Complots par Philippe CORCUFF

 » Parler de complots renvoie à des manipulations cachées dans l’histoire humaine. Or, il y a bien eu et il y a des manipulations cachées dans notre histoire. Cependant un complot ne constitue au plus, pour les sciences sociales contemporaines, qu’un facteur en interaction avec d’autres facteurs dans la fabrication d’un événement, à l’intérieur d’une explication plurifactorielle. Les théories du complot se présentent, par contre, comme des récits mettant en leur cœur explicatif un complot. Le complot serait le principal facteur explicatif, comme si une manipulation cachée pouvait rentrer dans la chair des rapports sociaux comme dans du beurre, sans rencontrer ni d’autres facteurs, ni d’autres logiques, ni des résistances. C’est pourquoi, du point de vue des sciences sociales, ces théories sont erronées. »

« Manifeste conspirationniste » : une ultragauche au Seuil de l’extrême droitisation
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Chaïm SOUTINE / Willem de KOONING

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Patrick MODIANO, Accident nocturne

Patrick MODIANO,  Accident nocturne  (premières pages)

Tard dans la nuit, à une date lointaine où j’étais sur le point d’atteindre l’âge de la majorité, je traversais la place des Pyramides vers la Concorde quand une voiture a surgi de l’ombre. J’ai d’abord cru qu’elle m’avait frôlé, puis j’ai éprouvé une douleur vive de la cheville au genou. J’étais tombé sur le trottoir. Mais j’ai réussi à me relever. La voiture avait fait une embardée et elle avait buté contre l’une des arcades de la place dans un bruit de verre brisé. La portière s’est ouverte et une femme est sortie en titubant. Quelqu’un qui se trouvait devant l’entrée de l’hôtel, sous les arcades, nous a guidés dans le hall. Nous attendions, la femme et moi, sur un canapé de cuir rouge tandis qu’il téléphonait au comptoir de la réception. Elle s’était blessée au creux de la joue, sur la pommette et le front, et elle saignait. Un brun massif aux cheveux très courts est entré dans le hall et il a marché vers nous.

Dehors, ils entouraient la voiture dont les portières étaient ouvertes et l’un d’eux prenait des notes comme pour un procès-verbal. Au moment ou nous montions dans le car de police secours, je me suis rendu compte que je n’avais plus de chaussure au pied gauche. La femme et moi, nous étions assis, côte à côte, sur la banquette de bois. Le brun massif occupait l’autre banquette en face de nous. Il fumait et nous jetait de temps en temps un regard froid. Par la vitre grillagée, j’ai vu que nous suivions le quai des Tuileries. On ne m’avait pas laissé le temps de récupérer ma chaussure et j’ai pensé qu’elle resterait là, toute la nuit, au milieu du trottoir. Je ne savais plus très bien s’il s’agissait d’une chaussure ou d’un animal que je venais d’abandonner, ce chien de mon enfance qu’une voiture avait écrasé quand j’habitais aux environs de Paris, une rue du Docteur-Kurzenne. Tout se brouillait dans ma tête. Je m’étais peut-être blessé au crâne, en tombant. Je me suis tourné vers la femme. J’étais étonné qu’elle porte un manteau de fourrure.

Je me suis souvenu que nous étions en hiver. D’ailleurs, l’homme, en face de nous, était lui aussi vêtu d’un manteau et moi de l’une de ces vieilles canadiennes que l’on trouvait au marché aux puces. Son manteau de fourrure, elle ne l’avait certainement pas acheté aux puces. Un vison? Une zibeline? Son apparence était très soignée, ce qui contrastait avec les blessures de son visage. Sur ma canadienne, un peu plus haut que les poches, j’ai remarqué des taches de sang. J’avais une grande éraflure a la paume de la main gauche, et les taches de sang sur le tissu, ça devait venir de là. Elle se tenait droite mais la tête penchée, comme si elle fixait du regard quelque chose sur le sol. Peut-être mon pied sans chaussure. Elle portait les cheveux mi-longs et elle m’avait semblé blonde dans la lumière du hall.

