Johannes VERMERR, La Femme en bleu lisant une lettre

Johannes VERMERR, La Femme en bleu lisant une lettre (1662-1664)

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Il était une fois le roman

Épisode 1/4 : Made in England

Retour sur la naissance d’un genre avec l’invention du roman feuilleton et l’avènement du roman victorien, miroir de l’Angleterre impériale.

Épisode 2/4 : Autopsie du roman

Au 20e siècle, les romanciers français ont dû faire face à deux écueils : d’un côté Marcel Proust et la Recherche du temps perdu, horizon difficilement dépassable, et de l’autre Roland Barthes, qui signe en 68, la mort de l’auteur.

Épisode 3/4 : Le retour du réel

De la grande Histoire au fait-divers, sous forme de récit, d’autofiction ou de roman, le réel fait son grand retour dans la litté

Épisode 4/4 : Le triomphe du best-seller

Pour un romancier, écrire un best-seller peut être une catastrophe. Comment s’accommoder, après avoir vendu plus de 500 000 livres, à des tirages de plus en plus maigres… À l’inverse, et peut-être pire encore, comment survivre à l’étiquette infamante d’auteur à succès.

À propos de la série

Pour LSD, Kristel Le Pollotec chemine dans les méandres du roman, des sous-sols d’une abbaye gothique, à la recherche des manuscrits du fondateur de l’autofiction, jusqu’à la suite d’un hôtel parisien ou en compagnie d’un auteur de best-seller.

Des sous-sols d’une abbaye gothique, à la recherche des manuscrits du fondateur de l’autofiction, jusqu’à la suite d’un hôtel parisien, en compagnie d’un auteur de best-seller, une série comme un cheminement dans les méandres du roman.

« Guerre, paix, montagne magique, raison, sentiments, mare au diable et barrage contre le pacifique, j’ai beau avancer dans mes lectures d’été, je ne trouve toujours rien qui soit de nature à dissiper mon trouble dans le genre. » Arcadie, Emmanuelle Bayamack-Tam (éd. P.O.L)

Une série documentaire de Kristel Le Pollotec, réalisée par Nathalie Battus

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René MAGRITTE, L’Empire des lumières

René MAGRITTE, L’Empire des lumières, 1954,

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Mark ROTHKO, N°10

Mark ROTHKO, N°10 (1957)

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Hannah Arendt, la passagère

  • Hannah Arendt naît en 1906, à Königsberg, dans une famille juive assimilée. L’adolescente rebelle commence par écrire des poèmes avant de découvrir l’éros philosophique avec Martin Heidegger et l’éthique de l’amitié avec Karl Jaspers. Mais l’ombre de l’antisémitisme s’abat sur l’Allemagne.
  • Berlin,1933. Après avoir été détenue par la Gestapo, Hannah Arendt rejoint son mari, Günther Stern, à Paris, où elle aide des jeunes juifs à rejoindre la Palestine et s’éprend d’Heinrich Blücher. Raflée au Vel d’Hiv, puis internée au camp de Gurs, Hannah Arendt devient une « paria consciente ».
  • Mai 1941, Hannah Arendt et Heinrich Blücher débarquent à New York. Déterminée à comprendre ce qui s’est passé, Hannah Arendt rédige Les Origines du Totalitarisme, part en Allemagne identifier les biens juifs spoliés et couvre le procès d’Eichmann à Jérusalem. L’action devient le cœur de sa pensée.
  • New York, années 70. Hannah Arendt vit retirée, entourée de ses amis qu’elle appelle sa « tribu ». Dans son Journal de pensée, elle expérimente un nouveau langage philosophique qui donne libre cours à son imagination. Sans esprit de système, Hannah Arendt laisse la pensée flotter « sans appui ».

