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Stefan ZWEIG, France culture

Stefan Zweig

À retrouver dans l’émission

LA COMPAGNIE DES AUTEURS par Matthieu Garrigou-Lagrange

TOUS LES ÉPISODES
LE 29/08/2016

La Compagnie des auteurs fait sa rentrée avec Stefan Zweig, écrivain, poète, dramaturge, traducteur et biographe. Retour sur la vie de celui qui fut, de…

LE 30/08/2016

Stefan Zweig cisela des nouvelles qui auraient pu être des romans, comme il sut écrire les histoires de vies captivantes comme des fictions. C’est aujourd’hui…

LE 31/08/2016

Pour le troisième temps de cette semaine, explorons l’inconscient de Stefan Zweig aidé de Freud avec lequel il entretint une importante correspondance…

LE 01/09/2016

Quatrième et dernier temps de l’exploration de la vie et de l’œuvre de Stefan Zweig. Penseur humaniste, pacifiste, européen, Zweig vécut en un temps où…

LE 08/06/2020

La Compagnie des Œuvres vous présente Stefan Zweig, écrivain, poète, dramaturge, traducteur et biographe. Retour sur la vie de celui qui fut, de Vienne…

LE 09/06/2020

Stefan Zweig cisela des nouvelles qui auraient pu être des romans, comme il sut écrire les histoires de vies captivantes comme des fictions. C’est aujourd’hui…

LE 10/06/2020

Pour le troisième temps de cette semaine, explorons l’inconscient de Stefan Zweig aidé de Freud avec lequel il entretint une importante correspondance…

LE 11/06/2020

Quatrième et dernier temps de l’exploration de la vie et de l’œuvre de Stefan Zweig. Penseur humaniste, pacifiste, européen, Zweig vécut en un temps où…

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signé

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Marcel PROUST, Du côté de chez Swann, Villes, Pays, Noms

Villes, Pays, Noms

Si ma santé s’affermissait et que mes parents me permissent, sinon d’aller séjourner à Balbec, du moins de prendre une fois, pour faire connaissance avec l’architecture et les paysages de la Normandie ou de la Bretagne, ce train d’une heure vingt-deux dans lequel j’étais monté tant de fois en imagination, j’aurais voulu m’arrêter de préférence dans les villes les plus belles ; mais j’avais beau les comparer, comment choisir plus qu’entre des êtres individuels, qui ne sont pas interchangeables, entre Bayeux si haute dans sa noble dentelle rougeâtre et dont le faîte était illuminé par le vieil or de sa dernière syllabe ; Vitré dont l’accent aigu losangeait de bois noir le vitrage ancien ; le doux Lamballe qui, dans son blanc, va du jaune coquille d’œuf au gris perle ; Coutances, cathédrale normande, que sa diphtongue finale, grasse et jaunissante, couronne par une tour de beurre ; Lannion avec le bruit, dans son silence villageois, du coche suivi de la mouche ; Questambert, Pontorson, risibles et naïfs, plumes blanches et becs jaunes éparpillés sur la route de ces lieux fluviatiles et poétiques ; Benodet, nom à peine amarré que semble vouloir entraîner la rivière au milieu de ses algues ; Pont-Aven, envolée blanche et rose de l’aile d’une coiffe légère qui se reflète en tremblant dans une eau verdie de canal ; Quimperlé, lui, mieux attaché et, depuis le moyen âge, entre les ruisseaux dont il gazouille et s’emperle en une grisaille pareille à celle que dessinent, à travers les toiles d’araignées d’une verrière, les rayons de soleil changés en pointes émoussées d’argent bruni.