Le car de police s’était arrêté au feu rouge, sur le quai, à la hauteur de Saint-Germain-l’Auxerrois. L’homme continuait de nous observer, l’un après l’autre, en silence, de son regard froid. Je finissais par me sentir coupable de quelque chose.

Le feu ne passait pas au vert. Il y avait encore de la lumière dans le café, au coin du quai et de la place Saint-Germain-l’Auxerrois où mon père m’avait souvent donné rendez-vous. C’était le moment de s’enfuir. Il suffisait peut-être de demander à ce type, sur la banquette, de nous laisser partir. Mais je me sentais incapable de prononcer la moindre parole. Il a toussé, une toux grasse de fumeur, et j’étais étonné d’entendre un son. Depuis l’accident, un silence profond régnait autour de moi, comme si j’avais perdu l’ouïe. Nous suivions le quai. Au moment où le car de police s’engageait sur le pont, j’ai senti sa main me serrer le poignet. Elle me souriait, comme si elle voulait me rassurer, mais je n’éprouvais aucune crainte. Il me semblait même que nous nous étions déjà trouvés elle et moi ensemble dans d’autres circonstances, et qu’elle avait toujours ce sourire. Où l’avais-je déjà vue ? Elle me rappelait quelqu’un que j’avais connu il y a longtemps. L’homme, en face de nous, s’était endormi et sa tête avait basculé sur sa poitrine. Elle me serrait très fort le poignet et tout à l’heure, à la sortie du car, on nous attacherait l’un à l’autre par des menottes.

Après le pont, le car a franchi un porche et s’est arrêté dans la cour des urgences de l’Hôtel-Dieu. Nous étions assis dans la salle d’attente, toujours en compagnie de cet homme dont je me demandais quel était le rôle exact. Un policier chargé de nous surveiller? Pourquoi? J’aurais voulu lui poser la question, mais je savais d’avance qu’il ne m’entendrait pas. Désormais, j’avais une VOIX BLANCHE. Ces deux mots m’étaient venus à l’esprit, dans la lumière trop crue de la salle d’attente. Nous étions assis, elle et moi, sur une banquette en face du bureau de la réception. Il est allé parler à l’une des femmes qui occupaient ce bureau. Je me tenais tout près d’elle, je sentais son épaule contre la mienne. Lui, il a repris sa place à distance de nous, au bord de la banquette. Un homme roux, les pieds nus, vêtu d’un blouson de cuir et d’un pantalon de pyjama ne cessait de marcher dans la salle d’attente, en apostrophant les femmes du bureau. Il leur reprochait de se désintéresser de lui. Il passait régulièrement devant nous et il cherchait mon regard. Mais moi j’évitais le sien parce que je craignais qu’il ne me parle. L’une des femmes de la réception s’est dirigée vers lui et l’a poussé doucement vers la sortie. Il est revenu dans la salle d’attente, et cette fois-ci il lançait de longues plaintes, comme un chien qui hurle à la mort. De temps en temps, un homme ou une femme, accompagnés de gardiens de la paix, traversaient rapidement la salle et s’engouffraient dans un couloir en face de nous. Je me demandais vers quoi il pouvait bien mener, ce couloir, et si nous deux, à notre tour, on nous y pousserait tout à l’heure. Deux femmes ont traversé la salle d’attente, entourées de plusieurs agents de police. J’ai compris qu’elles venaient de sortir d’un panier à salade, peut-être le même que celui qui nous avait déposés ici. Elles portaient des manteaux de fourrure, aussi élégants que celui de ma voisine, et elles avaient le même aspect très soigné. Pas de blessures au visage. Mais, chacune, des menottes aux poignets.