À propos de la série

Hannah Arendt a gardé toute sa vie intacte la passion de comprendre. Une cigarette à la main ou un aphorisme de Kafka en tête, Hannah Arendt était toujours en dialogue, avec elle-même et avec les autres, les vivants comme les morts, qu’ils soient philosophes comme Socrate ou Heidegger, poètes comme Rilke ou Auden ou amis fidèles comme Rahel Varnhagen ou Karl Jaspers. Ne se considérant ni allemande ni américaine, pensant et écrivant dans les deux langues, l’auteur des Origines du totalitarisme et d’Eichmann à Jérusalem n’est pas seulement à l’origine d’une nouvelle pensée politique mais également d’un nouveau langage philosophique. Entre philosophie et poésie, Hannah Arendt a construit ce qu’elle appelait “une maison sur l’Atlantique” .

Cette Grande Traversée sur Hannah Arendt, produite par Christine Lecerf, se fait en compagnie d’amis d’Hannah Arendt (Jerome Kohn, Leon Botstein), de philosophes (Richard Bernstein, Etienne Tassin, Martine Leibovici), de politologues (Roger Berkowitz, Antonia Grunenberg), de germanistes (Thomas Wild, Barbara Hahn), d’essayistes (Marie Luise Knott, Karin Biro),d’un historien (Enzo Traverso) et d’artistes (Margarethe Von Trotta, Barbara Sukowa, Volker März, Beatrice Fontanel, Lindsay Grime, Tania Brugera).

Merci à Volker März, artiste, Jerry Kohn et Jessica Reifer du Hannah Arendt Blücher Literary Trust, Roger Berkowitz du Hannah Arendt Center, Peter Stein des Archives Fred Stein, Edna Brocke, nièce d’Hannah Arendt et Jeff Katz de la Hannah Arendt Blücher Library.

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Constantin BRANCUSI, La Muse endormie

Constantin BRANCUSI, La Muse endormie, 1910, Centre Pompidou

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La main dans la Rome antique et chez Jean-Jacques Rousseau

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Artemisia GENTILESCHI, Autoportrait en Allégorie de la Peinture

Artemisia GENTILESCHI, Autoportrait en Allégorie de la Peinture, 1638-1639

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Marcel PROUST, Ce qu’on appelle la postérité

« Ce qu’on appelle la postérité, c’est la postérité de l’œuvre. Il faut que l’œuvre (en ne tenant pas compte, pour simplifier, des génies qui à la même époque peuvent parallèlement préparer pour l’avenir un public meilleur dont d’autres génies que lui bénéficieront) crée elle-même sa postérité. Si donc l’œuvre était tenue en réserve, n’était connue que de la postérité, celle-ci, pour cette œuvre, ne serait pas la postérité mais une assemblée de contemporains ayant simplement vécu cinquante ans plus tard. Aussi faut-il que l’artiste – et c’est ce qu’avait fait Vinteuil – s’il veut que son œuvre puisse suivre sa route, la lance, là où il y a assez de profondeur, en plein et lointain avenir. Et pourtant ce temps à venir, vraie perspective des chefs-d’œuvre, si n’en pas tenir compte est l’erreur des mauvais juges, en tenir compte est parfois le dangereux scrupule des bons. Sans doute, il est aisé de s’imaginer, dans une illusion analogue à celle qui uniformise toutes choses à l’horizon, que toutes les révolutions qui ont eu lieu jusqu’ici dans la peinture ou la musique respectaient tout de même certaines règles et que ce qui est immédiatement devant nous, impressionnisme, recherche de la dissonance, emploi exclusif de la gamme chinoise, cubisme, futurisme, diffère outrageusement de ce qui a précédé. »  

Marcel PROUST, A l’ombre des jeunes filles en fleurs, p 102-103, Gallimard, coll Folio, 1988

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Olivier DEBRE, Bleu léger aux taches lourdes

