la descente


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hors les murs

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La salle à manger par Patrick Modiano

« Il nous a proposé de boire le café. J’ai pris place sur le vieux canapé bleuâtre tandis qu’Yvonne et lui débarrassaient la table. Yvonne chantonnait en transportant les assiettes et les couverts dans la cuisine. Il faisait couler de l’eau. Le chien s’était endormi à mes pieds. Je revois cette salle à manger avec précision. Les murs tendus d’un papier peint à trois motifs : roses rouges, lierre et oiseaux (je suis incapable de dire s’il s’agissait de merles ou de moineaux). Papier peint un peu défraîchi à fond beige ou blanc. La suspension circulaire était en bois et munie d’une dizaine d’ampoules à abat-jour en parchemin. Lumière ambrée, chaude. Au mur, un petit tableau sans cadre représentait un sous-bois et j’admirais la manière dont le peintre avait découpé les arbres sur un ciel clair de crépuscule et la tache de soleil qui s’attardait au pied d’un arbre. Ce tableau contribuait à rendre l’atmosphère de la pièce plus paisible. L’oncle, par un phénomène de contagion qui fait que, lorsqu’on entend un air connu, on le reprend à son tour, chantonnait en même temps qu’Yvonne. Je me sentais bien. J’aurais voulu que la soirée se prolongeât indéfiniment pour que je puisse observer pendant des heures leurs allées et venues, les gestes gracieux d’Yvonne et sa démarche indolente, celle chaloupée de l’oncle. Et les entendre murmurer le refrain de la chanson, que je n’ose plus reprendre moi-même, parce qu’il me rappellerait l’instant si précieux que j’ai vécu. »

Patrick Modiano,  Villa triste, Gallimard, coll Blanche, 1975,  p. 130

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coupée

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la disparition

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l’état des choses

cube

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plein

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sortie

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contours

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soeurs

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les verres vides par Patrick Modiano

« En bas, l’orchestre commençait à jouer et les dîneurs arrivaient. Entre deux morceaux, nous entendions les murmures des conversations. Une voix se détachait de ce bourdonnement – voix de femme – ou un éclat de rire. Et l’orchestre reprenait. Je laissais la porte-fenêtre ouverte pour que ce brouhaha et cette musique montent jusqu’à nous. Ils nous protégeaient. Et puis ils se déclenchaient chaque jour à la même heure et cela voulait dire que le monde continuait de tourner. Jusqu’à quand ?
La porte de la salle de bains découpait un rectangle de lumière. Yvonne se maquillait. Moi, accoudé au balcon, j’observais tous ces gens (la plupart étaient en tenue de soirée), le va-et-vient des garçons, les musiciens dont je finissais par connaître chaque mimique. Ainsi, le chef d’orchestre se tenait penché, le menton presque collé contre la poitrine. Et lorsque le morceau finissait, il relevait la tête brusquement, la bouche ouverte, comme un homme qui suffoque. Le violoniste avait un gentil visage un peu porcin, il fermait les yeux et dodelinait de la tête en humant l’air.
Yvonne était prête. J’allumais une lampe. Elle me souriait et prenait un regard mystérieux. Pour s’amuser, elle avait enfilé des gants noirs qui montaient jusqu’à mi-bras. Elle était debout au milieu du désordre de la chambre, le lit défait, les peignoirs et les robes éparpillés. Nous sortions sur la pointe des pieds en évitant le chien, les cendriers, le tourne-disque et les verres vides. »

Patrick Modiano, Villa triste, Gallimard, coll Blanche, 1975,  p. 108-109

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Emélina

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Trois traitements

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indéfiniment

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J am so sorry

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comme un rocher

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Jean Degottex

Jean Degottex

Jean Degottex, suite Rose-Noire, 1964, musée Unterlinder, Colmar

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un parfum de vieux cuir / l’ombre Patrick Modiano

« Le chien s’est endormi devant la porte. Plus aucun bruit, plus aucune voix ne nous parvenait du salon. Peut-être avaient-ils tous quitté la villa et ne restait-il que nous ? Il flottait dans le bureau un parfum de vieux cuir et je me suis demandé qui avait rangé les livres sur les rayonnages. À qui appartenaient-ils ? Qui venait le soir fumer une pipe ici, travailler ou lire un des romans, ou écouter le bruissement des feuilles ?
Sa peau avait pris une teinte opaline. L’ombre d’une feuille venait tatouer son épaule. Parfois elle s’abattait sur son visage et l’on eût dit qu’elle portait un loup. L’ombre descendait et lui bâillonnait la bouche. J’aurais voulu que le jour ne se levât jamais, pour rester avec elle recroquevillé au fond de ce silence et de cette lumière d’aquarium. Un peu avant l’aube, j’ai entendu une porte claquer, des pas précipités au-dessus de nous et le bruit d’un meuble qui se renversait. Et puis des éclats de rire. Yvonne s’était endormie. Le dogue rêvait en poussant, à intervalles réguliers, une plainte sourde. J’ai entrebâillé la porte. Il n’y avait personne dans le salon. La veilleuse était toujours allumée mais sa clarté paraissait plus faible, non plus rose, mais vert très tendre. Je me suis dirigé vers la terrasse pour prendre l’air. Personne non plus, sous la lanterne chinoise qui continuait de briller. Le vent la faisait osciller et des formes douloureuses, quelques-unes d’apparence humaine, couraient sur les murs. En bas, le jardin. J’essayais de définir le parfum qui se dégageait de cette végétation et envahissait la terrasse. Mais oui, j’hésite à le dire puisque cela se passait en Haute-Savoie : je respirais une odeur de jasmin. »

Patrick Modiano, Villa triste, Gallimard, coll Blanche,  1975, p. 39-40

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conversation

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nuit blanche

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