Vie de Roland BARTHES, La compagnie des auteurs par Matthieu Garrigou-Lagrange

Vie de Roland Barthes   
LA COMPAGNIE DES AUTEURS par Matthieu Garrigou-Lagrange

« Tiphaine Samoyault est écrivaine, traductrice est critique littéraire. Elle est membre de la direction éditoriale de la revue en ligne En attendant Nadeau, et professeure de littérature comparée à l’Université Paris 3 – Sorbonne Nouvelle. Elle a consacré une biographie à Roland Barthes, publiée au Seuil en 2015, trente-cinq ans après sa mort.

Comment raconter la vie d’un homme qui s’est consacré à l’écriture ? D’autant que Barthes a disséminé des « biographèmes » dans ses propres textes, comme Roland Barthes par Roland BarthesLa chambre claire ou le Journal de deuil.

Roland Barthes grandit au bord de la mer, sans son père mort à la guerre un an après sa naissance en 1915. Tiphaine Samoyault parle ainsi d’une enfance proustienne : par la fréquentation des côtes maritimes du nord et de l’ouest de la France, mais aussi parce que Barthes naît au moment où Proust se lance dans la grande entreprise de la Recherche. L’adolescent solitaire, taciturne et malade de la tuberculose, est scolarisé à Paris dans les années 1930 mais ne peut aller jusqu’au baccalauréat. Toute sa vie est marquée par une lutte silencieuse contre la maladie.

Nous parlons dans cette émission de sa venue à la littérature, à travers la lecture de Gide et plusieurs longs séjours dans des établissements de santé, puis plus tard par sa découverte et sa pratique du théâtre, qu’il poursuivra par le magistral Sur Racine qui fera polémique puisque l’universitaire Raymond Picard fustigera cette « nouvelle critique » en la qualifiant de « nouvelle imposture ». C’est en 1953 que paraît son premier livre, Le degré zéro de l’écriture. Après la guerre, il entreprend plusieurs voyages : universitaire en poste de bibliothécaire à Bucarest, il se rend aussi en Egypte, et fait plusieurs rencontres intellectuelles capitales : avec Jean Cayrol, éditeur au Seuil, et plus tard avec Julia Kristeva, Philippe Sollers, Foucault…

Quelques mois après sa leçon inaugurale au Collège de France en janvier 1977, la mère de Roland Barthes meurt et le plonge dans un désarroi auquel il est particulièrement attentif, et qu’il décrit dans des notes :

Précisément, ce n’est pas le « deuil », c’est le chagrin pur – sans substituts, sans symbolisation. […] Me suis toujours (douloureusement) étonné de pouvoir – finalement – vivre avec mon chagrin, ce qui veut dire qu’il est à la lettre supportable. Mais – sans doute – c’est parce que je peux, tant bien que mal (c’est-à-dire avec le sentiment de ne pas y arriver) le parler, le phraser. Ma culture, mon goût de l’écriture me donne ce pouvoir apotropaïque, ou d’intégration : j’intègre par le langage ». – Roland Barthes, Journal de deuil (paru au Seuil à titre posthume en 2009).

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