Ces images étaient fausses pour une autre raison encore ; c’est qu’elles étaient forcément très simplifiées ; sans doute ce à quoi aspirait mon imagination et que mes sens ne percevaient qu’incomplètement et sans plaisir dans le présent, je l’avais enfermé dans le refuge des noms ; sans doute, parce que j’y avais accumulé du rêve, ils aimantaient maintenant mes désirs ; mais les noms ne sont pas très vastes ; c’est tout au plus si je pouvais y faire entrer deux ou trois des « curiosités » principales de la ville et elles s’y juxtaposaient sans intermédiaires ; dans le nom de Balbec, comme dans le verre grossissant de ces porte-plume qu’on achète aux bains de mer, j’apercevais des vagues soulevées autour d’une église de style persan. Peut-être même la simplification de ces images fut-elle une des causes de l’empire qu’elles prirent sur moi. Quand mon père eut décidé, une année, que nous irions passer les vacances de Pâques à Florence et à Venise, n’ayant pas la place de faire entrer dans le nom de Florence les éléments qui composent d’habitude les villes, je fus contraint à faire sortir une cité surnaturelle de la fécondation, par certains parfums printaniers, de ce que je croyais être, en son essence, le génie de Giotto. Tout au plus – et parce qu’on ne peut pas faire tenir dans un nom beaucoup plus de durée que d’espace – comme certains tableaux de Giotto eux-mêmes qui montrent à deux moments différents de l’action un même personnage, ici couché dans son lit, là s’apprêtant à monter à cheval, le nom de Florence était-il divisé en deux compartiments. Dans l’un, sous un dais architectural, je contemplais une fresque à laquelle était partiellement superposé un rideau de soleil matinal, poudreux, oblique et progressif ; dans l’autre (car ne pensant pas aux noms comme à un idéal inaccessible, mais comme à une ambiance réelle dans laquelle j’irais me plonger, la vie non vécue encore, la vie intacte et pure que j’y enfermais donnait aux plaisirs les plus matériels, aux scènes les plus simples, cet attrait qu’ils ont dans les œuvres des primitifs), je traversais rapidement – pour trouver plus vite le déjeuner qui m’attendait avec des fruits et du vin de Chianti – le Ponte-Vecchio encombré de jonquilles, de narcisses et d’anémones. Voilà (bien que je fusse à Paris) ce que je voyais et non ce qui était autour de moi. Même à un simple point de vue réaliste, les pays que nous désirons tiennent à chaque moment beaucoup plus de place dans notre vie véritable, que le pays où nous nous trouvons effectivement. Sans doute si alors j’avais fait moi-même plus attention à ce qu’il y avait dans ma pensée quand je prononçais les mots « aller à Florence, à Parme, à Pise, à Venise », je me serais rendu compte que ce que je voyais n’était nullement une ville, mais quelque chose d’aussi différent de tout ce que je connaissais, d’aussi délicieux, que pourrait être pour une humanité dont la vie se serait toujours écoulée dans des fins d’après-midi d’hiver, cette merveille inconnue : une matinée de printemps. Ces images irréelles, fixes, toujours pareilles, remplissant mes nuits et mes jours, différencièrent cette époque de ma vie de celles qui l’avaient précédée (et qui auraient pu se confondre avec elle aux yeux d’un observateur qui ne voit les choses que du dehors, c’est-à-dire qui ne voit rien), comme dans un opéra un motif mélodique introduit une nouveauté qu’on ne pourrait pas soupçonner si on ne faisait que lire le livret, moins encore si on restait en dehors du théâtre à compter seulement les quarts d’heure qui s’écoulent. Et encore, même à ce point de vue de simple quantité, dans notre vie les jours ne sont pas égaux. Pour parcourir les jours, les natures un peu nerveuses, comme était la mienne, disposent, comme les voitures automobiles, de « vitesses » différentes. Il y a des jours montueux et malaisés qu’on met un temps infini à gravir et des jours en pente qui se laissent descendre à fond de train en chantant. Pendant ce mois – où je ressassai comme une mélodie, sans pouvoir m’en rassasier, ces images de Florence, de Venise et de Pise, desquelles le désir qu’elles excitaient en moi gardait quelque chose d’aussi profondément individuel que si ç’avait été un amour, un amour pour une personne – je ne cessai pas de croire qu’elles correspondaient à une réalité indépendante de moi, et elles me firent connaître une aussi belle espérance que pouvait en nourrir un chrétien des premiers âges à la veille d’entrer dans le paradis. Aussi sans que je me souciasse de la contradiction qu’il y avait à vouloir regarder et toucher avec les organes des sens ce qui avait été élaboré par la rêverie et non perçu par eux – et d’autant plus tentant pour eux, plus différent de ce qu’ils connaissaient – c’est ce qui me rappelait la réalité de ces images, qui enflammait le plus mon désir, parce que c’était comme une promesse qu’il serait contenté. Et, bien que mon exaltation eût pour motif un désir de jouissances artistiques, les guides l’entretenaient encore plus que les livres d’esthétique et, plus que les guides, l’indicateur des chemins de fer. Ce qui m’émouvait, c’était de penser que cette Florence que je voyais proche mais inaccessible dans mon imagination, si le trajet qui la séparait de moi, en moi-même, n’était pas viable, je pourrais l’atteindre par un biais, par un détour, en prenant la « voie de terre ».