Le brun massif nous a fait signe de nous lever et il nous a guidés vers le fond de la salle. J’étais gêné de marcher avec une seule chaussure et je me suis dit qu’il vaudrait mieux enlever l’autre. Je sentais une douleur assez vive à la cheville du pied qui ne portait pas de chaussure.

Une infirmière nous a précédés dans une petite pièce où il y avait deux lits de camp. Nous nous sommes allongés sur ces lits. Un homme jeune est entré. Il était vêtu d’une blouse blanche et portait un collier de barbe. Il consultait une fiche et lui a demandé son nom. Elle a répondu: Jacqueline Beausergent. Il m’a demandé mon nom, à moi aussi. Il a examiné mon pied sans chaussure, puis la jambe en relevant le pantalon jusqu’au genou. Elle, l’infirmière l’a aidée à quitter son manteau et lui a nettoyé, avec du coton, les blessures qu’elle avait au visage. Puis ils sont partis en laissant une veilleuse allumée. La porte était grande ouverte et, dans la lumière du corridor, l’autre faisait les cent pas. Il reparaissait dans l’encadrement de la porte avec une régularité de métronome. Elle était allongée à côté de moi, le manteau de fourrure sur elle, comme une couverture. Il n’y aurait pas eu la place pour une table de nuit, entre les deux lits. Elle a tendu le bras vers moi et elle m’a serré le poignet. J’ai pensé aux menottes que portaient les deux femmes tout à l’heure et, de nouveau, je me suis dit qu’ils finiraient par nous en mettre à nous aussi.

Dans le corridor, il a cessé de faire les cent pas. Il parlait à voix basse avec l’infirmière. Celle-ci est entrée dans la chambre suivie du jeune homme au collier de barbe. Ils ont allumé la lumière. Ils se tenaient debout, à mon chevet. Je me suis tourné vers elle et, sous le manteau de fourrure, elle a eu un haussement d’épaules, comme si elle voulait me signifier que nous étions pris au piège et que nous ne pouvions plus nous échapper. Le brun massif demeurait immobile, les jambes légèrement écartées, les bras croisés, dans l’encadrement de la porte. Il ne nous quittait pas du regard. Sans doute se préparait-il à nous barrer le passage au cas ou nous aurions tenté de sortir de cette chambre. Elle m’a souri, de nouveau, de ce sourire un peu ironique qu’elle avait eu, tout à l’heure, dans le panier à salade. Je ne sais pas pourquoi, ce sourire m’a inquiété. Le type au collier de barbe et à la blouse blanche se penchait vers moi et, aidé par l’infirmière, il m’appliquait sur le nez une sorte de grosse muselière noire. J’ai senti l’odeur de l’éther avant de perdre connaissance.

Patrick MODIANO,  Accident nocturne  (premières pages), Gallimard, 2003

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Pablo PICASSO, voyez ces dessins

 

 

« Voyez ces dessins : ce n’est nullement parce que j’ai voulu les styliser qu’ils sont devenus ce qu’ils sont. C’est tout simplement le superficiel qui est parti de lui-même. »

Pablo Picasso, cité par Anatole Jakovsky, « Midi avec Picasso », 1946 in Marie-Laure Bernadac et  Androula Michaël, « Propos sur l’Art/ Picasso, Paris, Gallimard 1998

 

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Pamé

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Roger-Pol Droit « Le Procès de la chair », de David Haziza

« Le Procès de la chair », de David Haziza : la chronique « philosophie » de Roger-Pol Droit  Le Monde, 28 janvier 2022

Un jeune philosophe se livre à une fougueuse critique de l’annulation du désir, de l’éradiquation de la violence que fantasmerait notre époque.
« Le Procès de la chair. Essai contre les nouveaux puritains », de David Haziza, Grasset, 256 p., 20 €, numérique 15 €.

