Roland Barthes, Fragments d’un discours amoureux

 

Fragments d’un discours amoureux de Roland Barthes

Attente, Je t’aime, Jalousie, Scène de ménage… Quatre fragments d’un discours amoureux de Roland Barthes.

 

Épisode 1 : Attente  LE 14/12/2020   « Suis-je amoureux ? Oui, puisque j’attends. » L’attente caractérise l’amoureux. Il attend l’autre et angoisse face à son absence. Serait-il possible d’aimer sans attendre ?
Épisode 2 : Je t’aime  LE 15/12/2020   Je t’aime. Cette phrase est absolument commune et pourtant à chaque fois unique. Cette formule magique imprévisible, sans nuances ni explications reste énigmatique. Qui est le “je” qui dit “je t’aime” ? Ce “je” est-il dissociable du “tu” qui est aimé ?
Épisode 3 : Jalousie   LE 16/12/2020  Être jaloux est une souffrance où se mêlent la peur et la culpabilité. Mais ce qui ronge le plus le jaloux c’est d’être banal. La jalousie est-elle toujours le revers du sentiment amoureux?
Épisode 4 : Scène de ménage  LE 17/12/2020 Dans la scène de ménage le langage devient une arme. C’est un affrontement, une parodie de conversation où les deux protagonistes tentent d’avoir le dernier mot. La scène de ménage est-elle un épisode anodin et sans conséquence ou marque-t-elle la défaite du couple?
« Suis-je amoureux ? Oui, puisque j’attends » : l’attente caractérise l’amoureux… Il attend l’autre et angoisse face à son absence. Mais aimer sans attendre, est-ce possible ?
Épisode 6 : Je t’aime  LE 03/05/2022    Je t’aime. Cette phrase est absolument commune et pourtant à chaque fois unique. C’est une formule magique imprévisible, sans nuances ni explications qui reste énigmatique. Qui est le “je” qui dit “je t’aime” ? Ce “je” est-il dissociable du “tu” qui est aimé ?
Épisode 7 : Jalousie    LE 04/05/2022    Être jaloux est une souffrance où se mêlent la peur et la culpabilité. Mais ce qui ronge le plus le jaloux c’est d’être banal. La jalousie est-elle toujours le revers du sentiment amoureux?
Épisode 8 : Scène de ménage  LE 05/05/2022   Dans la scène de ménage le langage devient une arme. C’est un affrontement, une parodie de conversation où les deux protagonistes tentent d’avoir le dernier mot. La scène de ménage est-elle un épisode anodin et sans conséquence ou marque-t-elle la défaite du couple?
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Visages de la Guerre 14-18

Visages de la Guerre 14-18, cimetière Saint-Pierre, Marseille

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Philip GLASS, répétez s’il vous plaît ! France culture

 

Philip Glass, répétez s’il vous plaît !

La musique de Philip Glass, né en 1937 aux États-Unis, du minimalisme à la musique répétitive, est partout : opéra, cinéma, publicité… Quatre émissions autour de celui qui a connu le destin d’une pop star et nous hypnotise à l’infini.

 

LE 28/03/2022  La musique de Philip Glass, du minimalisme à la musique répétitive, est partout : opéra, cinéma, publicité… Son projet musical ? Une grande émotion sans narration. Retour sur le parcours de celui qui a connu le destin d’une pop-star et nous hypnotise à l’infini !
LE 29/03/2022     Pour Vanessa Wagner, interprète de Philip Glass, les minimalistes ont aboli les frontières entre musique populaire et musique savante, et une bataille idéologique fait rage : leur musique est-elle décriée parce qu’elle paraît trop « simple » ? Pourtant, rien n’est plus difficile que de faire simple…
LE 30/03/2022   En 1976, aux Etats-Unis, on découvre un opéra de 5h, sans entracte ni livret : « Einstein on the beach », né de la culture underground du New York des années 70, né d’une une collaboration entre Philip Glass et Bob Wilson. Apprendre à aimer l’étrangeté, tel est l’enjeu de cet opéra performance.
LE 31/03/2022   Pour John Cage, « Philip Glass et sa musique habitent le même monde ». Ancré dans l’époque des années 70, Glass, travaillant sur des matériaux enregistrés, se sert de procédés mécaniques pour inventer une nouvelle écriture musicale, un nouveau langage, basés sur la répétition.

