Épisode 1 : « L’instrument même de la révolte : le langage »
Épisode 2 : L’écriture formelle, l’écriture du plaisir et l’écriture du désir
Épisode 4 : « Faire de la critique, c’est trouver le régime de lecture des œuvres nouvelles »
Épisode 5 : La mort de l’auteur et le sujet de la lecture
Les entretiens avec Roland Barthes de 1967, menés par Georges Charbonnier, sont de véritables laboratoires : s’y élabore peu à peu sa pensée de l’après-structuralisme.
L’année de publication de « La Mort de l’auteur » et 10 ans après la fin du cycle des « Mythologies », Barthes s’affirme comme une figure de la critique. Il installe petit à petit les notions de « texte », de « révolte » et de « désir ». Utilisant l’espace médiatique pour affirmer ses concepts, il étoffe également ici celui du langage, du texte et de la mort de l’auteur.
Dans ces six entretiens, Barthes et Charbonnier déplient également des questions sur le rôle de l’auteur, la vérité en littérature et l’écriture formelle, fondamentales dans la recherche critique des années 1960 et 1970.
Qu’est-ce qu’un texte ?
Défini par Barthes comme « le degré zéro du livre« , le mot « texte » trouve dans ces entretiens une acception qui se stabilise. Ce terme, neutre (et on perçoit déjà des piliers de la réflexion barthésienne), permet de dépasser la division des genres littéraires.
À partir de Mallarmé, dit Barthes, l’écrivain cherche à échapper au conformisme et à la tradition. Reconnaissant que certains textes contemporains peuvent paraître ennuyeux (Georges Charbonnier cite alors Michel Butor), Barthes précise tout de même que la modernité exige de la part du lecteur un véritable exercice : trouver la bonne vitesse de lecture, le bon « régime« .
Évoquant également « la saveur du langage« , il aborde le rapport entre le langage et la sexualité, convoquant ainsi la psychanalyse.
L’écriture comme outil de dialogue avec les sciences humaines
Le langage sert « à construire le rapport à l’autre et à nous-même dans le monde », dit Barthes. Nous sommes au milieu des années 1960 et, citant Paul Valéry, il enfonce un des clous de la théorie littéraire de ces décennies : l’écriture est avant tout « une figure du désir de l’autre », tout en affirmant à plusieurs reprises et de manière forte qu’on ne peut réduire le langage à une simple fonction de communication.
Une voie se dessine : la littérature commence à s’installer dans les sciences humaines, et l’interdisciplinarité s’affirme.
L’avénement du sujet dans la lecture
Dans le premier de cette série de six entretiens, réalisée avec la collaboration précieuse des équipes de la Documentation de Radio France et de l’INA, Roland Barthes est passé à la question par Georges Charbonnier sur le sujet de la révolte. Ce dernier se lance dans une tribune qui semble prémonitoire : « Il me semble, constate-t-il, qu’il n’y aurait révolte à notre époque que s’il y avait révolte politique violente. Et je n’en vois pas trace. Pourquoi a-t-elle disparu, cette révolte ?«
Alors que l’ère de la récupération de la révolte par la culture de masse débute, Barthes investit la notion d’avant-garde, pour de suite l’annuler : elle « n’est plus valable, ne joue plus, ne fonctionne plus » dit-il, positionnant toutefois la révolte dans les arts et la culture, souhaitant l’émergence d’un « art du cri, un art du refus » par la réaffirmation du langage comme « l’instrument même de la révolte« .