Francis Bacon, entre sensualité et animalité (France culture)

La première violence, c’est celle de la Première Guerre mondiale qui traverse son enfance et qui se poursuit dans les années 1920 par la lutte pour l’indépendance de Irlande et la guerre civile. L’IRA combat l’occupant anglais, et la famille Bacon (dont le grand-père est chef de la police du comté) devient une cible privilégiée. À cette brutalité de l’époque, s’ajoute celle du père de Bacon, un ancien capitaine de l’armée britannique devenu éleveur de chevaux de course. Ce personnage tyrannique et destructeur fait fouetter son fils par les palefreniers à chaque fois qu’il en a l’occasion et s’installe pour regarder la scène.

Un jour, le père découvre le jeune Francis, âgé de 16 ans, vêtu des sous-vêtements de sa mère, et le chasse définitivement de chez lui. Cet environnement cruel laisse des traces indélébiles de violence que l’on retrouvera aussi bien dans la peinture de Francis Bacon que dans sa vie personnelle. Heureusement pour lui, d’autres figures ont été présentes dans son enfance pour l’aimer et le protéger. C’est notamment le cas de sa nourrice anglaise (nanny), Jessie Lightfoot, qu’il considère comme sa mère (sa véritable mère s’étant peu occupée de lui) et qui vivra avec lui, quelques années après son départ de la maison, dans son atelier de Londres.

Selon les témoignages des amis de Bacon, Nanny a régenté sa vie de façon bienveillante jusqu’à sa mort (Bacon était alors âgé de 40 ans), lui a permis d’éviter de sombrer dans certains excès (alcool…) et a créé les conditions favorables pour qu’il puisse peindre. Son décès a été une perte immense pour le peintre. Sa vie est alors devenue d’une intensité folle, partagée entre le monde de la nuit, des bas-fonds de Londres, des amants violents, et son travail visant à élaborer une « peinture pour les nerfs ». Cette existence précaire, qui expose son corps à une mise en danger permanente, nourrira son travail et fera de lui l’un des artistes les plus marquants du 20ème siècle.

Le triptyque "Three figures in a room" deFrancis Bacon (1964), exposé ici au Musée national d'art moderne au Centre Georges Pompidou (1999)
Le triptyque « Three figures in a room » deFrancis Bacon (1964), exposé ici au Musée national d’art moderne au Centre Georges Pompidou (1999) 

© AFP – © JEAN-PIERRE MULLER

Pour en parler

  • Yves Peyré, écrivain
  • Franck Maubert, écrivain
  • Margarita Cappock, historienne de l’art, responsable de l’atelier Bacon de la Hughlane Gallery de Dublin jusqu’en 2018
  • Jean Frémon, écrivain, marchand d’art et galeriste, PDG de la galerie Lelong
  • Archives sur Francis Bacon (émissions radiophoniques)

Bibliographie

Tableaux évoqués

  • Exposition « Francis Bacon et l’Age d’Or du Design » qui s’est tenue du 9 juin 2024 au 5 janvier 2025 à l’Espace de l’art concret à Mouans-Sartoux, près de Nice.
  • Site de la MB Art Foundation Francis Bacon, à Monaco.
  • Site The Estate of Francis Bacon (biographie, bibliographie…)
  • Republication des Mémoires d’un petit biquet, sa série d’entretiens avec David Sylvester, janvier 2025.

Générique

Un documentaire de Maylis Besserie, réalisé par Yvon Croizier. Prises de sons, Ruben Carmazine. Traductions, Clíona Ni Riordain. Coordination, Emmanuel Laurentin. Chargée de programme et édition web, Sandrine Chapron;

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