Olivier DEBRE, Bleu léger aux taches lourdes, 1965,

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Marcel Proust, cousu main

  • Difficile d’imaginer Proust autrement : du temps perdu dans les salons, le goût retrouvé d’une madeleine, la monumentale Recherche. Il suffit de retourner le manteau des apparences pour qu’un nouveau Proust apparaisse.
  • A l’origine du futur écrivain, il y a la voix d’une mère, l’appel du paysage, l’amour naissant et la peur de l’abandon. Des sensations qui s’échappent et que le jeune Proust voudrait retenir.
  • Les salons se font et se défont. Le mot Dreyfus est sur toutes les bouches. Des voix surgissent du téléphone. Dans les voitures, le paysage défile à toute allure. Des bombes tombent sur Paris. Proust tisse l’étoffe du monde.
  • Du temps perdu au temps retrouvé, Proust est l’inventeur d’une machine à explorer le temps. Ses phrases élastiques s’étirent, se bouclent et nous propulsent dans la quatrième dimension.
  • Proust meurt en 1922, échappant à l’opprobre. Au cours des deux décennies qui suivent la mort de l’écrivain, l’antisémitisme ne fait que s’intensifier. L’étau se resserre partout en Europe. Alors, Proust devient, pour certains de ses lecteurs, un véritable recours jusque dans l’enfer des camps.

Des lecteurs fervents, des artistes habités et des chercheurs sans entrave osent retourner le manteau des apparences proustiennes pour vous guider à travers les plis d’une œuvre colossale, regards sur le monde, qui défie le temps.

“ Ambitieusement ”, ce livre serait “ comme une cathédrale ”, écrit Proust dans La Recherche . Effrayante vue de l’esprit qui fait immédiatement se dresser l’image d’une œuvre monumentale, symétrie parfaite, allées de phrases, travées de significations, saintes interprétations. Mais un trébuchement sur un pavé disjoint vient provoquer une irrésistible chute de la phrase. Plus humblement, conclut Proust, ce livre serait “ tout simplement comme une robe ”. Désirable, sensuelle, concrète, l’œuvre devient tissu moiré, trame de fils savamment entrecroisés, morceaux cousus et recousus à la main pour le corps qui va le porter. Un Proust trivial, sublime.

Dans cette Grande Traversée signée Christine Lecerf et réalisée par Anne Franchini, avec l’aide d’Anouck Delfino, ouvrez la Recherche du temps perdu et entrez dans le vestiaire de Marcel Proust.

Remerciements :

  • Hôtel Swann
  • Cécile Leblanc, Proust écrivain de la musique : l’allégresse du compositeur, Brepols, 2017
  • Mathieu Morel
  • Musée Carnavalet
  • Musée Henner
  • André Vincens
  • Bibliothèque nationale de France
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Poussin – Vermeer – Botticelli- Giotto – Masaccio – Lippi – Fra Angelico

Poussin – Vermeer – Botticelli- Giotto – Masaccio – Lippi – Fra Angelico
Louvre Paris
Re-presentation
Collection Journal 38

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Louis CANE, sans titre

Louis CANE, sans titre, 2007, résine

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Jean-Pierre LEBRUN (ALI), “Le nœud démocratique” de Marcel Gauchet

Le dernier ouvrage de Marcel Gauchet “ Le nœud démocratique, aux origines de la crise néolibérale[1]” contribue à nouveau à nous permettre d’identifier ce qui nous arrive.

Son diagnostic est précis : nous en sommes aujourd’hui à l’achèvement de la sortie de la religion. On pourrait penser que l’auteur ne fait ainsi rien d’autre que de prolonger son travail entamé dans Le désenchantement du monde : dans son ouvrage de 1985, il s’efforçait en effet, de montrer que le religieux, avant d’être une croyance était une façon de faire collectivité.

Mais dans son ouvrage récent, il va plus loin… il démontre que la religion a laissé une empreinte déterminante tant sur les formes de l’organisation collective que sur les façons de la concevoir (page 39).

Interprétation contre-intuitive tant on pourrait aussitôt lui répondre que la sortie de la religion est à l’oeuvre depuis plus d’un siècle et donc, qu’il se trompe d’époque.

Mais c’est précisément à cette lecture que Gauchet répond en affirmant que nous assistons, avec la crise actuelle, aux conséquences, cette fois dans le collectif, de la décantation d’une structuration autonome en lieu et place de celle hétéronome d’hier. Autrement dit, on s’est effectivement libéré de la contrainte du religieux, mais on ne s’était pas libéré pour autant du mode de structuration hétéronome que ce religieux continuait d’imposer indépendamment de ses contenus.

