Marcel PROUST, La place de la Concorde (…) l’obélisque de Louqsor

« Bien qu’il fût plus de neuf heures, c’était lui encore qui sur la place de la Concorde donnait à l’obélisque de Louqsor un air de nougat rose. Puis il en modifia la teinte et le changea en une matière métallique, de sorte que l’obélisque ne devint pas seulement plus précieux, mais sembla aminci et presque flexible. On s’imaginait qu’on aurait pu tordre, qu’on avait peut-être déjà légèrement faussé ce bijou. La lune était maintenant dans le ciel comme un quartier d’orange pelé délicatement quoiqu’un peu entamé. Mais elle devait plus tard être faite de l’or le plus résistant. Blottie toute seule derrière elle, une pauvre petite étoile allait servir d’unique compagne à la lune solitaire, tandis que celle-ci, tout en protégeant son amie, mais plus hardie et allant de l’avant, brandirait comme une arme irrésistible, comme un symbole oriental, son ample et merveilleux croissant d’or. »
Marcel Proust, Sodome et Gomorrhe, La Pléiade, éd de 1973, P 633

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