Marcel PROUST, Du côté de chez Swann,  P 381-384, édition Gallimard, collection Folio, 1988

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Lignes, partout

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Marcel PROUST, Du côté de chez Swann L’esprit des Guermantes,

L’esprit des Guermantes

– Ah ! princesse, vous n’êtes pas Guermantes pour des prunes. Le possédez-vous assez, l’esprit des Guermantes !

– Mais on dit toujours l’esprit des Guermantes, je n’ai jamais pu comprendre pourquoi. Vous en connaissez donc d’autres qui en aient, ajouta-t-elle dans un éclat de rire écumant et joyeux, les traits de son visage concentrés, accouplés dans le réseau de son animation, les yeux étincelants, enflammés d’un ensoleillement radieux de gaieté que seuls avaient le pouvoir de faire rayonner ainsi les propos, fussent-ils tenus par la princesse elle-même, qui étaient une louange de son esprit ou de sa beauté. Tenez, voilà Swann qui a l’air de saluer votre Cambremer ; là… il est à côté de la mère Saint-Euverte, vous ne voyez pas ! Demandez-lui de vous présenter. Mais dépêchez-vous, il cherche à s’en aller ! 

Du côté de chez Swann, P 324, édition Gallimard, collection Folio, 1988

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l’oiseau occupant

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Géraldine MOSNA-SAVOYE Carnet de philo  (France culture)

Réseaux sociaux : tu les aimes et tu les quittes

Ne dites plus : « je suis sur Twitter » ou « j’ai un compte Insta ». Dites : « aujourd’hui, j’ai décidé de quitter les réseaux sociaux ». Mais, au fait, pourquoi le dire ?

 

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Jacques DERRIDA

«  L’affirmation de la vie ne va pas sans la pensée de la mort, sans l’attention la plus vigilante, voire assiégée, obsédée de cette fin de vie qui n’arrive pas à arriver »

Jacques DERRIDA  (1930-2004)

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Marco Del RE, Palette d’objets

Marco Del RE, Palette d’objets, 2011.

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Rainer Maria RILKE, la nécessité de la création (France culture)

Rainer Maria RILKE, la nécessité de la création  (France culture)

4 ÉPISODES

Icône absolue de la poésie de langue allemande, Rilke est un homme toujours en partance. De Prague à Paris, en passant par Munich, Capri ou Venise, il parcourt l’Europe en quête d’un havre d’inspiration. Tantôt mondain et grand amoureux, le poète n’a rien autant chéri que sa solitude, moteur indispensable à sa création. Quatre émissions explorent la vie et l’oeuvre de cet homme entouré de femmes qui le guidèrent et l’inspirèrent.

 

LA COMPAGNIE DES AUTEURS par Matthieu Garrigou-Lagrange

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l’éventail de la discorde

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Marie Bonaparte (1882-1962), princesse pionnière de la psychanalyse

 

Marie Bonaparte (1882-1962), princesse pionnière de la psychanalyse

Dernière descendante de Napoléon Bonaparte, Marie Bonaparte défie son milieu aristocratique, épouse le fils du roi de Grèce, et se réinvente grâce à sa cure avec Freud. Elle devient la pionnière de la psychanalyse française, et sauve la vie de Freud en payant sa rançon aux Nazis.