Nous l’avons dans nos livres montré maintes fois à notre manière en précisant que nous étions passés d’un mode d’organisation collective centré autour d’une place d’exception, perçu comme profondément vertical et pyramidal, à un autre en réseaux, qui se caractérisait par son horizontalité, sans place d’exception mais aussi, de ce fait, sans arriver à faire du Un.

C’est même ce trait qui s’avère déterminant dans l’évolution actuelle, ainsi que le précise Gauchet : Société il y a, en effet, à partir du moment où une identité collective est en mesure de se maintenir au-delà et en dépit du renouvellement constant de ses membres, membres dont le sort inéluctable est de naître et de mourir. Ils passent, elle demeure. De ce point de vue, l’extériorisation religieuse du fondement et la structuration hétéronome qui va avec sont des moyens infaillibles d’obtenir cette transcendance temporelle. (…) Sortie de la religion, cela a voulu dire renoncement à ce moyen de production de l’être-en-société. Il a fallu dès lors développer d’autres priorités que l’entretien de cette transcendance temporelle dépassant les existences individuelles (45).

Et nous pourrions même, alors, accepter la qualification qui nous est souvent adressée, d’être nostalgique, mais à la condition d’entendre que ce n’est pas du monde d’hier que nous le sommes, mais de la capacité qu’il avait de faire exister quasiment spontanément le surplomb du collectif.

Autrement dit, la conception implicitement pyramidale du monde d’hier s’est de plus en plus défaite, au point que nous nous retrouvons face à une société qui n’existe plus comme Une mais qui, en revanche, veut désormais se lire comme résultant de l’ensemble des individus qui la constituent comme telle. Il reste néanmoins que la structuration hétéronome de la société d’hier pèse encore lourdement sur nos façons de dire et de faire et que la décantation de la structuration dorénavant autonome peine à se prendre véritablement en mains … pour établir autrement la prévalence de l’ensemble sur chacun.

Pour reprendre le titre de l’ouvrage de Michel Maffesoli, le temps des tribus,[2] c’est ce qui s’appelait le tribalisme mais, comme le fait remarquer Gauchet, l’appellation est trompeuse car la vieille tribu se référait à la loi de la tribu alors que la nouvelle tribu est la loi des membres de la tribu, ce qui est loin d’être la même chose[3].

C’est en effet le passage d’une loi valable pour tous et d’emblée présente comme référence pour l’ensemble des citoyens, à une loi qui n’est que celle des individus, mis côte à côte, et dont le vivre ensemble devrait suffire pour orienter le “faire société”.

Redisons-le : c’est la substitution d’une structuration autonome à celle d’hier qui était hétéronome à laquelle nous assistons sans trop bien savoir ce qu’il nous en coûte. Pourtant, nous sommes en présence d’une mutation profonde qui serait porteuse d’un espoir visant à mettre en place une version de l’Un collectif incomparablement supérieure à celle qui résultait de l’organisation religieuse. Et Gauchet d’ajouter : à la différence de celle-ci, en effet, elle se sait pour ce qu’elle est, elle est en pleine possession de ses raisons et de ses moyens, de telle sorte qu’elle ne peut être regardée autrement que comme la forme achevée de l’établissement humain (79).

Et l’auteur de considérer que la crise que nous traversons n’est rien d’autre que l’ensemble des effets de la décantation de cette structuration autonome.

C’est alors le travail rigoureux et incisif de mettre en évidence les nouvelles façons de faire pour assurer via d’autres moyens la perpétuation de nos sociétés en tant que sociétés, que décrit alors longuement Gauchet. Domination, sacralité et tradition, – osons traduire autorité, altérité et antériorité – c’est le nœud de ces trois dimensions de l’existence collective que la structuration hétéronome tenait ensemble et que la révolution moderne a disjoints : dans la structuration autonome, elles fonctionnent chacune pour elle-même et ouvrent alors le problème de leur nécessaire articulation : le politique, le droit et l’histoire.(page 58)

