« Il se demandait parfois s’il n’avait pas choisi ce quartier silencieux pour se tenir à distance d’un monde et d’une agitation qui lui semblaient de plus en plus incompréhensibles. Parfois, il se promenait jusqu’aux frontières au-delà desquelles la vie et le présent reprenaient leurs droits et leur vacarme […]. Mais, bien avant de les atteindre, il faisait demi-tour. » L’Elephant, Gallimard, 2026
« Pourtant je n’ai pas rêvé. Je me surprends quelquefois à dire cette phrase dans la rue, comme si j’entendais la voix d’un autre. Une voix blanche. Des noms me reviennent à l’esprit, certains visages, certains détails. Plus personne avec qui en parler. Il doit bien se trouver deux ou trois témoins encore vivants. Mais ils ont sans doute tout oublié. Et puis, on finit par se demander s’il y a vraiment eu des témoins. » L’Herbe de nuit, 2012
« j’avais besoin de points de repère, de noms de stations de métro, de numéros d’immeubles, de pedigrees de chiens, comme si je craignais que d’un instant à l’autre les gens et les choses ne se dérobent ou disparaissent et qu’il fallait au moins garder une preuve de leur existence. » L’Herbe de nuit, 2012
« Le bois, les avenues vides, la masse sombre des immeubles, une fenêtre éclairée qui vous donne l’impression d’avoir oublié d’éteindre la lumière dans une autre vie, ou bien que quelqu’un vous attend encore… Tu dois te cacher dans ces quartiers-là. Sous quel nom ? Je finirai bien par trouver la rue. » L’Herbe de nuit, 2012
L’objet de la quête apparaît clairement : le temps. « Il n’y a jamais eu pour moi ni présent ni passé », confesse le narrateur de L’Herbe des nuits qui rêve de creuser « une brèche dans le temps », ce « temps immobile », ce « temps aboli » devenu « transparent », pour y retrouver tout intact. Dans L’Horizon, l’avatar romanesque de l’écrivain attendait qu’un jour, « par miracle », les vivants et les morts empruntent « le même corridor » car il « avait toujours imaginé qu’il pourrait retrouver au fond de certains quartiers les personnes qu’il avait rencontrées dans sa jeunesse, avec leur âge et leur allure d’autrefois. Ils y menaient une vie parallèle, à l’abri du temps… »