Jacques LACAN, Socrate et le discours de la vérité

« Ce que Socrate appelle, lui, épistémè, la science, ce qu’il découvre en somme, ce qu’il dégage, ce qu’il détache, c’est que le discours engendre la dimension de la vérité. Le discours, qui s’assure d’une certitude interne à son action même, assure, là où il le peut, la vérité comme telle. Il n’est rien d’autre que cette pratique du discours.

Quand Socrate dit que c’est la vérité, et non pas lui-même, qui réfute son interlocuteur, il montre là quelque chose dont le plus solide est sa référence à une combinatoire primitive qui, à la base de notre discours, est toujours la même. D’où il résulte, par exemple, que le père n’est pas la mère, et que c’est au même titre, à ce seul titre, que l’on peut déclarer que le mortel doit être distingué de l’immortel. Socrate renvoie en somme au domaine du pur discours toute l’ambition du discours. Il n’est pas, comme on le dit, celui qui ramène l’homme à l’homme, ni même toutes choses à l’homme. C’est Protagoras qui a donné ce mot d’ordre, l’homme, mesure de toute chose. Socrate, lui, ramène la vérité au discours. Il est, si l’on peut dire, le supersophiste, et c’est en quoi gît son mystère, car s’il n’était que le supersophiste, il n’aurait rien engendré de plus que les sophistes, à savoir ce qu’il en reste, une réputation douteuse. »

Jacques LACAN le séminaire livre VIII, Le Transfert, Seuil ed, 2001,  page 102,

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