DÉFENSE DE LA CHAIR, MENACÉE D’EFFACEMENT

Un cri de colère, plutôt qu’un essai académique. Un appel à résister au monde lisse et asexué qui nous menace, quand « tout est devenu effroyablement salubre ». Un plaidoyer pour la jouissance, ses terreurs, sa puissance, ses paradoxes, son ancrage immémorial dans la nature des corps. Un ton vibrant, provocant, habité, parfois échevelé ou irritant, à l’image de tous les héritages dont l’auteur se réclame pour mieux secouer nos pseudo-assurances de l’heure. Contre un présent si « cool », si propre, le passé dont ce livre veut faire une arme rassemble sorcières, artistes, kabbalistes, génies du mal… entre autres.

La fougue de David Haziza, on l’aura compris, ne saurait laisser indifférent. Avec Le Procès de la chair, ce philosophe de 34 ans, normalien, qui vit à New York et enseigne la littérature française à l’université Columbia, jette dans le marigot de l’époque un pavé virulent et vigoureux. Déjà remarqué pour sa traduction nouvelle et son libre commentaire du Cantique des cantiques (Talisman sur ton cœur, Cerf, 2 017), l’écrivain se fait cette fois polémiste, pour défendre la vie – rien de moins.

Car, selon lui, la vraie vie est aujourd’hui menacée d’effacement. Parce que notre temps en est venu à rêver d’annuler le désir, afin de ne plus avoir à le dompter. Parce que l’époque fantasme d’éradiquer intégralement la violence au lieu de l’affronter en l’assumant. Parce que cent techniques diverses fabriquent un corps « nickel », détoxiné, neutralisé, en oubliant combien les organismes réels puent, vieillissent et crèvent – ce qui de fait les rend vivants, donc désirables, terribles et sublimes à la fois.

Le fantasme d’une vie sans conflits

A force de croire que tout doit être pacifié, nous serions en train de dévitaliser systématiquement l’existence. A la place du sang, le plastique déjà triomphe. Les expériences premières et permanentes de la chair – manger et déféquer, jouir et souffrir, se reproduire et mourir – seraient désormais sous le coup d’anesthésies mortifères. Celles-ci s’ingénient à gommer les données de la nature, pour mieux leur substituer des machines et des contrats, de l’hygiène et des contrôles, de la surveillance et des réseaux. David Haziza met ainsi en lumière des convergences rarement soulignées entre sécurité obsédante, sexe aseptisé et annulation du désir. Tout se liguerait pour en finir avec la chair, ses vertiges, ses extases.

Contre cette existence asexuée, sans risque et sans saveur, il faudrait donc rappeler – avec violence, évidemment – combien le sang, la douleur et l’effroi font partie intégrante de la vie humaine. Le fantasme d’une vie sans conflits, sans négatif et sans ombres, tue plus sûrement que le tragique de la réalité. Voilà pourquoi le polémiste dénonce la cohorte de pisse-froid et de culs-serrés qui concoctent un monde invivable et mièvre, sans désir ni violence. Avec la meilleure conscience du monde, ces « nouveaux puritains » du sous-titre prépareraient, en fait, des lendemains barbares.

Qui sont-ils ? Entre autres et en vrac : quantité d’étudiants américains, dont les travers sont en train de gagner l’Europe, d’amis du neutre, de partisans de la déconstruction, de la décence, du véganisme et de la non-violence. Si on ajoute que David Haziza s’en prend notamment, parmi quantité de cibles, à Judith Butler, Mona Chollet ou aux excès de #metoo, on voit qu’il n’aura pas que des amis. Pour lui, ce n’est sûrement pas un problème. En effet, tout son propos consiste à dire : la vie sans conflits n’est pas la vie. (nous soulignons)

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noués

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Pablo PICASSO, un tableau

 

« Chaque fois que j’entreprends un tableau, j’ai la sensation de me jeter dans le vide. Je ne sais jamais si je retomberai sur mes jambes. Ce n’est que plus tard que je commence à évaluer l’effet de mon travail. »

Pablo Picasso in Christian Zervos, Pablo Picasso 1, œuvres 1895-1906, Paris, Cahiers d’Art, 1932

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Céleste ALBARET chez monsieur Proust, France cuclture


Cette grande traversée vous emmène sur les traces de Céleste Albaret, la gouvernante de Marcel Proust qui l’a accompagné de nombreuses années. A travers des enregistrements retrouvés tard, Céleste nous ouvre les portes de l’intimité de Marcel Proust.