Marie de Grèce, née Bonaparte
Marie de Grèce, née Bonaparte

Marie Bonaparte, « princesse Bonaparte », arrière-petite-fille de Lucien Bonaparte et petite-fille de Pierre Bonaparte (neveu de Napoléon Ier), est née le 2 juillet 1882 à Saint-Cloud. « Si quelqu’un écrit ma vie, qu’il l’intitule la dernière Bonaparte car je le suis. Mes cousins de la branche impériale ne sont que Napoléon« .

Après le décès de sa mère à sa naissance, elle est élevée par des nourrices et sa grand-mère paternelle, la princesse Pierre. Elle fuit son enfance mélancolique dans la lecture et l’écriture, et rédige, en anglais et en allemand, ses Bêtises, cinq petits cahiers de fictions et de rêves sur lesquels elle s’appuiera dans sa cure psychanalytique avec Freud.

Passionnée d’anatomie, elle aurait voulu être médecin, mais son père lettré lui refuse l’accès aux études. Alors elle entame sa vie mondaine en 1905, et en 1906, fait la rencontre du roi Georges Ier de Grèce dont elle épouse le second fils, Georges de Grèce, à Athènes, le 12 septembre 1907. Ils auront deux enfants, et vivront un étrange mariage à trois avec l’oncle de son mari que ses enfants surnomment « Papa two ».

Son mariage n’empêche pas Marie Bonaparte d’avoir une vie amoureuse très libre : elle eut notamment pour amant l’homme d’Etat Aristide Briand et l’analyste Rudolph Lowenstein.

Marie Bonaparte, convaincue de souffrir de frigidité, est obsédée par ce qu’elle appelle sa « normalité orgastique ». Sous le pseudonyme de A. E. Narjani, elle écrit en 1923 un article, Considérations sur les causes anatomiques de la frigidité chez la femme, et elle se fait opérer plusieurs fois à Vienne par le Professeur Halban, inventeur d’une méthode chirurgicale fantaisiste, censée guérir ses patientes de leur absence de plaisir.

En 1923, elle découvre l’oeuvre de Freud et fréquente les causeries de René Laforgue. Grâce à son intercession, Freud accepte de la prendre en analyse. Très vite, elle devient l’intime de la famille et la représentante de Freud à Paris. Le 4 novembre 1926, elle fait partie des neuf membres fondateurs de la la Société psychanalytique de Paris, et subventionne la première revue psychanalytique française, la Revue française de psychanalyse en 1927. Surtout, elle traduit l’oeuvre de Freud en français. En 1927, sa traduction du Souvenir d’enfance de Léonard de Vinci fait scandale dans son milieu, à tel point que son mari tente de la faire rompre avec Freud. Cela ne l’empêche pas de traduire les Cinq psychanalyses avec Loewenstein, et de poursuivre sa propre oeuvre, à travers notamment son étude de l’oeuvre d’Edgar Poe.

En 1938, grâce à ses connections diplomatiques, Marie Bonaparte aide Freud et sa famille à quitter l’Autriche nazie. Elle verse aux nazis la « rançon » colossale qu’ils exigent pour le laisser quitter le pays.

Marie Bonaparte, Sigmund Freud, en fuite de Vienne, et William Bullitt, ambassadeur américain en France, Paris, juin 1938
Marie Bonaparte, Sigmund Freud, en fuite de Vienne, et William Bullitt, ambassadeur américain en France, Paris, juin 1938• Crédits : Getty

En mai 1939, l’Institut de Psychanalyse est fermé, et la Revue Française de Psychanalyse interrompt sa publication. Elle prend le chemin de l’exil avec la famille royale grecque : Crète, Alexandrie, puis Le Cap, en Afrique du Sud.