Voilà résumée en quelques lignes la révolution dont ce n’est pas trop dire qu’elle a changé la face du monde tant pratiquement qu’intellectuellement.(…) C’est toujours avec les suites de son effacement (de l’ordre sacral, de la religion comme modèle de société) que nous sommes aux prises. D’un monde ordonné verticalement, on est passé à un monde se déployant à l’horizontale. La verticalité, c’était celle du spectre de la médiation sacrale et de sa logique d’imposition de l’unité. S’y est substituée une triplicité de médiations que l’on est tenté de dire “horizontales” puisqu’elles opèrent sur le même plan que les termes qu’elles relient, sans préoccupation, de surcroît, de tout ramener à un même foyer, comme le faisait la médiation verticale.(105) (…) Voilà l’événement-source de ce qui a métamorphosé en profondeur les données de l’existence collective : une révolution des médiations (109). Pour le dire “brutalement”: on ne voyait que le tout à l’intérieur duquel les parties devaient lutter pour se faire une place, on ne voit plus que les parties, sans le tout où elles prennent place, alors qu’il conditionne pourtant leur existence (138).

Je ne peux ici d’abord qu’inviter à la lecture de cet ouvrage dense et parfois difficile d’accès mais qui ouvre autrement des questions qui nous taraudent depuis longtemps. Je ne peux ainsi que renvoyer à la partie supérieure des formules du schéma de la sexuation lacanien qui, à sa manière, décrit bien les conséquences logiques de la nouvelle structuration. Nous sommes avec la lecture de Gauchet éminemment proches de la logique que l’enseignement de Lacan nous a permis d’appréhender.

Notre implication dans la question de la démocratie s’en trouve remise à l’ordre du jour[4], et cela d’autant plus que le travail de Gauchet dans cet ouvrage permet de prendre distance d’avec l’explication courante selon laquelle c’est la prévalence de l’économique qui rend compte des impasses actuelles.

Son travail tend plutôt à mettre en évidence le contexte social qui rend possible ce renvoi à l’économique : il y a plus profond dans l’organisation de nos sociétés que “l’infrastructure” prétendue que constituerait l’organisation économique : voilà ce que la présente confrontation de crise à la fois nous autorise et nous requiert de penser. Le “mode de production” n’est pas le dernier mot de la dynamique historique. Derrière lui, il y a ce que l’on peut appeler le “mode de structuration” de l’être en société. C’est de son côté qu’il faut chercher le secret des dérèglements du mécanisme démocratique (236)

Et d’ajouter par ailleurs qu’il n’y a dès lors rien d’étonnant à ce que ces évolutions aient fini par susciter une ligne de fracture inédite entre ceux dont l’identité politique se construit autour du sentiment de n’avoir pas besoin de la société pour exister en tant qu’individus et ceux auxquels leur position donne à sentir combien ils en dépendent et à quel point leur sort y est suspendu (191)

Ce n’est pas une petite affaire quand on y songe : nous avons basculé d’un seul coup dans une problématique inverse de celle qui a dominé séculairement l’expérience démocratique.(…) il s’agissait de dégager les individus de liens communautaires étouffants; il s’agissait de libérer les initiatives et les inventions du carcan des traditions et des héritages. La tâche est désormais de réarmer les libertés du bras d’une autorité politique sans lequel elles sont vaines ; elle est de redonner aux indépendances le sens d’une appartenance hors de laquelle elles flottent dans le vide. (240)

Pour écrire encore quelques lignes plus loin : ce n’est pas que le compromis était inconnu. Mais il était pratiqué comme une fatalité à laquelle il fallait se résigner. Autre chose est de l’assumer en conscience comme une nécessité inhérente à l’impératif démocratique.(page 240)

L’ampleur de ce travail ne peut que nous amener à nous demander quels sont les effets cliniques d’un tel renversement de perspective. Autrement dit, comment, en quoi ce bouleversement a-t-il atteint la construction de la subjectivité ? Question cruciale car c’est à cet endroit que la rencontre avec le travail de Gauchet peut nous être d’un grand secours, mais à la condition de nous plier à ses formulations et de nous abstenir de vouloir le lacaniser.