La voix de Marcel Proust ? Hélas, on ne la connait pas : l’écrivain, dont on célèbre cette année le centenaire du Prix Goncourt pour A l’ombre des jeunes filles en fleurs, n’a jamais été enregistré…En revanche, Céleste Albaret, servante, gouvernante chez Proust près de huit années durant, jour et nuit, nuit et jour, l’a été, et abondamment,  en vue de la publication de son livre de souvenirs recueillis par l’écrivain Georges Belmont, livre paru en 1973 sous le titre Monsieur Proust (Editions Robert Laffont).

Qu’étaient donc devenues ces bandes magnétiques…. ? Mystère…

Et voici que récemment…miraculeusement…elle ont resurgi…à la Bibliothèque nationale de France… ! Près de 49 heures d’enregistrement !

Chaque jour, dans les Grandes Traversées, nous vous proposons de suivre, racontés par une Céleste Albaret à la mémoire intacte et respectueuse, les jours et les nuits de deux reclus, intermittents et très volontaires : elle-même et, bien sûr, Marcel Proust !

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Etre moderne le MoMA à Paris, Fondation Louis Vuiton

Etre moderne le MoMA à Paris Exposition du 11 octobre 2017 au 5 mars 2018
Collection JOURNAL 5  Photographies et montage Bernard Obadia

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Néo

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Pablo PICASSO, Buste, 1907-1908

Pablo PICASSO, Buste, 1907-1908,  Dallas, Museum of arts

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Quand les philosophes s’égarent, France culture

SÉRIE  SAVOIRS

Quand les philosophes s’égarent

LE 20/12/2021   L’expérience personnelle de l’échec est-elle ce qui a permis à Machiavel non seulement d’écrire « Le Prince », mais surtout de penser au mieux la manière…
LE 21/12/2021  Comment Saint Augustin va-t-il faire d’un petit rien, un anecdotique vol de poires, un dramatique échec théologique qui donnera naissance aux « Aveux »,…
LE 22/12/2021   La métaphysique est la connaissance a priori des choses en soi, champ de bataille depuis toujours où s’empoignent dogmatiques et sceptiques. Au centre,…
LE 23/12/2021   Les échecs de Nietzsche sont-ils à la hauteur de sa moustache : surdimensionnés ? Sa vie d’errance, de maladie, d’échec amoureux et d’isolement contraste…

 

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MILAN, Pinacothèque Brera – Museo Novocento

MILAN, Pinacothèque Brera – Museo Novocento  26 & 27 mai 2017
Collection JOURNAL (3)

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Diégo

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limite

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CARAVAGE, Jacquemart-André,  Collection JOURNAL (2)

 

https://www.youtube.com/watch?v=2DyyKWmq4jI

CARAVAGE, Jacquemart-André,  Collection JOURNAL (2)

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Henri Matisse, expression… composition…

L’expression, pour moi, ne réside pas dans la passion qui éclatera sur un visage où qui s’affirmera par un mouvement violent. Elle est dans toute la disposition du tableau.

