurs rêves particuliers en un être émerveillé et surpris.

Marcel PROUST, Le côté de Guermantes, Gallimard, coll La Pléiade, 1973, p 84-86

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