« Nous avons cassé les frontières entre l’art populaire et l’art élitiste, entre le divertissement et la musique savante »
La musique de Philip Glass, né en 1937 aux Etats-Unis, du minimalisme à la musique répétitive, est partout : opéra, cinéma, publicité…
Quatre émissions autour de celui qui a connu le destin d’une pop star et nous hypnotise à l’infini…

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sans titre

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Bourse du Commerce, Paris, 3/12/2021

Collection JOURNAL   re-presentations     
Journal des visites

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Marcel Proust, Le marquis de Palancy

Le marquis de Palancy

Le marquis de Palancy, le cou tendu, la figure oblique, son gros œil rond collé contre le verre du monocle, se déplaçait lentement dans l’ombre transparente et paraissait ne pas plus voir le public de l’orchestre qu’un poisson qui passe, ignorant de la foule des visiteurs curieux, derrière la cloison vitrée d’un aquarium. Par moment il s’arrêtait, vénérable, soufflant et moussu, et les spectateurs n’auraient pu dire s’il souffrait, dormait, nageait, était en train de pondre ou respirait seulement.
Marcel PROUST, Du côté de Guermantes, Gallimard, coll La Pléiade, 1973, p 43

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un rue mythique

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Caravage_1

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Robert RAUCHENBERG

Robert RAUCHENBERG,  Ruby Goose (spreead), 1979, MAMAC, Nice

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partout

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Marcel PROUST, Du côté de chez Swann, Du côté du Bois de Boulogne

Du côté du Bois de Boulogne

Mais le plus souvent – quand je ne devais pas voir Gilberte – comme j’avais appris que Mme Swann se promenait presque chaque jour dans l’allée « des Acacias », autour du grand Lac, et dans l’allée de la « Reine Marguerite », je dirigeais Françoise du côté du bois de Boulogne. Il était pour moi comme ces jardins zoologiques où l’on voit rassemblés des flores diverses et des paysages opposés ; où, après une colline on trouve une grotte, un pré, des rochers, une rivière, une fosse, une colline, un marais, mais où l’on sait qu’ils ne sont là que pour fournir aux ébats de l’hippopotame, des zèbres, des crocodiles, des lapins russes, des ours et du héron, un milieu approprié ou un cadre pittoresque ; lui, le Bois, complexe aussi, réunissant des petits mondes divers et clos – faisant succéder quelque ferme plantée d’arbres rouges, de chênes d’Amérique, comme une exploitation agricole dans la Virginie, à une sapinière au bord du lac, ou à une futaie d’où surgit tout à coup dans sa souple fourrure, avec les beaux yeux d’une bête, quelque promeneuse rapide – il était le Jardin des femmes ; et – comme l’allée de Myrtes de l’Énéide – plantée pour elles d’arbres d’une seule essence, l’allée des Acacias était fréquentée par les Beautés célèbres. Comme, de loin, la culmination du rocher d’où elle se jette dans l’eau, transporte de joie les enfants qui savent qu’ils vont voir l’otarie, bien avant d’arriver à l’allée des Acacias, leur parfum qui, irradiant alentour, faisait sentir de loin l’approche et la singularité d’une puissante et molle individualité végétale ; puis, quand je me rapprochais, le faîte aperçu de leur frondaison légère et mièvre, d’une élégance facile, d’une coupe coquette et d’un mince tissu, sur laquelle des centaines de fleurs s’étaient abattues comme des colonies ailées et vibratiles de parasites précieux ; enfin jusqu’à leur nom féminin, désœuvré et doux, me faisaient battre le cœur mais d’un désir mondain, comme ces valses qui ne nous évoquent plus que le nom des belles invitées que l’huissier annonce à l’entrée d’un bal. On m’avait dit que je verrais dans l’allée certaines élégantes que, bien qu’elles n’eussent pas toutes été épousées, l’on citait habituellement à côté de Mme Swann, mais le plus souvent sous leur nom de guerre ; leur nouveau nom, quand il y en avait un, n’était qu’une sorte d’incognito que ceux qui voulaient parler d’elles avaient soin de lever pour se faire comprendre. Pensant que le Beau – dans l’ordre des élégances féminines – était régi par des lois occultes à la connaissance desquelles elles avaient été initiées, et qu’elles avaient le pouvoir de le réaliser, j’acceptais d’avance comme une révélation l’apparition de leur toilette, de leur attelage, de mille détails au sein desquels je mettais ma croyance comme une âme intérieure qui donnait la cohésion d’un chef-d’œuvre à cet ensemble éphémère et mouvant.