Après guerre, surnommée « Freud m’a dit », elle s’oppose au tournant lacanien pris par une partie du milieu psychanalytique. Elle s’investit de moins en moins dans la Société Psychanalytique de Paris à partir de 1957, mais poursuit ses publications, et ses engagements, notamment contre la peine de mort aux Etats-Unis.

Atteinte d’une leucémie, « la dernière des Bonaparte » meurt le 21 septembre 1962 à la clinique de Saint-Tropez. Elle lègue à la Société Psychanalytique de Paris des autographes de Freud, plusieurs collections complètes de ses œuvres, et des revues de psychanalyse rares. Elle est enterrée avec son mari dans la nécropole royale du domaine de Tatoï, près d’Athènes.

Une émission d’Hélène Frappat, réalisée par Angélique Tibau. Liens internet : Annelise Signoret. Prise de son Hélène Langlois. Archives INA : Linda Simon. Extraits de « Princesse Marie » de Benoît Jacquot avec Catherine Deneuve. Textes lus par Gaïta Leboissetier. Collaboration : Juliette Dronne.

Liens

Biographie sur le site consacré à l’éditeur Robert Denoël.

La Folie Edgar Poe, article de Thierry Florentin (cairn.info).

La revue d’une princesse, la Revue française de psychanalyse rend ici hommage à son mécène.

Notes sur l’excision signées Marie Bonaparte en ligne sur le site D’un divan l’autre. D’autres articles de Marie Bonaparte sont également disponibles sur ce site.

Le cas de Madame Lefebvre, analyse de Marie Bonaparte publié dans le premier numéro de la Revue française de psychanalyse (1927). En ligne sur Gallica.

Alice Jahier, première analysante de Marie Bonaparte. Entretien recueilli en 1985 par Michel Collée et Nicole Humbrecht. A lire sur le site Histoire de la folie.

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Marcel PROUST, Du côté de chez Swann, La phrase

La phrase

Le pianiste ayant terminé le morceau de Liszt et ayant commencé un prélude de Chopin, Mme de Cambremer lança à Mme de Franquetot un sourire attendri de satisfaction compétente et d’allusion au passé. Elle avait appris dans sa jeunesse à caresser les phrases, au long col sinueux et démesuré, de Chopin, si libres, si flexibles, si tactiles, qui commencent par chercher et essayer leur place en dehors et bien loin de la direction de leur départ, bien loin du point où on avait pu espérer qu’atteindrait leur attouchement, et qui ne se jouent dans cet écart de fantaisie que pour revenir plus délibérément – d’un retour plus prémédité, avec plus de précision, comme sur un cristal qui résonnerait jusqu’à faire crier – vous frapper au cœur.

Vivant dans une famille provinciale qui avait peu de relations, n’allant guère au bal, elle s’était grisée dans la solitude de son manoir, à ralentir, à précipiter la danse de tous ces couples imaginaires, à les égrener comme des fleurs, à quitter un moment le bal pour entendre le vent souffler dans les sapins, au bord du lac, et à y voir tout d’un coup s’avancer, plus différent de tout ce qu’on a jamais rêvé que ne sont les amants de la terre, un mince jeune homme à la voix un peu chantante, étrangère et fausse, en gants blancs. Mais aujourd’hui la beauté démodée de cette musique semblait défraîchie. Privée depuis quelques années de l’estime des connaisseurs, elle avait perdu son honneur et son charme et ceux mêmes dont le goût est mauvais n’y trouvaient plus qu’un plaisir inavoué et médiocre.

Du côté de chez Swann, P 326, édition Gallimard, collection Folio, 1988

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Fonds

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Louis CANE, Le cracheur de formes

Louis CANE, Le cracheur de formes ,  2013

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Georges Didi-Huberman : « Les images, c’est ma vie ! » (France inter)

REMÈDE À LA MÉLANCOLIE

par Eva Bester

Georges Didi-Huberman : « Les images, c’est ma vie ! »

49 minutes

« La rage » de Pasolini, l’admiration, Sigmund Freud, Walter Benjamin, Ernst Bloch, Henri Michaux, Georges Perec, Boby Lapointe, Janis Joplin, Goya, les tracts clandestins de la Résistance… Retrouvez tous les remèdes de notre invité !

