MET Metropolitan Museum of Art, New York, le 01 juin 2018

Paris

Bram van VELDE, composition ou expression, 1948
Françoise
Françoise en un sens était moins domestique que les autres. Dans sa manière de sentir, d’être bonne et pitoyable, d’être dure et hautaine, d’être fine et bornée, d’avoir la peau blanche et les mains rouges, elle était la demoiselle de village dont les parents « étaient bien de chez eux » mais, ruinés, avaient été obligés de la mettre en condition. Sa présence dans notre maison, c’était l’air de la campagne et la vie sociale dans une ferme, il y a cinquante ans, transportés chez nous, grâce à une sorte de voyage inverse où c’est la villégiature qui vient vers le voyageur. Comme la vitrine d’un musée régional l’est par ces curieux ouvrages que les paysannes exécutent et passementent encore dans certaines provinces, notre appartement parisien était décoré par les paroles de Françoise inspirées d’un sentiment traditionnel et local et qui obéissaient à des règles très anciennes. Et elle savait y retracer comme avec des fils de couleur les cerisiers et les oiseaux de son enfance, le lit où était morte sa mère, et qu’elle voyait encore. Mais malgré tout cela, dès qu’elle était entrée à Paris à notre service, elle avait partagé – et à plus forte raison toute autre l’eût fait à sa place – les idées, les jurisprudences d’interprétation des domestiques des autres étages, se rattrapant du respect qu’elle était obligée de nous témoigner, en nous répétant ce que la cuisinière du quatrième disait de grossier à sa maîtresse, et avec une telle satisfaction de domestique, que, pour la première fois de notre vie, nous sentant une sorte de solidarité avec la détestable locataire du quatrième, nous nous disions que peut-être, en effet, nous étions des maîtres. Cette altération du caractère de Françoise était peut-être inévitable. Certaines existences sont si anormales qu’elles doivent engendrer fatalement certaines tares, telle celle que le Roi menait à Versailles entre ses courtisans, aussi étrange que celle d’un pharaon ou d’un doge, et, bien plus que celle du Roi, la vie des courtisans. Celle des domestiques est sans doute d’une étrangeté plus monstrueuse encore et que seule l’habitude nous voile. Mais c’est jusque dans des détails encore plus particuliers que j’aurais été condamné, même si j’avais renvoyé Françoise, à garder le même domestique. Car divers autres purent entrer plus tard à mon service ; déjà pourvus des défauts généraux des domestiques, ils n’en subissaient pas moins chez moi une rapide transformation.
Marcel PROUST, Le côté de Guermantes, Gallimard, coll La Pléiade, 1973, p 64-65

Pablo PICASSO, Tête de taureau, 1943, Musée national Picasso, Paris.
« Le passage de la démocratie représentative à la démocratie interactive masque une absence continue de véritable démocratie. Le sondage est un anti-suffrage, comme le témoignage un anti-récit. Il est d’abord une arme du pouvoir. « Il rend moins utile et plus rare l’emploi du libre arbitre », pour en revenir à l’Etat selon Tocqueville. Comment faire entendre, sans être taxé d’élitisme, aux faiseurs d’opinion comme à l’opinion elle-même qu’avoir vécu une expérience ne suffit pas à la comprendre, et qu’il vaut mieux l’avoir pensé avant de la communiquer ? Est-ce aller contre la démocratie que de distinguer entre avoir un sentiment et développer des arguments ? Comment restaurer une pensée critique ? « L’expression libre » des pédagogies progressistes n’est pas la liberté d’expression des démocraties. Exprimer librement les idées reçues, ce n’est pas être libre. Être libre, c’est être libre de penser les idées inexprimées. De même que la publicité nous convainc de n’être comme personne en achetant comme tout le monde, la libre expression affranchie de tout savoir et ignorante de toute valeur, nous somme de parler comme nous-mêmes en pensant comme les autres. Au principe de toute information, transmission, éducation, il y a une inégalité symbolique que l’égalité politiques à masquée. Quant à l’inégalité économique croissante, on peut penser que c’est souvent pour la maintenir qu’est affichée la fin des inégalités symboliques. »
Michel Schneider, Big Mother, Psychopathologie de la vie politique, Ed Odile Jacob, 2002, P 100-101
César, James DINE, Picasso… Centre Beaubourg 16 février 2018 –
09 novembre 2019 Journal 17












Qu’est ce qui fascine dans un tableau, pourquoi telle œuvre nous arrête jusqu’à ce qu’on ne puisse plus s’en détacher ? En 2003, le grand pédagogue Daniel Arasse tentait de répondre à ces questions avec cette passionnante série en 25 épisodes à écouter en ligne pour découvrir l’histoire de l’art.
Jamais quelqu’un n’avait aussi bien parlé de la peinture, tout style et toute époque confondue. Avant sa disparition en 2003, il avait enregistré pour France Culture, une « Histoire de la peinture » qui est devenue une référence dans le monde entier.
Daniel Arasse vous guide à travers cinq siècles d’histoire de la peinture. Il vous prend par la main et vous emmène au plus près de toiles de grands maîtres en développant une approche didactique mêlant ses propres découvertes, son étonnement, à la rigueur de la démonstration et à la précision du trait.
Né en 1944 à Alger, élève de l’École normale supérieure, puis de l’école française de Rome de 1971 à 1973, il a consacré l’essentiel de ses études et de ses publications à l’art de la Renaissance italienne, dont il était le meilleur spécialiste français. Grand conférencier qui savait capter son auditoire, il rencontra la radio en 2001. Et France Culture, sous l’impulsion de Laure Adler, lui confia une émission mensuelle : « Art et essais ». Mais « son plus beau cadeau », selon son ami Bernard Comment, fut une cette « Histoire de la peinture », diffusée sur France Culture en vingt-cinq épisodes à l’été 2003. En compagnie du réalisateur Jean-Claude Loiseau et des techniciens en studio, Bernard Comment restait souvent électrisé devant la voix de Daniel Arasse, qui donnait à voir toute une série de tableaux et de fresques et faisait naître l’envie de « se précipiter pour les contempler autrement ».
Une série en 25 épisodes de Daniel Arasse, réalisée par Jean-Claude Loiseau, diffusée pour la première fois en juillet-août 2003.

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