Marcel PROUST, Du côté de chez Swann,  P 409-410, édition Gallimard, collection Folio, 1988

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Manuel

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Pablo PICASSO, étude pour nu debout

Pablo PICASSO, étude pour nu debout, début 1908, Musée Picasso, Paris

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Hannah Arendt “Condition de l’homme moderne” France culture

Hannah Arendt “Condition de l’homme moderne”

Dans “Condition de l’homme moderne” (1958), écrit en contrepoint aux « Origines du totalitarisme », Hannah Arendt pense l’activité humaine dans sa pluralité, et nos ressources, pour ne pas basculer dans l’horreur totalitaire.
Épisode 1 : « Ce que je propose est simple : rien de plus que de penser ce que nous faisons »  En 1958, en contrepoint aux « Origines du totalitarisme », Hannah Arendt écrit “Condition de l’homme moderne”. Son objectif : penser « ce que nous faisons »….
LE 04/01/2022 Pourquoi le travail est-il l’activité humaine prédominante de nos sociétés, pourtant touchées par le chômage et le désir de s’en libérer ? Comment est-il…
LE 05/01/2022   Produire une œuvre n’est pas simplement produire un objet utile ou beau. Pour Arendt, l’homo faber fabrique un monde : œuvrer, c’est faire monde. Et que…
Épisode 4 : L’action, comment accoucher d’un monde nouveau ?  
LE 06/01/2022 L’action est pour Hannah Arendt la condition fondamentale de l’humain, celle qui est la plus étroitement liée à la natalité. En quoi agir est-ce commencer…

 

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Bolènne

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Sylvio

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Edgar Morin : « Les artistes sont toujours possédés »

Edgar Morin, philosophe et sociologue qui a marqué sa génération et les suivantes, était au Festival Film Villa Médicis à Rome où il a donné une conférence sur le thème : “Pourquoi j’aime le cinéma”. Cette émission en propose des extraits, ainsi qu’un entretien inédit au micro d’Arnaud Laporte.

Edgar Morin
Edgar Morin• Crédits : Ulf Andersen – Getty

En cette veille de réveillon du Nouvel An, une émission en tous points exceptionnelle. Au mois de septembre dernier avait lieu la première édition du Festival Film Villa Médicis, à Rome. A cette occasion, le directeur de la Villa, Sam Stourdzé, avait convié Edgar Morin à donner une conférence sur le thème : “Pourquoi j’aime le cinéma”. De larges extraits de cette conférence sont proposés dans la deuxième partie de cette émission, mais avant cela, nous vous proposons en première partie d’émission d’écouter un entretien avec le sociologue et philosophe qui, à 100 ans passés, n’a rien perdu de ses enthousiasmes.

Le bonheur

Dans Chronique d’un été, tourné avec Jean Rouch en 1960, Marceline Loridan interroge des Parisiens au hasard des rues en plein mois d’août en leur demandant s’ils sont heureux. Quand on lui retourne la question, Edgar Morin répond que  l’idée d’une vie heureuse lui est tout à fait étrangère :  « J’ai connu des périodes de bonheur, de plénitude, à la fois dans mes rapports affectifs, dans mes rapports avec autrui et avec le monde mais je sais que le bonheur est fragile parce que les personnes peuvent se séparer, ou mourir. Tous les bonheurs que j’ai connus ont eu une fin mais d’autres sont survenus. La vie n’est pas faite seulement d’une succession de peines et de moments heureux mais parfois d’une dialectique curieuse qui fait que le malheur peut provoquer le bonheur. Pour moi par exemple, le plus grand malheur de ma vie a été la perte de ma mère quand j’avais dix ans. Mais ce vide affreux m’a amené à aller vers la culture, notamment vers le livre et le cinéma. Et a fait naître en moi un besoin de tendresse, d’affection, d’amitié qui m’a donné l’occasion d’avoir des amours. Autrement dit, ce malheur initial fut une source de bonheurs. »

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Bourse du Commerce Ouverture

Bourse du commerce, Collection Pinault  (22 mai 2021  au 30 janvier 2022)
Collection JOURNAL (4), 3 décembre 2021
Photographies et Montage Bernard Obadia

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Henri Matisse, programme

 

Ce que je rêve c’est un art d’équilibre, de pureté, de tranquillité…

Henri Matisse

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Marcel PROUST, A l’âge où les noms

