Lumière étouffée ( Patrick Modiano)


« Aujourd’hui, je revois cette scène de loin. Derrière la vitre d’une fenêtre, dans une lumière étouffée, je distingue un blond d’une cinquantaine d’années en robe de chambre écossaise, une jeune fille en manteau de fourrure et un jeune homme… L’ampoule, sur le pied de lampe, est trop petite et trop faible. Si je remontais le cours du temps et revenais dans cette même pièce, je pourrais changer l’ampoule. Mais sous une lumière franche, tout cela risquerait de se dissiper. »

Patrick Modiano, Un cirque passe, Gallimard éditeur, p.58, 1992

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Sergio

Sergio

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précisément

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l’Appartement se détache du  passé (Patrick Modiano)

 

« Pour la première fois de ma vie, je sens que les entraves et les contraintes qui me retenaient jusque-là sont abolies. Peut-être est-ce une illusion qui se dissipera demain matin. Je baisse la vitre et l’air froid augmente encore mon euphorie. Pas la moindre buée, le moindre halo autour des lumières qui scintillent le long de l’avenue.

Nous prenons le pont du Carrousel et, dans mon souvenir, nous suivons le quai, à gauche, en dédaignant le sens unique, nous passons devant le pont des Arts, nous roulons à une allure lente, sans qu’aucune voiture ne vienne dans l’autre sens.

Grabley n’est pas encore là. Nous traversons le vestibule et l’appartement se détache du passé. J’y entre pour la première fois. C’est elle qui me guide. Elle monte devant moi le petit escalier qui mène au cinquième. Dans la chambre, nous n’allumons pas l’électricité.

Les lampadaires du quai projettent au plafond un rai de lumière aussi clair que celui qui filtre, l’été, par les fentes des persiennes. Elle est allongée sur le lit avec sa jupe et son pull-over noirs. » 

Patrick Modiano, Un cirque passe, Gallimard ed, p.112, 1992

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c’était elle

c'était elle

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Mais dans mon souvenir (Patrick Modiano)

« J’ai préféré marcher plutôt que de rester immobile, à attendre dans le café, et j’ai emprunté une par une les rues avoisinantes et les escaliers à balustres et à réverbères. Plus tard, je suis revenu souvent dans ces parages et chaque fois les escaliers de la rue de l’Alboni me rappelaient le samedi où j’avais marché ici, en l’attendant. C’était en novembre, mais dans mon souvenir, à cause du soleil de ce jour-là, une lumière estivale baigne le quartier. Des taches de soleil sur les trottoirs et de l’ombre sous le viaduc du métro. Un passage étroit et obscur qui était jadis un chemin de campagne monte à travers les immeubles jusqu’à la rue Raynouard. La nuit, à la sortie de la station Passy, les réverbères jettent une lumière pâle sur les feuillages. » 

Patrick Modiano, Un cirque passe, Gallimard ed, p.62, 1992

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opéra

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Comme tombe une peau morte (Patrick Modiano)

« Pour la première fois de ma vie, j’étais sûr de moi. Ma timidité, mes doutes, cette habitude de m’excuser pour le moindre de mes gestes, de me dénigrer, de donner souvent raison aux autres contre moi, tout cela avait disparu comme tombe une peau morte. J’étais dans l’un de ces rêves où l’on rencontre les dangers et les tourments du présent mais on les évite chaque fois car on connaît déjà le futur et l’on se sent invulnérable. »  

Patrick Modiano, Un cirque passe, Gallimard ed, p.137. 1992

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c’est là

c'est là

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Un vertige rétrospectif (Patrick Modiano)

« Moi, je ne pouvais détacher les yeux du journal, dans sa poche. Peut-être allait-il le déplier et me désigner la photo de l’homme que nous avions vu monter dans l’automobile d’Ansart et me dire qu’on avait repêché son corps qui flottait sous le pont de Puteaux. Mais cette perspective me laissait indifférent. C’est plus tard, vers trente ans, que j’ai commencé à ressentir de vagues remords en songeant à certains épisodes du passé, comme l’équilibriste qui éprouve un vertige rétrospectif une fois qu’il a traversé le gouffre, sur son fil. »

Patrick Modiano, Un cirque passe, Gallimard ed, p.140. 1992

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pépites

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contraires

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La même fenêtre (Patrick Modiano)

« Je voyais briller la lumière du café de l’autre côté de la Seine, au coin du quai. L’homme était-il déjà arrivé ? J’aurais voulu disposer d’une paire de jumelles très puissantes pour l’observer. Lui aussi, du café, pouvait vérifier s’il y avait de la lumière aux fenêtres de l’appartement. Et cette pensée me causait un sentiment brusque d’inquiétude, comme si un piège se refermait sur moi.

— Qu’est-ce que tu regardes ?

Elle était allongée sur le canapé. Sa jupe et son pull-over traînaient au milieu de la table basse.

— J’attends le bateau-mouche, lui ai-je dit.

J’ai entrouvert la fenêtre. Le quai Conti demeurait vide pendant un long moment, le temps que le feu passe au vert, là-bas, à la hauteur du Pont-Neuf. Et avant que les rares voitures apparaissent de nouveau, il se faisait un silence, le même sans doute que mon père avait connu les soirs de l’Occupation derrière la même fenêtre. »
Patrick Modiano, Un cirque passe, Gallimard ed, p.135. 1992

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dites-moi

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devant

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moonlight


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La Petite-Roquette (Patrick Modiano)

« La Petite-Roquette… Je m’étais promené un jour dans la rue du même nom et j’étais passé devant le bâtiment de la prison. Souvent, dans mes rêves, la rue de la Roquette débouche sur une place comme il en existe à Rome, au milieu de laquelle s’élève une fontaine. C’est toujours l’été. La place est déserte et écrasée de soleil. Le silence n’est troublé que par le murmure de la fontaine. Et je reste là, dans l’ombre, à attendre que Gisèle sorte de la prison. »

Patrick Modiano, Un cirque passe, Gallimard ed p.133. 1992

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les quatre portes (photographies)

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Les morts…, Philippe Sollers

 

 

« Les morts sont plus vivants que les vivants, voilà la surprise, qui va s’amplifier dans une dévastation ravageante. »

Philippe Sollers, « L’Amitié de Roland Barthes » page  35, Seuil ed, 2015

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va et vient

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