[1] Publié aux éditions Gallimard, 2024. Les chiffres écrits après les citations indiquent les pages du livre
[2] Michel Maffelosi, Le temps des tribus, La Table ronde, 2000.
[3] Entretien avec Marcel Gauchet, Marianne, 8 octobre 2024.
[4] Cf à ce sujet mon article à paraître « Pas d’horizontalité sans verticalité » in Cités, n° 100, Sauver la démocratie, PUF 2025.

 

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Mark Rothko, untitled Abstraction number 11

Mark Rothko, untitled Abstraction number 11, 1947

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L’économie selon les penseurs de l’Antiquité, France culture

Épisode 1/3 : Platon : le marchand et le philosophe

Chez Platon, c’est la politique qui est centrale dans la cité, car elle est l’œuvre de la raison et de l’entendement et permet, de ce fait, la poursuite du plus grand Bien. Mais quelle est alors la place accordée à l’économie, à la fois productrice et destructrice du lien social ?

Avec Aristote, l’économie est placée sous le signe de l’éthique. Pensant aussi bien la nécessité de l’échange que les dangers de la chrématistique, le philosophe porte un regard critique sur le commerce et sur l’argent, qui est encore d’une grande actualité.

Épisode 3/3 : Sénèque : les troubles de la fortune

Comment Sénèque développe-t-il une philosophie de l’argent fondée sur l’indifférence ? Dans quelle mesure Sénèque élabore-t-il un rapport moral à la richesse fondé non seulement sur le détachement, mais sur le don et une générosité bien comprise ?

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Les Ménines, José Manuel BALLESTER

Les Ménines, José Manuel BALLESTER, 318 × 276 cm

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L’ennui : privilège ou fardeau ? (France culture)

  • Le romantisme du 18e siècle a fait de l’ennui « le mal du siècle ». Comment passe-t-on alors de l’ennui approché comme plainte subjective à l’ennui comprise comme un mal social ? Dans quelle mesure l’ennui des romantiques est-il le phénomène d’une génération ?
  • L’ennui possède des vertus créatrices. Dans quelle mesure l’insatisfaction face à l’ennui pousse-t-elle les situationnistes à la révolution ? Comment certains cinéastes travaillent-ils sur le renversement de l’ennui approché négativement ?
  • Qui s’ennuie dans la société ? Des individus ou des groupes sociaux sont-ils plus prompts à sombrer dans l’ennui, tel l’ouvrier qui travaille à la chaîne ou le tyran qui possédant tout se lasse d’un rien ? L’ennui trouve-t-il un terrain fertile dans certains contextes politiques ?
  • L’ennui, c’est peut-être d’abord l’ennui de soi : je suis ennuyé par le fait d’être moi, coincé avec moi-même, incapable de sortir de moi. Dès lors, le « moi » n’est-il pas le véritable objet de l’ennui ?

L’ennui peut-il être étudié philosophiquement ?

Pour Martine Lavaud et Alain Vaillant, l’ennui est à analyser avec son lien avec le romantisme. L’ennui est alors une confrontation entre idéal et réalité.

Corinne Maury et Patrick Marcolini nous montrent que l’ennui peut faire l’objet d’entreprises artistiques à l’aide de Chantal Akerman et les situationnistes.

L’ennui est avant un rapport au temps et dépend des conditions politiques, comme nous le précisent René de Ceccaty et Véronique Nahum-Grappe.

L’ennui, n’est-ce pas d’abord un rapport particulier à soi-même ? Hadi Rizk et Pierre Guenancia montrent que l’ennui peut nous dévoiler notre rapport au monde et à nous-mêmes.

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Marie et Henri Donnadieu, avec leurs trois enfants, Paul, Marguerite (DURAS) et Pierre

Marie et Henri Donnadieu, avec leurs trois enfants, Paul, Marguerite (DURAS) et Pierre, à Hanoï, vers 1918. collection Jean Mascolo.

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Alexander Calder, croisière

Alexander Calder, croisière, 1931

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