A l’âge où les noms

À l’âge où les Noms, nous offrant l’image de l’inconnaissable que nous avons versé en eux, dans le même moment où ils désignent aussi pour nous un lieu réel, nous forcent par là à identifier l’un à l’autre au point que nous partons chercher dans une cité une âme qu’elle ne peut contenir mais que nous n’avons plus le pouvoir d’expulser de son nom, ce n’est pas seulement aux villes et aux fleuves qu’ils donnent une individualité, comme le font les peintures allégoriques, ce n’est pas seulement l’univers physique qu’ils diaprent de différences, qu’ils peuplent de merveilleux, c’est aussi l’univers social : alors chaque château, chaque hôtel ou palais fameux a sa dame, ou sa fée, comme les forêts leurs génies et leurs divinités les eaux. Parfois, cachée au fond de son nom, la fée se transforme au gré de la vie de notre imagination qui la nourrit ; c’est ainsi que l’atmosphère où Mme de Guermantes existait en moi, après n’avoir été pendant des années que le reflet d’un verre de lanterne magique et d’un vitrail d’église, commençait à éteindre ses couleurs, quand des rêves tout autres l’imprégnèrent de l’écumeuse humidité des torrents.

Cependant, la fée dépérit si nous nous approchons de la personne réelle à laquelle correspond son nom, car, cette personne, le nom alors commence à la refléter et elle ne contient rien de la fée ; la fée peut renaître si nous nous éloignons de la personne ; mais si nous restons auprès d’elle, la fée meurt définitivement et avec elle le nom, comme cette famille de Lusignan qui devait s’éteindre le jour où disparaîtrait la fée Mélusine. Alors le Nom, sous les repeints successifs duquel nous pourrions finir par retrouver à l’origine le beau portrait d’une étrangère que nous n’aurons jamais connue, n’est plus que la simple carte photographique d’identité à laquelle nous nous reportons pour savoir si nous connaissons, si nous devons ou non saluer une personne qui passe. Mais qu’une sensation d’une année d’autrefois – comme ces instruments de musique enregistreurs qui gardent le son et le style des différents artistes qui en jouèrent – permette à notre mémoire de nous faire entendre ce nom avec le timbre particulier qu’il avait alors pour notre oreille, et ce nom en apparence non changé, nous sentons la distance qui sépare l’un de l’autre les rêves que signifièrent successivement pour nous ses syllabes identiques. Pour un instant, du ramage réentendu qu’il avait en tel printemps ancien, nous pouvons tirer, comme des petits tubes dont on se sert pour peindre, la nuance juste, oubliée, mystérieuse et fraîche des jours que nous avions cru nous rappeler, quand, comme les mauvais peintres, nous donnions à tout notre passé étendu sur une même toile les tons conventionnels et tous pareils de la mémoire volontaire. Or, au contraire, chacun des moments qui le composèrent employait, pour une création originale, dans une harmonie unique, les couleurs d’alors que nous ne connaissons plus et qui, par exemple, me ravissent encore tout à coup si, grâce à quelque hasard, le nom de Guermantes ayant repris pour un instant après tant d’années le son, si différent de celui d’aujourd’hui, qu’il avait pour moi le jour du mariage de Mlle Percepied, il me rend ce mauve si doux, trop brillant, trop neuf, dont se veloutait la cravate gonflée de la jeune duchesse, et, comme une pervenche incueillissable et refleurie, ses yeux ensoleillés d’un sourire bleu. Et le nom de Guermantes d’alors est aussi comme un de ces petits ballons dans lesquels on a enfermé de l’oxygène ou un autre gaz : quand j’arrive à le crever, à en faire sortir ce qu’il contient, je respire l’air de Combray de cette année-là, de ce jour-là, mêlé d’une odeur d’aubépines agitée par le vent du coin de la place, précurseur de la pluie, qui tour à tour faisait envoler le soleil, le laissait s’étendre sur le tapis de laine rouge de la sacristie et le revêtir d’une carnation brillante, presque rose, de géranium, et de cette douceur, pour ainsi dire wagnérienne, dans l’allégresse, qui conserve tant de noblesse à la festivité. Mais même en dehors des rares minutes comme celles-là, où brusquement nous sentons l’entité originale tressaillir et reprendre sa forme et sa ciselure au sein des syllabes mortes aujourd’hui, si dans le tourbillon vertigineux de la vie courante, où ils n’ont plus qu’un usage entièrement pratique, les noms ont perdu toute couleur comme une toupie prismatique qui tourne trop vite et qui semble grise, en revanche quand, dans la rêverie, nous réfléchissons, nous cherchons, pour revenir sur le passé, à ralentir, à suspendre le mouvement perpétuel où nous sommes entraînés, peu à peu nous revoyons apparaître, juxtaposées, mais entièrement distinctes les unes des autres, les teintes qu’au cours de notre existence nous présenta successivement un même nom.
Marcel PROUST, Le côté de Guermantes, Gallimard, coll La Pléiade, 1973, p10-12

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