Georges Didi-Huberman, philosophe, écrivain, historien de l’art, septembre 2008
Georges Didi-Huberman, philosophe, écrivain, historien de l’art, septembre 2008 © Getty / Leonardo Cendamo / Contributeur

Historien de l’art, chercheur et philosophe, Georges Didi-Huberman enseigne à l’École des hautes études en sciences sociales.

Notre invité a publié une cinquantaine d’ouvrages sur l’histoire et la théorie des images, dans un champ d’étude qui va de la Renaissance à l’art contemporain. Il aborde notamment les problèmes d’iconographie scientifique au XIXe siècle et leurs usages par les courants artistiques du XXe siècle.

Éparses, Voyage dans les papiers du ghetto de Varsovie est le dernier livre de Georges Didi-Huberman paru aux éditions de Minuit en février 2020

Le mélancolique est en deuil de lui-même, il faut constater cet état et le traverser

Les remèdes de Georges Didi-Huberman

  • La Rabbia / La rage de Pier Paolo Pasolini (1963)
  • L’admiration, elle nous porte. Admirer quelque chose ou quelqu’un
  • Ses trois penseurs : Sigmund Freud, Walter Benjamin, Ernst Bloch
  • L’Infini turbulent, de Henri Michaux (1957)
  • La « Mise en évidence expérimentale d’une organisation tomatotopique chez la soprano (Cantatrix sopranica L.) », est une parodie d’article scientifique par Georges Perec (1970)
  • Bobo Léon de Boby Lapointe (1961)
  • Summertime de Janis Joplin (1968)
  • Les Désastres de la guerre, Les Caprices, Les Disparates, sont trois gravures de Francisco de Goya extraites de la série Les Disparates exécutées entre 1815 et 1823
  • Pour la citation, notre invité a choisi des Tracts de la Résistance pendant le Seconde Guerre Mondiale : « La désobéissance est le plus sage des devoirs », « Debout, restez libres », « Parisiens, dressez-vous »… À retrouver dans Papiers de l’urgence. Tracts et papillons clandestins de la Résistance, dir. P. Turlais, Paris, Éditions Artulis, 2015)

La gourmandise d’Eva Bester

Passage extrait du roman Humiliés et offensés de Dostoïevski (1861)

La programmation musicale

  • Hanni El Khabi – Come down (2016) (Album Savage Time vol.3)
  • Juliette Armanet – L’amour en solitaire (2017) (Album Petite amie)
  • Janis Joplin – Summertime (1968) (Album Cheap Thrills)

Première diffusion de cette émission le16 avriT 2017

Les invités
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Tom WESSELMANN Sunset nude, with Matisse, self portrait

Tom WESSELMANN Sunset Nude, with Matisse, self portrait, 2004

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La passion Racine (France culture)

La passion Racine

Jean Racine (1639-1699) a amené la tragédie classique à son sommet. Quelle fut son intuition originale ? Quatre épisodes pour découvrir la vie et l’œuvre du grand peintre des passions humaines.

LA COMPAGNIE DES OEUVRES par Matthieu Garrigou-Lagrange

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Antonio Gramsci, marxiste à l’italienne

Antonio Gramsci, marxiste à l’italienne

Porté aux nues par Pasolini, cité aujourd’hui par les politiques, Antonio Gramsci (1891-1937), journaliste et penseur italien, reste peu connu. Déçu par le socialisme positiviste, séduit par le communisme, engagé et militant, il fut emprisonné en 1926 où il rédigea 33 Cahiers de prison.
Entre expérience russe idéalisée, et expérience italienne vécue, comment a-t-il repensé la notion d’hégémonie avec l’alliance de toutes les classes ? Quelles différences a-t-il observées entre crise et révolution ? Comment a-t-il redéfini le sens commun ? Quatre émissions explorent sa conception de l’histoire, la culture, la politique et la révolution.

LES CHEMINS DE LA PHILOSOPHIE par Adèle Van Reeth

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