Être linguiste, est-ce étudier la langue ou contribuer à la façonner, ou les deux ? Si la langue évolue sans cesse, qu’est-ce qui fait son unité ? Et quel est l’impact de ses évolutions sur la société ? Rencontre avec Bernard Cerquiglini, professeur émérite de linguistique et membre de l’Oulipo.

Bernard Cerquiglini, professeur émérite de linguistique à l’Université de Paris, membre de l’Oulipo, ancien recteur de l’Agence universitaire de la Francophonie
Langage crypté
La langue est le fruit d’une créativité constante et spectaculaire. Ne parlons pas de déclin, ne disons pas « les jeunes parlent mal », non, les jeunes sont bilingues, voire plurilingues. Ils parlent le français de référence et ils ont leur langue. Tous les petits groupes humains ont des langues. Rappelez-vous François Villon et sa bande de voleurs, les coquillards. Il y a des balades de Villon qu’on ne comprend pas totalement car c’était un langage crypté.
Bernard Cerquiglini
Le même et l’autre
Je crois que le fil rouge de mon travail c’est la perception du même et de l’autre. Ce qui me fascine dans le français c’est qu’il y a du même, c’est une langue solide. Elle a été dotée au XVIIe siècle d’une très bonne syntaxe, d’un corpus de grammaire… Et puis il y a du divers, dans l’histoire et dans l’espace, si on pense par exemple à la francophonie.
L’ancien français c’est le même et l’autre. Quand on ouvre un texte de Chrétien de Troyes, si on a pas appris, on ne comprends rien, or c’est notre langue.
Bernard Cerquiglini