 

Ce que je poursuis par-dessus tout, c’est l’expression. L’expression, pour moi, ne réside pas dans la passion qui éclatera sur un visage où qui s’affirmera par un mouvement violent. Elle est dans toute la disposition du tableau : la place qu’occupent les corps, les vides qui sont autour d’eux, les proportions, tout cela il y a sa part. La composition et l’art d’arranger de manière décorative les divers éléments dont le peintre dispose pour exprimer ses sentiments.  Dans un tableau, chaque partie sera visible et viendra jouer le rôle qui lui revient, principal ou secondaire. Tout ce qui n’a pas d’utilité dans le tableau est, par là même, nuisible. Une œuvre comporte une harmonie d’ensemble : tout détail superflu prendrait, dans l’esprit du spectateur la place d’un autre détail essentiel…

Henri Matisse

 

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Pablo PICASSO , l’Arbre 1907

Pablo PICASSO,  l’Arbre 1907, Musée Picasso, Paris

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Marcel PROUST, Du côté de chez Swann, Gilberte et l’amour

Gilberte et l’amour

Tout le temps que j’étais loin de Gilberte, j’avais besoin de la voir, parce que cherchant sans cesse à me représenter son image, je finissais par ne plus y réussir, et par ne plus savoir exactement à quoi correspondait mon amour. Puis, elle ne m’avait encore jamais dit qu’elle m’aimait. Bien au contraire, elle avait souvent prétendu qu’elle avait des amis qu’elle me préférait, que j’étais un bon camarade avec qui elle jouait volontiers quoique trop distrait, pas assez au jeu ; enfin elle m’avait donné souvent des marques apparentes de froideur qui auraient pu ébranler ma croyance que j’étais pour elle un être différent des autres, si cette croyance avait pris sa source dans un amour que Gilberte aurait eu pour moi, et non pas, comme cela était, dans l’amour que j’avais pour elle, ce qui la rendait autrement résistante, puisque cela la faisait dépendre de la manière même dont j’étais obligé, par une nécessité intérieure, de penser à Gilberte. Mais les sentiments que je ressentais pour elle, moi-même je ne les lui avais pas encore déclarés. Certes, à toutes les pages de mes cahiers, j’écrivais indéfiniment son nom et son adresse, mais à la vue de ces vagues lignes que je traçais sans qu’elle pensât pour cela à moi, qui lui faisaient prendre autour de moi tant de place apparente sans qu’elle fût mêlée davantage à ma vie, je me sentais découragé parce qu’elles ne me parlaient pas de Gilberte qui ne les verrait même pas, mais de mon propre désir qu’elles semblaient me montrer comme quelque chose de purement personnel, d’irréel, de fastidieux et d’impuissant. Le plus pressé était que nous nous vissions, Gilberte et moi, et que nous puissions nous faire l’aveu réciproque de notre amour, qui jusque-là n’aurait pour ainsi dire pas commencé. Sans doute les diverses raisons qui me rendaient si impatient de la voir auraient été moins impérieuses pour un homme mûr. Plus tard, il arrive que devenus habiles dans la culture de nos plaisirs, nous nous contentions de celui que nous avons à penser à une femme comme je pensais à Gilberte, sans être inquiets de savoir si cette image correspond à la réalité, et aussi de celui de l’aimer sans avoir besoin d’être certain qu’elle nous aime ; ou encore que nous renoncions au plaisir de lui avouer notre inclination pour elle, afin d’entretenir plus vivace l’inclination qu’elle a pour nous, imitant ces jardiniers japonais qui, pour obtenir une plus belle fleur, en sacrifient plusieurs autres. Mais à l’époque où j’aimais Gilberte, je croyais encore que l’Amour existait réellement en dehors de nous ; que, en permettant tout au plus que nous écartions les obstacles, il offrait ses bonheurs dans un ordre auquel on n’était pas libre de rien changer ; il me semblait que si j’avais, de mon chef, substitué à la douceur de l’aveu la simulation de l’indifférence, je ne me serais pas seulement privé d’une des joies dont j’avais le plus rêvé, mais que je me serais fabriqué à ma guise un amour factice et sans valeur, sans communication avec le vrai, dont j’aurais renoncé à suivre les chemins mystérieux et préexistants.

Marcel PROUST, Du côté de chez Swann, P 392-394,  édition Gallimard, collection Folio, 1988

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